‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 7 sur 293 · CHANT DE MAY · texte numérisé non relu

CHANT DE MAY

JliN ce beau moys délicieux,

Arbres, fleurs, et agriculture,

Qui durant l'y ver soucieux,

Avez esté en sépulture,

Sortez pour servir de pasture

Aux trouppeaulx du plus grand pasteur,

Chascun de vous en sa nature

Louez le nom du Créateur.

Les servans d'amour furieux Parlent de l'amour vaine, et dure :

Ou vous vrays amans curieux Parlez de l'amour sans laydure :

Allez aux champs sur la verdure Ouyr l'oyseau parfaict chanteiu* :

^ Déteste de celle qui Pavait si tendrement aimé , Clément Marot conçut pour l'amour un dégoût dan» lequel son cœur ardent ne pouvait persévérer. Il essayait de moraliser, et sa lyre malgré lui chantait encore l'Amour. Ici il commande à la Nature , renouvelée au printems , de louer le Créateur, et ramenant sa pensée vers ce sen* timent chéri qu'il a en vain juré de fuir , il envie aux fleurs leur innocent amofir , et leur fait dire :

.... EKi plaisir , si peu qu'il dure , Loues le nom da Créateur.

Mais du plaisir, si peu qu^il dure, Louez le nom du Créateur.

Quand vous verrez rire les cieulx ,- ' Et la terre en sa fioriture ; Quand vous verrez devant voz yeulx Les eaux luy bailler nourriture, Sur peine de grand* forfaicture, Et d^estre larron, et menteur, N'en louez nulle créature, Louez le nom du Créateur.

Prince, pensez, veu la fiicture, Combien puissant est le facteur.

Et vous aussi mon escripture Louez le nom du Créateur.

CHAlfîT DE MAY ET DE VERTU.'

V OULUNTIERS en ce moys icy La terre mue, et renouvelle.

^ Remarquons que Qëment Marot est le premier poète qui se soit empare' de cette expression si hardie et si pittoresque, tant de fois rëpët^e depuis.

' Cette ballade me semble adressée à Diane. Le poète n'avait renoncé ni à l'amour ni à Tespérance ; la prison n'avait pu lui faire

Maintz amoureux en font ainsi, Subjectz à faire amour nouvelle Par legieretë de cervelle, Ou pour estre ailleurs plus contens :

Ma façon d'aymer n'est pas telle , Mes amours durent en tout temps.

N'y a si belle dame aussi, De cpiî la beauté ne chancelle :

Par temps, maladie, ou soucy, Laydeur les tire en sa nasselle : * Mais rien ne peult enlaydir celle.

Que servir sans fin je pretens :

Et pource qu'elle est tousjours belle, Mes amours durent en tout temps.

Celle, dont je dy tout cecy, C'est Vertu la nymphe étemelle.

Qui au mont d'honneur esclaircy Tous les vrays amoureux appelle :

Venez amans, venez (dit elle), Venez à moi je vous attens :

haïr l'infidèle. Par de tendres reproches , par des ëloges de'guisës, il cherchait à rentrer dans ses bonnes grâces ; mais Diane fut inflexible : peut-être ne se reconnaissait-eUe pas sous le nom de Vertu? Et bientôt Glëment Marot , dont les amours durent eu tout temps , était aux pieds de la reine de IS^ayarre.

* Cette image est incohérente j on ne peut se figurer la nacelle de la laideur.

Venez (ce dit la jouvencelle), Mes amours durent en tout temps.

Prince, fais amye immortelle, Et à la' bien aymer entens :

Lors pourras dire sans cautélle, Mes amours durent en tout temps.

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