DE S* AMYE BIEN BELLE
Amour me voyant sans tristesse.
Et de le servir desgouté,
M'a dict, que feisse une maistresse.
Et qu'il séroit de mon costé.
Apres l'avoir bien escouté
J'en ay faict une à ma plaisance,
Et ne me suis point mesconté,
C'est bien la plus belle de France.
Elle a un œil riant, qui blesse Mon cueur tout plein de loyauté,
CL Marot adressa ces vers à la princesse d^Alençon , dans les premiers tems de leurs amours. Une femme aime toujours qu'on enchérisse sur les ëloges , aussi cette ballade ne plut pas à Marguerite. Elle le fit entendre au poète docile, qui repars^ sa faute en composant ce célèbre madrigal : Amour trouva celle gui m'est amère, etc.
BALLADES. nS
Et parmy sa haulte noblesse Mesle une douce privante'.
Grand mal seroit, sî cruauté Faisoit en elle dempurance :
Car quant à parler de beauté, .
C'est bien la plus belle de France.
De fuyr s'amour, cpii m'oppresse, Je n'ay pouvoir, ne voulunté, Arresté suis en ces te presse Comme l'arbre en terre planté.
S'esbahit on, si j'ay planté De peine, tourment et souffrance?
Pour moins on est bien tourmenté, C'est bien la plus belle de France.
Prince d'amours , par ta bonté Si d'elle j'avois jouyssance, One homme ne fut mieulx monté , C'est bien la plus belle de France.
CHANT DE JOYE, AU RETOUR D*ESPAIGNE, DE MESSEIGNEURS LES ENFANS DE FRANCE, COMPOSÉ LA NUICT Qu'ON EN SCEUT LES NOUVELLES ET LE LENDEMAIN PRESENTS AU ROY A SON LEVER.
ILZ sont venuz les enËins desirez , Loyaulx Françoys, il est temps qu'on s'appaise : Pourcpioy encor pleurez, et souspirçz?
Je l'entens bien, c'est de joye, et grand aise; Car prisonniers (comme eulx) estiez aussi : O Dieu tout bon, quel miracle est cecy ? Le roy voyons, et le peuple de France . En liberté : et tout par une enfance Qui prisonnière estoit en fortes mains.
Or en est hors, c'est triple délivrance : Gloire à Dieu seul , paix en terre aux humains.
Nouvelle Royne, ^ ô que vous demourez, Sentez vous point de loing nostre mesaise ? Sus, peuples, sus, vos quantons décorez
^ Les deux, fils de François I^i* restèrent quatre ans en otage à la cour d'Espagne , et suivant le traita de Gambray , furent échanges sur la frontière (i«'' juin i53oj ^ contre laoo ëcus d'or.
* La douairière de Portugal , Élëonore , sœur de Charles-Quint , iiancëe au roi dès le i3 février i5a6, amena les enfans de France. François 1er vint la recevoir à Mont-de -Marsan , où le mariage se fit sans ëclat. Cette princesse, âgëe de 3o ans, sans grâces et sans beautë , vécut tranquille et obscure au milieu des maîtresses de son
De divers jeux. Est il temps qu'on se taise ? De voz jardins arrachez le soucy, Et qu'il n'y ayt gros canon racourcy Qui ceste nuict ne bruye par oultrance, Signifiant, que guerre avec souffrance Part, et s'en va aux enfers inhumains : Et puis chantez en commune accordance, Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.
Sotz devineurs, voz livres retirez :
Tousjours Élisiez la nouvelle mauvaise : Mais Dieu a bien voz propos revirez , Tant que menty avez, ne vous desplaise. Heureux baron , noble Montmorency, ' Ce qu'en as Êiict (il le fault croire ainsi) Est du Grand Maistre ouvrage sans doubtance. Conseil firançoys, quoy qu'en ceste alliance N'eussent mieulx faict les tressages Rommains , Ne dictes pas , que c'est vostre puissance : Gloire à Dieu seul, paix en terre aux humains.
