A TOUS CHRESTIENS £T AMATEURS DE LA PAROLLE BE BIEU , ' SALUT
CfOMME c^est une chose bien requise en la Ghrestienté et des plus nécessaires que chascun fidèle observe et entre-* tienne la communion de TËglise en son endroict, fréquentant les assemblées qui se font tant le dimanche que les antres
' Jean Calvin , dans cette préface, où brille une saine raison, combat la sotte tyrannie de Tëglise romaine , qui s'était arrogé le droit de défendre qu'on priât Dieu en langue vulgaire. Cette espèce de mandement ne ressemble en rien aux discussions théologiques de ces tems-là, aussi obscures que ridicules. Ici,re8prit n^est pas effrayé de ces énigmes mystiques qui font reculer les OEdipes les plus iu' trépides; on n'y rencontre aucune de ces expressions hiévoglyfiques que la pédanterie des docteurs entassait comme des épouvantails pour défendre les pieuses abstractions des attaques du sens commun ; la modération la plus noble remplace cette intolérance féroce, caractère du catholicisme, aux quinzième et seizième siècles ; Calvin ne rappelle pas même les horribles persécutions dont on entourait sa doctrine naissante ; c'est un père qui parle à ses enfans. Nous avons cru qu^on lirait avec plaisir ces belles pages d'un homme vertueux que de vils écrivains nous ont présenté comme un monstre abominable. Son crime , aux yeux de certaines gens , est d'avoir opposé aux vices et a l'ambition du clergé , la divine morale de l'évangile.
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jours , poar honnorer et servir Dieu : aussi est il expédient et raisonnable i que tous congnoissent et entendent ce qui se dit et faictau Temple , pour en recevoir fruict et édification. Car nostreSeigneum^a pas institué Tordre que nous debvons tenir, quand nous convenons en son nom , seulement pour amuser le monde à veoir et regarder , mais plus tost a voulu qn^il en revinst proufict à tout son peuple, comme S. Paul tesmoîngne» commandant que tout ce qui se fiûct en TEglise soit rapporté â r édification commune de tous : ce que le serviteur ne commander oit pas , que telle ne fust l'intention du maistre. Or cela ne se peult (aire que nous ne soyons instruicts pour avoir intelligence de tout ce qui a esté ordonné pour nostre utilité. Car de dire que nous puissîonravoir dévotion, soit à prières, > soit à cerimonies , sans y rien entendre , c^est une grande mocquerie , combien qu^il se die communément. Ce n^est pas une cbose morte ne brutive , que bonne attection envers Dieu , mais est un mouvement vif, procédant du S. £sprit , quand le çueur est droictement toucbé , et Tentendement illuminé. Et de fiiict, si Ton pouvoit estre édifié <le$ choses quon voit, sans congnoistre ce qu'elles signifient, Sainct Paul ne defFendroit pas si rigoureusement de parler ^n langue incongnette : et n'useroit de ceste raison, qu'il n'y.a tiuUe édification, sinon ou il y a doctrine. Pourtant, si nous voulons bien honnorer les saintes Ordonnances de nostre Seigneur , desquelles nous usons en rEgllse , le principal est de sçavoir qu elles contiennent, qu'elles vculenft dire , -et- à quelle fin elles tendent : à -fin que l'usage en soi t utile <ét salutcûr e , et ' par conselqfaeat droictcmentreiglé. Or II y a en soknme trois clioses que nostre Seigneur nous a commandées d'observer en nos assemblées spirituelles , à sçavoir, la prédication de sa.parolle , les Oraisons publiques , et solemn^Ues y l'administration de ses Sacrernens. Je me déporte de parler des predicsdons' pour ceste
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heure ^ d'aiilJiBl ^'îL n'en est pa$ queslion. Touchant les deux autres parties qui restent, nous ayons le commandement exprès du S. Esprit, que le$ Oraisons se fassent en langue commune etcongneite au peuple. £t dit Tapostre qae le peuple ne peult repondre Âmen, à la prière qui a esté faicte en langue estrange. Or est il ainsi , que puisqu^on la faict, au nom et en la personne de tous , que ohascun en doibt estre participant , parquoy ç^a esté une trop grande impudence à ceulx qui ont introduici la langue Latine par les Eglises , ou elle n^estoît communément entendue. Et n'y a subtilité ne cavillation qui les puisse excuser , que ceste façon ne soit perverse et des- {faisante à Dieu. Car il ne fauH présumer , qu'il ait agréable ce qui se £yct directement contre son vouloir, et comme par despit de luy. Or ne le sçauroit plus despiter que d'aller ainsi à rencontre de sa de£fense, et se glorifier en ceste rébellion^ comme si c'estoît une coustume perverse de les célébrer en telle sorte que le peuple nVn ait sinon la veue, sans exposition des mystères qui y sont contenus. Car si ce sont parolles visibles ( comme S* Ailgustin les nomme) il ne (ault pas qu'il y ait seulement un spectacle extérieur, mais que la doctrine soit conjoincte avec, pour en donner l'intelligence. £t aussi nostre Seigneur en les instituant , a bien demonstré cela : car il dit que ce sont tesmoingnages de l'alliance qu'il a &icte avec BOUS, et qu'il a co»fermee par sa mort. Il faok bien donc pour leur donner lieu , que nous sçachions et congnoissions ce qui s y ait : autrement ce seroit en vain que nostre Seigneur ouvrnroit la bouche pour parler , s'il n'y avoit oreilles pour escouter. Combien qu'il n*est ja mestier d'en Caire longue dispute. Car quand la chose sera jugée de sens rassis , il n'y auracelhiy qui ne confesse que c'est une pure bastellerie , d'amuser le peuple en des signes , dont la signification ne luy soit point exposée. Paurquoy il est facile de veoir qu'on profane
