DE TROIS COULEURS, GRIS, TAKVB BT NOIR
GrRIS , tanné, noir porte la fleur des fleurs Pour sa livrée, avec regretz et pleurs. Pleurs et regretz, en son cueur elle enferme, Mais les couleurs dont ses vestementz ferme, Sans dire mot, exposent ses douleurs.
Cslt le noir dit la fermeté des cueurs : Gris le travail : et tanné les langueurs : Par ainsi c^est langueur en travail ferme, Gris , tanné, noir.
J'ay ce fort mal par elle, et ses valeurs, Et en soufiBrant ne crains aucuns malheurs, Car sa bonté de mieulx avoir m*a£ferme : Ce nonobstant, en attendant le terme.
Me fault porter ces trois tristes couleurs , Gris, tanné, noir. '.
* Ce rondeau regarde peut-être la reine de Navarre. Le poète , en lui rappelant sans cesse ses chagrins domestiques, essayait d'ëbranler sa fidélité conjugale , et de lui persuader que son mari méritait cette vengeance qu'une femme a toujours entre les mains.
La mort D*y mord.
byGoosle
Je suis aymé de la plas belle, Qui soit vivantMessoubz les cieulx : ' Encontre tous faulx envieux Je la soustiendray estre telle.
Si Cupido doulx et rebelle , Avoit desbandé ses deux yeulx , Pour veoir son maintien gracieux, Je croy qu'amoureux seroit d'elle.
Venus la déesse immortelle , Tu as faict mon cueur bien heureux , De Tavoir faict, estre amoureux D'une si noble damoyselle.
Qui veult avoir liesse, Seulement d'un regard
' Marot €8t triomphant ; il est aim^ de Diane , il ne met plus de bornes à ses espérances ; son bonheur s'évanouit bientôt !
ï«2 CHANSONS.
Vienne veoîr ma maîstresse, Que Dieu maintienne et gard :
Elle a si bonne grâce , Que celluy qui la veoit , Mille douleurs efface, Et plus s'il en avoit.
Les vertus de la belle Me font esmerveiller :
La souvenance d'elle Faict mon cueur esveiller :
Sa beauté tant exquise Me Ëiict la mort sentir :
Mais sa grâce requise M'en peult bien garantir.
/ l^UAND j'ay pensé en vous ma bien aymee, Trouver n'en puis de si grande beauté.
Et de vertu seriez plus estimée , Qu'autre qui soit, si n'es toit cruauté. Mais pour vous aymer loyaument J'ay recompense de tourment :
Toutesfoys quand il vous plaira , Mon mal par mercy finira.
CHANSONS. l83
Des que mon œil apperceut voslre face, Ma liberté da tout m'abandonna :
€ar mon las cueur espérant vostre grâce De moj partit, et à vous se donna.
Or s'est il voulu retirer
En lieu d'où ne se peult tirer.:
Et vous a trouvée sans si ,
Fors qu'estes dame sans mercy. *
Vostre rigueur veult doncques que je meure , Puis que pitié vostre cueur ne remord : Si n'aurez vous, de ce je vous asseure, Los ny honneur de si cruelle mort.
Car on ne doibt mettre en langueur
Gelluy qui ayme de bon cueur.
Trop est rude à son ennemy ,
Qui est cruel à son amy.
Celle qui m'a tant pourmené, A eu pitié de ma langueur, Dedans son jardin m'a mené Ou tous arbres sont en vigueur :
Âdoncques n'usa de rigueur,
I Car plus TOUS prie , et tant moins je proafite , *
Dont sans mercy (par droict) tous pois nommer*
JsAii IIamt.
l84 CHANSONS.
Si je la baise y elle m^acoUe : * Puis m*a donne son noble caeur , Dont il m'est advis que je vole.
Quand je vey son cueur estre mien^ Je mis toute crainte dehors , Et lui dy,, Belle ce n'est rien, Si entre voz bras je ne dors:
La dame respondit alors :
Ne Ëiictes plus ceste demande :
Il est assez maistre du corps Qui a le cueur à sa commande. ^
' « Bel avis aux dames, qui les empêchera de jamais rien accorder à ces faiseurs de vers, qui ne savent se tenir de publier le bien qu'an leur fait, et souvent se rëjonissfnt publiquement d'une Êivear imparfaite , que le hasard peut leur avoir accordée. Vivent les gens discrets qui reçoivent de toutes mains sans rien dire !» U est aisé de reconnafitre L. Dufrenoy , à ce stile négligé , et plus encore au cynisme qu'il étale dans toutes ses observations.
