‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 69 sur 293 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

SbGOUREZ moy, ma dame par amours, Ou autrement la mort me vient quérir : Autre que vous ne peult donner secoiu:s A mon las cueur lequel s'en va mourir. Helas , helas , vueillez donc secourir Celluy qui vit pour vous en grandMestresse , » Car de son cueur vous estes la maistresse.

Si par aymer , et souffrir nuictz et jours , L'amy dessert ce qu'il vient requérir , Dictes pourquoy faictes si longs séjours A me donner ce que tant veulx chérir ?

2o4 CHANSONS.

O noble cueur , laisserez vous périr Yostre servant par fruité de liesse ?

Je croy qu*en vous n'a point tant de rudesse.

Yostre rigueur me feit plusieurs destoors. Quand au premier ]e vous vins requérir. Mais Bel Âcueil m'a &ict d'assez bons.toi^s, En me laissant maintz baisers conquérir. Las voz baisers ne me sçavent guérir , , Mais vont croissant Tardant feu qui me presse : Joujssance est ma médecine expresse.

UlEU gard ma maistresse et régente, ' Gente de corps , et de Êiçon, Son cneur tient le mien en sa tente Tant et plus i d'un ardant frisson, L'on m'oyt poulser sur ma chanson Son de lucz, ou harpes doulcettes.

C'est espoir qui sans marrisson , ^ngêr me Ëiict en atnourettes.

La blanche columbelle belle *

' Chaque couplet de cette chanson renferme un jeu poéiigue dont le premier est encore employa dans la zxxiii* chanson ; le second couplet est £aiit en ëcho ; le troisième est une gradation.

* L'ëcho, introduit dans les vers latins, se glissa dans la poésie

CHANSONS. 2o5

Souvent je voys priant criant :

Mais dessoubz la cordelje d'elle Me jecte un œil friant , riant , En me consommant , et sommant A douleur qui ma face efface :

Dont suis le reclamant amant, Qui pour Toultrepassse trespasse.

Dieu des amans de mort me garde, Me gardant donne moy bonheur.

Et me le donnant prens ta darde , En la prenant , nayre son cueur :

En le navrant me tiendras seur, En seurté suyvray Paccointance , En l'accointant , ton serviteur En servant aura jouyssance. *

française. Cette gaieté que Pasquier trouve admirable , n'a d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue. Cependant J. Dubellay s'en est servi ingénieusement dans le dialogue d'Écho et d'un Amoureux

Pitense Écho , qui erres dans ces boys ,

Bespons au son de ma dolente voix.

D'oii ay-je pea ce grand mal concevoir.

Qui m'oste ainsi de raison le devoir ? de voir.

Qui est l'auteur de ces maux advenus? Venus.

Gomment en sont tous mes sens devenus ? nuds.

Qn'estois-je avant d'entier en ce passage ? sage.

£t maintenant que sen»-je en ipon courage? rage.

Qu'est-ce qu'aymer , et s'en plaindre souvent? vent.

Qne suis-je donq' lorsque mon cœur en fend ? enfant»

Qui est la fin de prison si obscure ? cure.

Dis moy quelle est celle pour qui j'endure ? dure.

Sent elle bien la douleur qui me poinct ? -point.

G qne cela me vient bien mal a poinct.

' Pasquier ne pense rien de si beau , mesmes que ce dernier couplet

2o6 CHANSONS;

Vous perdez temps de me dire mal d'elle , Gens qui voulez divertir mon entente ; Plus la blasmez, plus je la trouve belle, S'esbahit on si tant je m'en contente ?

La fleur de sa jeunesse,

A vostre adyis rien n'est ce ?

N'est ce rien que ses grâces ?

Cessez voz grans audaces , Car mon amour vaincra vostre mesdire :

Tel en mesdict qui pour soy la désire.

Amour et Mort m'ont Êiict oultrage:

Amour me retient en servage, Et Mort pour accroîstre ce dueil , A prins celluy loing de mon œil , Qui de près navre mon courage.

Helas, Amour, tel personnage Te servoit en flem: de son aage, Mais tu es ingrat à mon vueil,

où, par une belle gradation, Marot met sa plume à t*essor jusçues à ce qu*il vient fondre au poinct tant désire' par les amants.

OHAJîlSÛNS. 207

De souffrir guerre et son orgneil Tuer ceulx qui t'olit firict hommage.

Si c'est à mon cueur ad^nt^e^ De ce que son noble corsage Gist envers , loing de mon acueil 1 Car si j'avois veu son cercueil , Ma grandMouleur.deviendroît rage.

JPlAISIR n'ay plus, mais vy en desconfort, Fortune m'a remis en grandMouleur.

Labeur que )^avois est tourné en malbeur , Mal beureux est qui n'a aucun confort.

Fort suis dolent, et regret me remord, Mort m'a osté ma dame de valeur, L'beur que j'avois est tourné en malheur : Mal beureux est qui n'a aucun confort.

Valoir ne pms , en ce monde suis mort , Morte est m'amour, dont suis en grandUangueur, Langoureux suis plein d'amere liqueur, Le cueur me part , pour sa dolente mort.

2o8 CHANSONS.

xxxiy.

JN e sçay cotnbiai la haine est dure.

Et n'ay désir de le sçavoir ;

Mais je sçay qu'amour , qui peut dure , Faict un grand tourment recevoir.

Amour autre nom deust avoir :

Nommer le fault fleur ou verdure, Qui peu de temps 'se laisse veoîr.

Nommez le doucileur ou verdure, Au tueur de mon legjer amant :

Mais en mon cuenr qui trop endure , Nommez le roch , ou dyamant :

Car je vy tousjours en aymant, En aymant celluy qui procure , Que mort me voyse consorpmant

POUR LA BRtJNETTE.

Po u RT A NT si je suis brunette , Amy n'en prenez esmoy , Autant suis ferme et jeunette, Qu'une plus blanche que moy :

Le blanc efiFacer je voy, Couleur noire est tousjours une :

J'ayme rnieulx donc estre brune Avecques ma fermeté , ^ Que blanche comme la lune Tenant de légèreté. .

Page 1