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les Sacremens de Jésus Christ, les administrant teUement que le peuple ne comprenne point les paroUes qaiy sont dictes. Et de faict, on voit les superstitions qui en sont sorties. Car on estime communément que la consécration , tant de Teau du baptesme, que du pain et du vin en la cène de notre Seigneur, soit comme une espèce d'enchantement : c'est à dire , quand on a soufflé et prononcé de bouche les paroUes , que les créatures insensibles en sentent la vertu , encores que les hommes n'y entendent rien : or la vraje consécration est celle qui se faict par la parolle de foy , quand elle est déclarée et reçeue , comme dit S. Augustin : ce qui est expressément compris aux paroUes de Jésus Christ. Car il ne dit pas au pain , qu'il soit faict son corps : mais il a adressé sa parolle à la compagnie des fidèles , disant , prenez , mangez , etc. Si nous voulons donc bien célébrer le Sacrement , il nous &ult avoir la doctrine , par laquelle ce qui y est signifié nous soit declairé. Je sçay bien que cela semble fort estrange à ceulx qui ne l'ont pas accoustumé : comme il advient en toutes choses nouvelles. Mais c'est bien rsûson, si nous sommes disciples de Jésus Christ , que nous préférions son institution à nostre coustume. Et ne nous doîbt pas sembler nouveau ce qu'il a institué des le commencement.
Si cela ne peult encore entrer en l'entendement d'un chascun , il nous fault prier Dieu qu'il lui plaise d'illuminer les ignorans ^ pour faire entendre combien il est plus sage que tous les hommes de la terre : à fin qu'ilz apprennent de ne s'arrester plus à leur propre sens ^ ni à la sagesse folle et enragée de leurs conducteurs qui sont aveugles. Cependant pour l'usage de nostre Eglise, il nous a semblé bon de faire publier comme un formulaire des prières et des Sacremens , à fin que chascun recongnoisse ce qu'il doibt dire et faire en l'assemblée Chrestienne ; combien que ce livre ne proufitera pas seu-
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lement au peuple de cêste Eglise ; mais aussi à tous ceulx qui désireront sçavoir quelle forme doibvent tenir et suyvre les fidèles , quand ilz conviennent au nom de Jésus Christ.
Nous avons donc recueilly en un sommaire la Êiçon de célébrer les Sacremens ^ et sanctifier le mariage, semblablement des prières et louenges , desquelles nous usons. Nous parlerons puis après des Sacremens. Quant est des prières publiques, il y en a deux espèces. Les unes se font par simple paroUe: les autres avec chant. Et n^est pas chose inventée depuis peu de temps. Car des la première origine de l'Ëglise cela a esté, comme il appert par les histoires. £t mesme S. Paul ne parle pas seulement de prier de bouche , mais aussi de chanter. Et ^ la vérité nous congnoissons par expérience , que le chant a grande force et vigueur d^esmouvoir et enflamber le cueur des hommes , pour invocquer et louer Dieu d'un zèle plus véhément et ardant II y a tousjours à regarder que le chant ne soit léger ni volage : mais qu'il ait poix et majesté ( comme dit S. Augustin) et ainsi, qu'il y ait grande di£Ference entre la musique qu'on (aict pour resjouyr les honunes à table et en leurs maisons , et entre les psalmes qui se chantent en l'Eglise , en la présence de Dieu et de ses Anges. Or quand on vouldra droictement juger de la forme qm est ici exposée , nous espérons qu^on la trouvera saîncte et pure : veu qu^elle est simplement reiglee à l'édification dont nous avons parlé , combien que l'usage de la chanterie s'estende plus loin. C'est que mesme par les maisons eft^ par les champs ce nous soit une incitation et comme un organe à louer Dieu, et eslever nos cueurs à luy, pour nous consoler , en méditant sa vertu , bonté , sagesse , et justice , ce qui est plus nécessaire qu'on ne sçauroit dire. Pour le premier , ce n'est pas sans cause que le S. Esprit nous exhorte si soingneusement par les sainctes Escriptures , de nous resjouyr "
