‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 68 sur 293 · L. DUFRESNOT · texte numérisé non relu

L. DUFRESNOT

CHANSONS. igS

Différemment.

J'ay eu tourment,

Bon traictemeut, J'ay eu douleur et cruauté :

Et ne me plains fors seulement , D'avoir aymé si loyaument Celle qui est sjans loyauté.

Cueur affeté

Moins arresté ,

Qu'un seul moment :

Ta lascheté

M'a dejecté

Fascheuseraent.

Prens hardiment .

Amendement.

Et vous, fin m es de grand'beauté , Si l'honneur aymez chèrement , Vous n'en suyvrez aucunement Celle qui est sans loyauté.

J OUYSSANCE vous donneray , * Mon amy , et si meneray A bonne fin vostre espérance :

\ivante ne vous lalsser^y :

Encore quand morte seray , L'esprit en aura souvenance.

Si pour moy avez du soucy ,

Pour vous n'en ay pas moins aussi.

Amour le vous doibt Êiire çntendre :

Mais s'il vous grève d'estre ainsi ,

Appaisez vostre cueur transy :

Tout vient à poinct qui peult attendre.

' n fait parler ici cette maitresse inconnue qu'il accable dUnjures dans Telëgie i4- Cette Iris lui avait dit d'attendre , mais Marot ne comprenait pas le vrai sens de ce mot , au lieu de £sdre nattre l'heureux instant qu'une femme désire et feint toujours de reculer , il s'indigna d'un retard , demanda à grands cris et n'obtint rien.

JD ' U N nouveau dard je suis frappé Par Cupido cruel de soy :

De luy pensois estre esehappe% Mais cuydant fiiyr, me deçoy :

£t remède je n^pperçoy

A ma douleur seçrette , Fors de crier, allégez moy

Doulce pUisanf brunette.

Si au monde ne fussiez point.

Belle, jamais je n'aymerois:

Vous seule avez gaigné le poinct, Que si bien garder j'esperois :

Mais quand à mon gré vous aurois

En ma chambre seulette , Pour me venger , je vous ferois

La couleur vermeillette. '

* Ronsard menace sa maitresse de la même vengeance :

Je luy ferois soubz la couidrette Sa coalenr blanche vermeillette.

s I de nouveau j'ay nouvelles couleurs Il n'en fault ja prendre esbàhîssement : Car de nouveau J'ay nouvelles douleurs, Nouvelle amour , et nouveau pensement :

Dueil et ennuy c'est tout Padvenement , Que j'ay encor de vous tant amoureuse:

Si vous supply, que mon commencement Cause ne soit de ma fin langoureuse.

Pleust or à Dieu pour fuyr mes malheurs y Que je vous tinsse à mon commandement : Ou pour le moins , que voz grandes valeurs Ne feussent point en mon entendement:

Car voz beaulx yeult me plaisent tellement. Et vostre amour me semble tant heureuse', Que je languy : ainsi voyla comment, Ce qui me plaist m'est chose douloureuse.

i^UAND vous vouldrez faire une amye, Prenez la de belle grandeur :

En son esprit non endormie ,

En son tetin bonne rondeur :

Doulceur

En cueur ,

Langage

Bien sage Dansant 9 chantant par bons accords , Et ferme de cueur, et de corps.

Si vous la prenez, trop jeunette , Vous en aurez trop d'entretien :

Pour durer prenez la brunette , En bon poinct, d'asseurë maintien.

Tel bien

Vault bien ,

Qu'on face

La chasse Du plaisant gibier amoureux :

Qui prend telle proye est heureux.

J'ayme le cueur de m'amye Sa bonté, et sa doulceur, Je l'ayme sans infamie , Et comme un frère la sœur. '

' Voyez le rondeau xxi du livre II et l'ëpigramme xxv du UvrcIII.

Amy tié desmesaree , N'est jamais bien asseuree , Et met les cuem*s en toun&e&t :

Je veulx aymer autrement.

Ma mignonne débonnaire , Ceulx qui font tant de clamours , Ne taschent qu'à eulx complaire, Plus qu'à leurs belles amours.

Laissons les. en leur IblUe, Et en leur mélancolie :

Leur amjtié cessera Sans fin la nostre sera.

OI je vyrenïpeiB« , et. ligueur ,

De bon grë je le porte, Puis que celle qui a mon cueur ,

Languit de mesme sorte.

Tous ces maulx nous' faict recevoir

Envie decevaiite , Qui ne permet nous entreveoir ,

Et d'en parler se vante.

Aussi Dangier fauk blasonneur

Tient rigueur à la belle :

Car il menasse son honneur ,

Digiti^ed by VjOOQIC

CHA^SOîîSr 20I

S'il me veoît auprès d'elle. Mais plus tost lom^ je me dendray*,

Qu'il en vienne nujsance ; Et à son honneur eritendisay

Plus tost qu'à ma pla^isanee.

Ol j'avoîs tel credict , Et d'amour recompense , Comme l'envieux pense , Et comme il vous a dict , Menteur ne seroit dict , Ne vous froide amoureuse , Et moy , povre interdict , Serois personne heureuse.

Quand viens à reniirer Si belle jouyssance , Il n'est en ma puissance De ne la désirer :

Et pour y aspirer N'en doy perdre louenge , Ne d'honneur empirer , S»is je de fei; , qu ange ?

Qu'est besoing de n^cntir ?

J'ose encores vous dire ,

DigitizecTby

Que plus fort vous dcsire , Quand veulx .m'en tepentir.

Et pour anéantir Ce désir qui tant dure, Il vous fauldroit sentir La peine que j'endure.

Vostre doulx entretien , Vostre belle jeunesse, Vostre bonté expresse M'ont faict vostre , et m y tien :

Vray est que je voy bien Vostre amour endormie, Mais langueur ce m'est bien Pour vous ma chère amye.

Mon cueur se recommande à vous , Tout plein d'ennuy et dfc martyre :

Au moins en despit des jaloux Faîctes qu'adieu vous puisse dire : * Ma bouche qui vous souloît rire ,

> Dans les premières ëditions , ces quatre rers sont diffërens :

Mon ccBur à tous se recommande Tout plein d^ennuy et de martyre , Et pour rheare ne voos demande Sinon qn^adieu tous pni«se dire.

CHANSONS. 2o3

Et compter propos gracieuï , Ne faict maintenant que mauldîre Ceulx qui m^ont banny de voz yeux.

Banny j'en suis par Faulx Semblant :

Mais pour nous veoir encor ensemble , Fault que me soyez ressemblant De fermeté : car il me semble ^ Que quand Faulx Rapport desassemble , Les amans qui sont assemblez, Si Ferme Amour ne les rassemble , Sans fin seront desassemblez.

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