^ Ces deux vers sont pris du roman de la Rose , dans la première partie , par Guillaïf me de Lorris.
fl est asscx seigneur de eorps Qni a le cnenr k sa commande.
On a exprimé la même pensée avec plus de délicatesse.
Toi j qui me demandes sans cesse Quelque soulagement à Tardeur qui te presse ,
Tircis y épargne ma pudeur i Tu ne connais que trop à quoi Tamonr m'engage.,
Hélas ! je t'ai donné mon coeur ;
Faut-il t'en dire darantage ?
Madame ViUEnrEv.
CHANSONS. l85
Le cueur de vous ma présence désire , Mais pour le mieulx (belle) je me retire : ' Car sans avoir autre contentement , Je ne pourrois servir si longuement :
Venons au poinct, au poinct, qu'on n'ose dire.
€elle brunette à qui mon cueur souspire , Si me donnez ce bien ( sans m'esconduire ) Je serviray : mais sçavez vous comment ? De nuict , et jour , tresbien et loyaument ? Si ne voulez , je foyray mon martyre.
A M 0 U R au cueur me poinct , Quand bien aymë je suis :
Mais aymer je ne puis, Quand on ne m'ayme point.
Ghascun soit adverty De Élire comme moy :
■ C'est une ruse dont ou 8e sert en amour. Un amant menace ^ai maîtresse d'une séparation prochaine, et il se i^arde bien de Wnécuter.
l86 CHANSONS.
Car d'aymer sans party , C'est un trop grand esmoy. '
1 A NT que vîvray en aage fleurissant, Je serviray Amour le dieu puissant, En faictz, en dictz, en chansons, et accords. En plusieurs jours m'a tenu languissant , ^ Mais après dueil m'a Ëiict resjouyssant , Car j'ay Famour de la bellie au gent corps.
Son alliance.
C'est ma fiance :
Son cueur est mien ,
Le mien est sien :
' Le roman de la Rose avait dit :
Certes monlt doit estre bUsmé Homme qai ayme et n^est aymé.
Amadis Jamin a imite cette pensée :
Ponr bien aimer enfin , je Tondrais fitre aimé.
Obb sut l'Inconsianc»
Malherbe Ta rëpëte'e depuis :
Mais je suis fiénércnx , et tiens cette maxime :
Qn*il ne faut point aimer quand on n^est point aimé.
^ Diane se souvenait encore de Vaimable poète qui gémissait de son inconstance, et peut-être fut-elle tentée de lui rendre son cœur. Si Marot avait su profiter habilement de ce combat de Famour et de l'ambition , il aurait pu conserver son amante.
Fy de tristesse ,
Vive liesse , ,
< Puis qu^en amours j'aj tant de bien.
Quand je la veulx servir et honnorer , Quand par escriptz veulx son nom décorer, Quand je la voy , et visite souvent, Ses envieux n'en font que murmurer :
Mais nostre amour n'en sçauroit moins durer , Autant ou plus en emporte le vent. ^
Mautgrë envie,
Toute ma vie
Je Taymeray ,
Et chanteray :
C'est la première,
C'est la dernière , Que j'ay servie, et serviray.
Puis que de vous je n ay autre visage, Je m'en voys rendre hermite en un désert , Pour prier Dieu : si un autre vous sert , Qu'autant que moy en vostre honneur soit sage. "
Adieu amours , adieu gentil corsage , Adieu ce tainct, adieu ces frians yeulx,
l88 CHANSONS.
Je n'ay pas ea de vous grand advantage : Un moins ajmant aura peult estre mieulx. '
Je ne bis rien que requérir,
Sans acquérir Le don d'amoureuse liesse.
Las ma maistresse
Dictes , quand est ce^ Qu'il vous plaira me secourir ? > Je ne fais rien que requérir.
Vostre beauté qu'on voit jQeurir ,
Me Êiict mourir :
Ainsi j'ajme ce qui me blesse.