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' en Dieu f et que toute nostre pye SMtlà reduicte, comme à sa vraye fin : car il congnoist combien nous sommes enclins il nous resjouyr en vanité. Tout ainsi donc que notre nature BOUS tire et induict à chercher tous mOjens de resjouyssance folie et vicieuse : aussi au contraire, nostre Seigneur, pour BOUS distraire et retirer des aliechemens de la chair et du monde , nous présente tou$ moyens qn^il est possible , à fin de nous occuper en ceste joye spirituelle, laquelle îl nous recommandé tant. Or entre les autres choses qui sont propres pour recréer T homme et luy donner volupté, la musique est la première, ou Tune des principales , et nous (ault estimer que c'est un don de Dieu député à cest usage. Pourquoy d^autant plus debvons nous regarder de n'en point abuser , de paourde la souiller et contaminer , la convertissant en nostre condamnation, ou elleestoit dediee à nostre proufict et salut. Quand il n'y auroit autre considération que ceste seule , si nous doibt elle bien esmouvoir h modérer l'usage de la musique , pour la Caire servir à toute honnesteté , et qu'elle ne soit point occasion de nous lascher la bride à dissolution., ou de nous effeminer en délices désordonnées , et qu'elle ne soit point instrument de paillardise , ne d'aucune impudicité. Afais encores y, a il davantage : car h grand- peine y a il en ce monde chose qui puisse plus tourner ou fleschir çà et là les moeurs des hommes , comme Platp l'a prudemment considéré. £t de iaict, nous expérimentons qu'elle a une vertu seçrette et quasy incroyable à esmouvoir les cueucs en une sorte ou ea l'autre. Farquoy nous debvons estre d'auljant plus diligents à la re^ler^ en telle sorte qu'elle nous soit utile, et nullement perjiicûeuse. Pour cçste cause les Docteurs anciens de T^glise se complais gneiit souvente^oys de; ce qiue le peuple de leui; temps estoit adonné à chansons deshonnçstes et; impudi^pies^ lesqueUi^ non sans cause ilz estiment et appellent poiso^i moi^telle et sar
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taBique , pour corromgre le monde. Or eu parlant maintenant de la musique, ]e comprens deux parties, à sçavoir la lettre , ou subject et matière , secondement le chant ou la mélodie. U est yray que toute paroi le maulyaise (comme dit S. Paul ) pervertit les bonnes mœurs : mais quand la mélodie est avec, cela transperce beaucoup plus fort le cueur et entre au dedans : tellement que comme par un entonnoir le vin est jecté dedans le vaisseau : aussi le venin et la corruption est distillée jusques au profond du cueur par la mélodie. Qu^est il donc question' de feireP C^est d'avoir chansons non seulement hoBoestes , mais aussi sainctes , lesquelles nous so}%nt comme aiguillons pour nous inciter à prier et louer Dieu , à méditer ses œuvres- h fin de l'aymer, craindre, honnorer et glorifier. Or, ce que dit Saînct Augustin, estvray , que nul ne peult chanter choses dignes de Dieu , sinon qu^il Tait receu d'icclliy. Parquoy quand nous aurons bien circuit par tout pour chercher çà et là , nous ne trouverons meilleures chansons , ne plus propres pour ce faire , que lés Psalmes de David : ksquek le Sainct Esprit luj a dictez et fsiîctz. £t pourtant , quand nous les chantons , nous sommes certains que Dieu nous met en la bouche les parolles, comme si liiy mesmes chantoit en nous, pour exalter sa gloire. Parquoy Chrjsostome exhorte tant hommes que femmes et petis enfans , de s^accoustumer à les chanter , à fin que cela soit comme une méditation pour s^associer à la compagnie des Anges. Au reste , il nous fault souvenir de ce que dit S. Paul , que les chansons spirituelles ne se peuvent bien chanter que de cueur. Or le cueur requiert Tintelligence. Et en cela ( dit S. Augustin ) gistla différence entre le chant des hommes et celluy des oiseaulx. Car une linote,un rossignol, un papegay chanteroit bien, mais ce sera sans entendre. Or le propre don de Thomme est de chanter, en sachant ce qu^il dit. Apres Tintelligence doibt suivre le cueur
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et Taffection : ce qui ne peult estre que nous n ayons le Cantique imprimé en nostre mémoire , pour jamais ne cesser de chanter. Pour ces raisons, ce présent livre, mesme à ceste cause, oultre le reste qui a esté dict, doibt estre en singulière recommandation à chascun qui désire se resjouyr honnestement et selon Dieu , veoir à son salut, etau proufict de ses prochains : et ainsi n'a point de mestier d^estre beaucoup recommandé de par moy, veu qu^ensoy mesme il porte son prix et sonlos. Seulement que le monde soit si bien advisé , qu'au lieu de chansons en partie vaines et frivoles, en partie sottes et lourdes , en partie sales et villaines ; et par conséquent maulvabes et nuysibles , dont il a usé par cy devant , il s'accoustume cy après à chanter ces divins et célestes Cantiques avec le bon roy David. Touchant hi mélodie, il a semblé le meilleur, qu'elle fust modérée en la sorte que nous Tavons mise , pour emporter poix et majesté convenable au subject , et mesme pour estre propre à chanter en FEglise , selon qu'il a esté dict. De Genève ce lo de juin i54.3.
MAROT
AU ROY TRESCHRESTIEN,