EWVOT.
Prince royal, ma terrestre espérance,
Si le plaisir de ceste délivrance
Voulez peser contre les travaulx maintz ,
Droicte sera (ce croy je) la balance,
Gloire à Dieu seul , paix en terre aux humains.
' Anne de Montmorency avait été chargé de lUgocier cette dû\
vrance.
CRY DU JEU DE l'eMPIRE D*ORLÉATîS. *
Laissez à part voz vineuses tavernes, Museaulx ardans , de rouge enluminez :
Renjeunissez, saillez de voz cavernes, Vieux accroupiz , par aage examinez :
Voicy les jours qui sont déterminez A blasonner, à desgorger, et dire :
Voicy le temps , que suppostz de l'Empire Doivent par droict leurs coustumes tenir : Si voulez donc passer le temps, et rire, N'y envoyez , mais pensez de venir.
' On ne possède aucune notion certaine sur le jeu de V Empire d* Orléans. L. Dufresnoy, dans ses immenses recherches, n'a rien pu découvrir. Nous n'avons pas été plus heureux , et nous sommes obligés d'avoir recours à des conjectures qui peut-être ne sont pas sans fondement. Nous croyons que V Empire d* Orléans était une compagnie établie à Texen^ple des Errants sans Souey et de la Bazoche , qif elle espérait faire oublier j
Le tems et le terme s^approche
Qu^Empi riens , par-dessus la Bazoche , Triompheront
Cette ballade annonçait probablement une nouvelle parade que les Empiriens devaient représenter.
On lit dans Pexcellente Histoire de Paris, par M. Dulaure : « Philippe-le-Bel accorda aux clercs delà Bazoche^ la faculté </VtMir des juridictions basochiales inférieures dans diverses villes du ressort du parlement de Paris , à condition que les prévôts de ces juridictions rendraient foi et hommage au roi de la Bazoche, . . . Z« chef des clercs du présidial d* Orléans , prenait le titre J 'Empereur. »
Hamoys, chevaulx, fiffres, labours, et trompes, Riches habitz, et grans bragues avoir.
Ce ne sont pas de l'Empire les pompes , Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault venir : Qui vouldra donc des nouvelles sçavoir, Qui ne sçaura des follies cent mille, Qui ne scaura mainte abusion vile Sans trop picquer, l'en ferons souvenir : Pourtant, seigneurs de ceste noble ville, N'y envoyez , mais pensez de venir.
M'ayez pas peur, dames gentes, mignonnes, Qu'en noz papiers on vous vueille coucher, Chascun sçait bien , qu'estes belles , et bonnes , On ne sçaùroit à voz honneurs toucher : Qui est morveux si se voyse moucher :
Venez, venez, sotz, sages, folz, et folles. Vous musequins qui tenez les escoUes , De caqueter, faire, et entretenir, Pour bien juger, que c'est de noz paroUes, N'y envoyez , mais pensez de venir.
Prince, le temps et le terme s'approche, Qu'Empiriens par dessus la Bazoche Triumpheront , pour honneur maintenir :
Toutes , et tous, si trop fort on ne cloche. N'y envoyez, mais pensez de venir.
3o BALLADES.
DE FRERfe LTIBIN. >
• Pour courir en poste à la ville
Vingt foys, cent foys, ne sçay combien ;
Pour faire quelque chose vile,
Frère Lubin le fera bien :
- Mais d'avoir honneste entretien ,
Ou mener vie salutaire,
C'est à faire à un bon chrestien ,
Frère Lubin ne le peult foire. ^
Pour mettre (comme un homme habile) Le bien d'auttuy avec le sien , Et vous laisser sans croix ne pile, Frère Lubin le fera bien j^ On a beau dire je le tien , Et le presser de satisfaire , Jamais ne vous en rendra rien , Frère Lubin ne le peult faire.
Pour desbaucher par un doulx style Quelque fille de bon maintien.