C^est grand'simplesse:
Mais grand^sagesse, Pourveu que m'en vueillèz guérir , Je ne fais rien que requérir.
' « Que de sentiment dans ce dernier yers ! s'écrie La Harpe , après avoir cité cette chanson ; on a souvent employé la même pensée, mais jamais elle n'a été mieux exprimée. »
Languir me fais sans t^avoir offensée Plus ne m'escrips , plus de moy ne t'enquîers : Mais nonobstant , autre dame ne quiers : Plus tost mourir , que changer ma pensée.
Je ne dy pas t'amour estre effacée , Mais je me plains de Tennuy que j'acquiers £t loing de toy humblement te requiers , Que loing de moy , de moy ne sois fachee.
JJ'OU vient cela , belle, je vous supply, Que plus à moy ne vous recommandez.
Tousjours seray de tristesse remply , Jusques à tant qu'au vray le me mandez : Je croy, que plus d'amy ne demandez.
Ou maulvais bruict de moy on vous revelle , Ou vostre cueur a faict amour nouvelle.
Si vous laissez d'amour le train joly , Vostre beantë prisonnière rendez :
Si pour autruy m'avez mis en oubly
igo CHANSONS.
Dieu vous y doint le bieu qu'y prétendez : Mais si de mal en rien m^apprehendez , Je veulx qu'autant que vous me semblés belle , D'autant ou plus vous me soyez rebelle.
JLoNG temps y a que je vy en espoir Et que Rigueur a dessus moy pouvoir :
Mais si jamais je rencontre Allégeance Je luy diray, madame , venez veoir , Rigueur me bat , faictes m'en la vengeance.
Si je ne puis Allégeance esmouvoir, Je le feray au Dieu d'amour sçavoir , En luy disant, o mondaine plaisance, Si d'autre bien ne me voulez pourvoir , A tout le moins ne m'ostez espérance.
J ' ATTENS secours de ma seule pensée : J'attens le jour que Ton m'esconduira Ou que du tout la belle me dira , Amy , t'amour sera récompensée.
Mon alliance est fort bien commencée, Mais je ne scay comment il en ira :
Car s' elle veult ma vie périra , Quoy qu'en amour s'attend d'estrfe avancée.
Si j'ay refuz , vienne mort insensée , A son plaisir de mon cueur jouyra :
Si j'ay mercy, adonc s'esjouyra Celluy qui point n'a sa dame offensée.
D'amours^ me va tout au rebours Ja ne fault que de cela mente :
J'ay refiiz en lieu de secours M'amye rit, et je lamente :
C'est la cause pourquoy je cbante , D'amours me va tout au rebours , Tout au rebours me va d'amours.
J ' A Y grand désir D'avoir plaisir D'amour mondaine :
Mais c'est grand'peine.
192 chansons;
Car chascan loyal amoureux:
Au temps présent est mal heureux :
Et le plus fin Gai^e à la fin La grâce pleine.
O CRUAUTÉ logée en grand'beauté, O grand'beautë qui loges cruauté , Quand ma douleur jamais ne sentiras , Au moins un jour pense en ma loyauté ; Ingrate alors (peult estre) te diras.
Qui veult entrer en grâce Des dames bien avant , En cautelle et fallace Fault estre bien sçavant :
Car tout vray poursuyvant , La loyauté suyvant, Aujourd'huy est deceu :
Et le plus décevant Pour loyal est receu.
XYIII.
M A dame ne m'a pas vendu , Elle m'a seulement changé , Maïs elle a au change perdu, ' Dont je me tiens* pour bien vengé.
Car un loyal a estrangé Pour un auti*e qui la difiàme :
N'est elle pas légère femme ?
Le noir a quicté et rendu :
Le blanc est d'elle desrengé :
Violet luy est defîendu :
Point n'ayme bleu, ny orengé :
Son cueur muable s'est rengé Vers le changeant couleur in&me :
N'est elle pas légère femme ?
' Qui lui a dit que Diane a perdu au change? Quand une dame est contente et que son imagination est satisfaite, . on ne doit pas la plaindre. EUe seule pouvait décider du bien ou du mal qu'elle aurait pu trouver dans ce changement.