L. DUFRESNOT
CHANSONS. igS
Différemment.
J'ay eu tourment,
Bon traictemeut, J'ay eu douleur et cruauté :
Et ne me plains fors seulement , D'avoir aymé si loyaument Celle qui est sjans loyauté.
Cueur affeté
Moins arresté ,
Qu'un seul moment :
Ta lascheté
M'a dejecté
Fascheuseraent.
Prens hardiment .
Amendement.
Et vous, fin m es de grand'beauté , Si l'honneur aymez chèrement , Vous n'en suyvrez aucunement Celle qui est sans loyauté.
J OUYSSANCE vous donneray , * Mon amy , et si meneray A bonne fin vostre espérance :
\ivante ne vous lalsser^y :
Encore quand morte seray , L'esprit en aura souvenance.
Si pour moy avez du soucy ,
Pour vous n'en ay pas moins aussi.
Amour le vous doibt Êiire çntendre :
Mais s'il vous grève d'estre ainsi ,
Appaisez vostre cueur transy :
Tout vient à poinct qui peult attendre.
' n fait parler ici cette maitresse inconnue qu'il accable dUnjures dans Telëgie i4- Cette Iris lui avait dit d'attendre , mais Marot ne comprenait pas le vrai sens de ce mot , au lieu de £sdre nattre l'heureux instant qu'une femme désire et feint toujours de reculer , il s'indigna d'un retard , demanda à grands cris et n'obtint rien.
JD ' U N nouveau dard je suis frappé Par Cupido cruel de soy :
De luy pensois estre esehappe% Mais cuydant fiiyr, me deçoy :
£t remède je n^pperçoy
A ma douleur seçrette , Fors de crier, allégez moy
Doulce pUisanf brunette.
Si au monde ne fussiez point.
Belle, jamais je n'aymerois:
Vous seule avez gaigné le poinct, Que si bien garder j'esperois :
Mais quand à mon gré vous aurois
En ma chambre seulette , Pour me venger , je vous ferois
La couleur vermeillette. '
* Ronsard menace sa maitresse de la même vengeance :
Je luy ferois soubz la couidrette Sa coalenr blanche vermeillette.
s I de nouveau j'ay nouvelles couleurs Il n'en fault ja prendre esbàhîssement : Car de nouveau J'ay nouvelles douleurs, Nouvelle amour , et nouveau pensement :
Dueil et ennuy c'est tout Padvenement , Que j'ay encor de vous tant amoureuse:
Si vous supply, que mon commencement Cause ne soit de ma fin langoureuse.
Pleust or à Dieu pour fuyr mes malheurs y Que je vous tinsse à mon commandement : Ou pour le moins , que voz grandes valeurs Ne feussent point en mon entendement:
Car voz beaulx yeult me plaisent tellement. Et vostre amour me semble tant heureuse', Que je languy : ainsi voyla comment, Ce qui me plaist m'est chose douloureuse.
i^UAND vous vouldrez faire une amye, Prenez la de belle grandeur :
En son esprit non endormie ,
En son tetin bonne rondeur :
Doulceur
En cueur ,
Langage
Bien sage Dansant 9 chantant par bons accords , Et ferme de cueur, et de corps.
Si vous la prenez, trop jeunette , Vous en aurez trop d'entretien :
Pour durer prenez la brunette , En bon poinct, d'asseurë maintien.
Tel bien
Vault bien ,
Qu'on face
La chasse Du plaisant gibier amoureux :
Qui prend telle proye est heureux.
J'ayme le cueur de m'amye Sa bonté, et sa doulceur, Je l'ayme sans infamie , Et comme un frère la sœur. '
' Voyez le rondeau xxi du livre II et l'ëpigramme xxv du UvrcIII.
Amy tié desmesaree , N'est jamais bien asseuree , Et met les cuem*s en toun&e&t :
Je veulx aymer autrement.
Ma mignonne débonnaire , Ceulx qui font tant de clamours , Ne taschent qu'à eulx complaire, Plus qu'à leurs belles amours.
Laissons les. en leur IblUe, Et en leur mélancolie :
Leur amjtié cessera Sans fin la nostre sera.
OI je vyrenïpeiB« , et. ligueur ,
De bon grë je le porte, Puis que celle qui a mon cueur ,
Languit de mesme sorte.
Tous ces maulx nous' faict recevoir
Envie decevaiite , Qui ne permet nous entreveoir ,
Et d'en parler se vante.
Aussi Dangier fauk blasonneur
Tient rigueur à la belle :
Car il menasse son honneur ,
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CHA^SOîîSr 20I
S'il me veoît auprès d'elle. Mais plus tost lom^ je me dendray*,
Qu'il en vienne nujsance ; Et à son honneur eritendisay
Plus tost qu'à ma pla^isanee.
Ol j'avoîs tel credict , Et d'amour recompense , Comme l'envieux pense , Et comme il vous a dict , Menteur ne seroit dict , Ne vous froide amoureuse , Et moy , povre interdict , Serois personne heureuse.
Quand viens à reniirer Si belle jouyssance , Il n'est en ma puissance De ne la désirer :
Et pour y aspirer N'en doy perdre louenge , Ne d'honneur empirer , S»is je de fei; , qu ange ?
Qu'est besoing de n^cntir ?
J'ose encores vous dire ,
DigitizecTby
Que plus fort vous dcsire , Quand veulx .m'en tepentir.
Et pour anéantir Ce désir qui tant dure, Il vous fauldroit sentir La peine que j'endure.
Vostre doulx entretien , Vostre belle jeunesse, Vostre bonté expresse M'ont faict vostre , et m y tien :
Vray est que je voy bien Vostre amour endormie, Mais langueur ce m'est bien Pour vous ma chère amye.
Mon cueur se recommande à vous , Tout plein d'ennuy et dfc martyre :
Au moins en despit des jaloux Faîctes qu'adieu vous puisse dire : * Ma bouche qui vous souloît rire ,
> Dans les premières ëditions , ces quatre rers sont diffërens :
Mon ccBur à tous se recommande Tout plein d^ennuy et de martyre , Et pour rheare ne voos demande Sinon qn^adieu tous pni«se dire.
CHANSONS. 2o3
Et compter propos gracieuï , Ne faict maintenant que mauldîre Ceulx qui m^ont banny de voz yeux.
Banny j'en suis par Faulx Semblant :
Mais pour nous veoir encor ensemble , Fault que me soyez ressemblant De fermeté : car il me semble ^ Que quand Faulx Rapport desassemble , Les amans qui sont assemblez, Si Ferme Amour ne les rassemble , Sans fin seront desassemblez.