Point ne fault de vieille subtile , Frère Lubin le fera bien.
^ Les réformés donnaient ce nom aux. moines mendians j frère Lubin représente ici toute la moinerie.
^ Cette ballade diffère des autres , en ce qu'elle a un double refrein.
BALLADES. 3i
Il presche en théologien,.
Maïs pour boire de belle eau claire, Faictes la boire à vofa-e chien, Frère Lubin ne le peult faire.
ENVOY
Pour faire plus tost pial que bien , Frère Lubin le fera bien ; Et si c'est quelque bon à faire , Frère Lubin ne le peult feire. '
CHANT PASTORAL , A MONSCIGNEUR LK CARDINAL DE LORRAINE , * QUI NE PDUVOIT OUYR NOUVELLES DE MICHEL HUET , SON JOUEUR DE FLUSTES.
N'y pense plus, prince, n'y pense mye, Si de Michel n'es ores visité,
' Les accusations dont Marot chargeait les moines n'étaient malheureusement que trop Traies. Le poète essayait d'arracher le bandeau d'erreur qui couvrait les yeux de la raison j il osait frapper du fouet du ridicule Tinsolence triomphante... Qu'on juge des dangers auxquels ils s'exposait; sans la protection de François I^' il aurait marché au supplice. Que coûtait alors un bûcher de plus ? et ceux qui plus tard inventèrent la Saint-Barthélémy, savaient si bien pardonner !
^ Jean de Lorraine , fils de René II , duc de Lorraine, né en 1498 , parvint, par sa naivance et son mérite, aux plus hautes dignités de Të^se. Il fut tour à tour abbé de Cluny et évéque de Metz et de Verdun , archevêque de Lyon et de Narbonne ; enfin le pape Léon X lui envoya le chapeau de cardinal en i5i8. Ce prélat généreux se montra toujours le protecteur du mérite et de la vertu. Il mourut en i55o.
Car le dieu Pan, et Syringue ' s'amye Ce moys dVvril ont un prix suscité : ' Et ont donné sur un des montz d'Arcade Au mieulx disant de la fluste une aulbade La fluste d'or, neuf pertuis contenant.
Tytire y court, Mopsus s'y va trainant, Et Coridon a le chemin apris :
Chascun y va, pour veoir, qui maintenant Du jeu de fluste emportera le prix.
Lors ton Michel n'a eu teste endormie, Ains est couru veoir la solennité.
Et a sonné sa fluste , et chalemye , Tout à ton los, honneur, et dignité.
Incontinent que toute la brigade Son armonie ouyt soubz la fueiltade, Pan se teut coy, merveille se donnant : Dont chascun va sa fluste abandonnant, Et soubz la sienne à danser se soiit pris, Disans entre eulx, ce Françoys resonnant Du jeu de fluste emportera le prix.
Pan (en effect) eut la face blesmie, Et sur Michel se mônstra despité :
' Syrinx , nymphe de Diane , poursuivie par Pan , se précipita dans le fleuve Ladon , pour échapper aux caresses de ce hideux amant , et fut change'e en roseaux. Le dieu des bergers , entendant le murmure qui sortait de ces roseaux agités par le zéphyr, coupa sept tuyaux d^inégale longueur , les unit avec de la cire , et forma la flûte pastorale.
Si doubterois, que de paour d^infamie Du hault du mont oe Peust précipité , Car un kault dieu, de dueil trop est malade, Quand un mortel le surmonte, et dégrade. Mais Pan, qui t'ayme, est assez souvenant, Qu'un tel ouvrier est propre, et advenant A toy, qui es recueil des bons espritz : Donc reviendra, et en s'en revenant Du jeu de fluste emportera le prix.
ENVOY
Prince Lorrain, par vertu consonnant  bons subjectz, ton Michel bien sonnant Plus pour l'honneur, qui est en toy compris. Que pour monstrer, qu'il n'est point aprenant, Du jeu de fluste emportera le prix.