V. ' iSao
DU TRIUMPHE I>*AtlDRES ET GUIGNES» PAR LES ROYS DE FRANGE ET D* ANGLETERRE. '
Au camp des roys, les plus beaulx de ce inonde, Sont arrivez trois riches estandars :
' Charles d'Autriche', devë à l'empire en i5i9, n'attendait que l'instant favorable pour attaquer le roi de France. François I^r craignant de voir l'Angleleri'e se ranger contre lui dans la guerre qui allait se de'darer, résolut de renouveler, dans une entrevue, le traité qu'il avait conclu un an auparavant avec Henri VIII. C'est entre Ardres et Guignes que les deux rois se rencontrèrent, accompagnés de leurs épouses et d'une suite nombreuse et brillante. Ce lieu, où on avait construit en bois des palais magnifiques, ornés de dorures et de riches tapisseries , fut appelé le Camp du Drap d'or. Les courtisans des deux cours étaïèl'ent un tel luxe , que plusieurs , dit un
Amour tient l'un de couleuïf blanche et munde , Trlumphe l'autre avecques ses souldars Vivement painct de couleur celestine :
Beauté après en sa main noble et digne Porte le tiers tainct de vermeille sorte : Ainsi chascun richement se comporte , Et en tel ordre, et pompe primeraine Sont venuz veoir la rojalle cohorte Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
En ces beaux lieux plustost que vol d'aronde Vient celle Amour des celestines pars.
Et en apporte une vive, et claire unde, Dont elle estainct les fureurs du dîeu Mars : Avecques France, Angleterre enlumine, Disant : Il fault qu'en ce camp je domine : ' Puis à son vueil faict bon guet à la porte. Pour empescher que Discorde n'apporte La pomme d'or, dont vint guerre inhumaine: Aussi affin que seulement en sorte '
Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
historien du tems , y portaient leurs forêts , leurs près et leurs moulins sur leurs épaules. Les fôtes , les bals , les festins et les tournois se succédèrent pendant un mois. Enfin on se sépara , et François qui avait conçu de hautes espérances , n'qbtint de Henri VIII qu^une promesse vague de rester neutre , s'il portait ses armes en Italie.
* Sur le fronton du palais du roi d'Angleterre était représenté un archer anglais, avec cette devise : Qui j'accompagne est maître. Henri VIII était bien^se de montrer à tous les yeux que la France avait besoin de l'Angleterre.
BALLADES. l3
Pas ne convient, que ma plume se fonde A rédiger du triomphe les arts, Car de si grans en haultesse profonde N'en feirent onc les belliqueurs Césars. Que diray plus? richesjse tant insigne A tous humains, bien demonstre, et désigne Des deux partiz la puissance tresforte.
Bref, il n'est cueur qui ne se reconforte En ce pays, plus qu'en mer la serainé. De veoir régner (après rancune morte) Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
ENVOY
De la beauté des hommes me déporte :
£t quant à celle aux dames, je rapporte, Qu'en ce monceau laide seroit Helaine.
Parquoy concludz, que ceste terre porte Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
DE l'arrivée de MONSEIGNEUR D*ALETfÇON EN HATNAULT. '
X/EVERS Haynault, sur les fins de Champaigne
' Une altercation entre le» maisons de Crouy et de Bouillon , donna naissance à cette guerre terrible qui , pendant vingt-sept ans , mit en feu une partie de l'Europe. Le prince de Crouy voulait prendre l'empereur pour arbitre; le prince de Bouillon refuse avec fierté
l4 £ALLAD£S.
Est arrivé le bon duc d'Alençon ' Avec honneur qui tous) ours l'accompaigne, Comme le sien propre , et vray escusson. Là peult on veoir sur la grand' plaine unie Des bons souldars son enseigne munie , Prestz d'employer leur bras fulminatoire A repoulser dedans leur territoire Lourdz Haynuyers, gent rustique et brutale , Voulant marcher sans raison peremptoire Sur les climatz de France occidentale. ^
Prenez hault cueur doncques France, et Bretaigne ' Car si en camp tenez fiere façon, Fondre verrez devant vous Alemaigne, Comme au soleil blanche neige, et glaçon. Fiffres, tabours sonnez en armonie, Advanturiers que la picque on manie
de se soumettre au jugement de Charles, qu^il enyoie défier en pleine diète , et fait une irruption dans les Pays - Bas. Charles fuqeux , croyant que François I^^ est le moteur secret de ces hostilités , entre aussitôt en France avec des forces formidables , s^empare de plusieurs villes , et ne s'arrête qu'aux portes de Mézières. Le roi s'avance à la tête de son armée jusqu'à Valenciennes , et voit son ennemi effrayé fuir à son approche.
' Le prince d'Alençon , époux de Marguerite , sœur du roi , était allé commander l'ayant- garde de l'armée.
* Les provinces qui sont en deçà de la Moselle et de la Meuse.
^ François !««••, époux de Claude, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, n'avait pas encore réuni ce duché à la couronne. Ce n'est qu'en i53a que, d'après le consentement des États assemblés , la Bretagne devint province inaliénable de France.
BALLADES. l5
Pour les choquer, et mettre en accessoire, Car desja sont au royal possessoire :
Mais (comme croy) destinée fetale Veult niyner leur oultrageuse gloire Sur les climatz de France occidentale.
Doncques piétons raarchans sur la campaigne, Fouldroyez tout sans rien prendre à rançon ; Preux chevaliers, puis qu'honneur on y gaigne, Voz ennemys poulsez hors de l'arson.
Faictes rougir du sang de Germanie Les clairs ruisseaux dont la terre est garnie , Si seront mis voz haultz noms en histoire. Frappez donc tant de main gladiatoire Qu'après leur mort, et deffaicte totale Vous rapportiez la palme de victoire Sur les climatz de France occidentale.
ENVOY
Prince remplyz de hault loz méritoire Faisons les tous, si vous me voulez croire, Aller humer leur cervoyse, et godale.
Car de noz vins ont grand désir de boire Sur les climatz de France occidentale.
ib BALLADES.