‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 2 sur 81 · DE VIRGILE · texte numérisé non relu

DE VIRGILE

Semblablement la sinistre corneille Me disoit bien la fortune pareille. Mais je te pry ( Tityre ) compte raoy Qui est ce Dieu qui t'a mis hors d'esmoy?

TITYRE

Je sot cuydois que ce que Ton dit Romme Fust une ville ainsi petite comme Celle de nous, là ou maint aignelet Nous retirons , et les bestes de laîct. Mais je ferois semblables à leurs pères Les petis chiens , et aigneaulx à leurs mères, Âccomparant ( d'imprudence surpris ) Chose petite à celle de grand prix :

Car pour certain Romme, noble et civile, Levé son chef par sus toute autre ville, Ainsi que font les grans et haultz cyprès Sur ces buyssons que tu veois icy près.

MELIBEE.

Et quel motif si exprès t'a este' D*allér veoir Romme ?

TITYRE

Amour de liberté , Laquelle tard toutesfoys me vint veoir, Car ains que vint, barbe pouvois avoir ; Si me veit elle en pitié bien exprès , £t puis je l'euz assez long temps après,

C'est asçavoir si tost qo'euz accointée Amaryllis , et laisse Galathee.

Certainement je confesse ce poinct, Que quand j'estois à Gralathee joinct Aucun espoir de liberté n'avoye, Et en soucy de bestail ne vivoye :

Voyre et combien, que maiutesfoys je feisse De mes trouppeaulx à noz Dieux sacrifice. Et nonobstant, que force gras fourmage Se feit tous^ours en nostre gras village : Pour tout cela, jamais jour de sepmaine Ma main chez nous ne s^en retoumoit pleine.

MELIBEE.

O Amaril\ moult je m'esmerveillois , Parquoy les Dieux d'un çueur. triste appellois , Et m'estonnois pour qui d^entre nous hommes Tu reservois en l'arbre tant de pommes. Tityre lors n'y estoit (à vray dire), Mais toutesfoys , o bien heureux Tityre , Les pins treshaultz, les ruisseaux qui couloient. Et les buyssons adoncques t'appelloient.

TiftaE.

Qu'eusse je faict sans de chez nous partir? Je n'eusse peu de service sortir , N'ailleurs que là n'eusse trouve des Dieux Si à propos , ne qui me duyssent mieulx.

Page 1