DE VIRGILE
Là (pont certain) en estai triumphant ( O Melîbee) je vey ce jeune enfant : Au los de qui nostre autel par coustume Douze foys l^an en sacrifice fume.
Certes c'est luy qui premier respondit A ma ]requeste , et en ce poinct me dit : Allez , en&ns , menez paistre toz beu£&, Comme devant , je Pentends et le veulx : Et Ëiictes joindre aux vaches voz taureaux.
MELIBEE.
Heureux vieillard sur tous les pastoureaux , Doncques tes champs par ta bonne adventure Te demourrout, et assez de pasture.
Quoy que le roch d'herbe soit despouillé , Et que le lac de bourbe tout souille , Du jonc lymeux couvre le bon herbage , Ce neantmoins le maulvais pasturage Ne nourrira jamais tes brebis pleines : Et les trouppeaulx de ces prochaines plaines Désormais plus ne te les gasteront, Quand quelque mal contagieux auront.
Heureux vieillard, désormais en ces precs Entre ruisseaux, et fontaines sacrées, A ton plaisir tu te rafreschiras :
Car dW costë, joignant de toj auras La grand^ closture à la saulsaye espesse ,
Là ou viendront manger la fleur sans cesse
Mousches à miel , qui de leur bruict tant doulx
T'inciteront à sommeil tous les coups.
De l'autre part sus un hault roch sera
Le rossignol qui en l'air chantera.
Mais ce pendant la palumbe enrouée ,
La tourte aussi de chasteté louée ,
Ne laisseront à gémir sans se taire
Sus un grand orme : et tout pour te complaire.
TITYRE
Doncques plustost cerfz légers et cornuz
Vivront en l'air : et les poissons tous nudz
Seront laissez de leurs fleuves taris :
Plustost beuront les Parthes Araris
Le fleuve grand, et Tigris Germanie:
Plustost sera ma personne bannie
En ces deux lieux : et leurs fins et limités
Circuiray , à journées petites ,
Ains que celluy que je t'ay racompté
Du souvenir de mon cueur soit oste.
MELIBJilË.
Helas , et nous irons sans demouree Vers le pays d'Afrique l'alteree :
La plus grand'part en la froide Scythie Habiterons, ou irons en Parthie, Puis qu'en ce poinct fortune le décrète,
DE VIRGILE. Au fleuve Oaxe impétueux de Crète :
Finablement viendrons tous esgarez Vers les Angloys du monde séparez.
Long temps après ou avant que )e meure « Verray je point mon pays et demeure?
Ma povre loge aussi faicte de chaume ? Las s'il advient, qu'en mon petit royaume Revienne encor, je le regarderay, Et des ruines fort je m'estonneray :
Las fauldra il qu'un gendarme împiteux Tienne ce champ tant culte et fructueux ? Las fauldra il qu'un barbare estranger Cueille ces bledz ? Ou en quel grand danger Discorde a meu et pasteurs et marchans ? Las y et pour qui avons semé noz champs? 0 Melibee, plante arbres à la ligne, Entre poyriers , metz en ordre la vigne : Helas pour qui ? allez , jadis heureuses , Allez, brebis, maintenant malheureuses.
Apres cecy , de ce grand creux tout vert ,
Là ou. souvent me couchois à couvert,
Ne vous verray jamais plus de loing paistre
Vers la montaigne espineuse et champestre :
Plus ne diray chansons récréatives :
Ny dessoubz moy , povres chievres chetives ,
Plus ne paistrez le treffle fleurissant ,
Ne l'aigre fueille au saule verdissant.
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lO PREMIÈRE ÉGLOGUE DE VIRGILE.
TITYRE
Tu pourras bien ( et te pry que le vueilles )
Prendre repos dessus les vertes fuelUes
Avecques moy ceste nuîct seulement.
J^ay à soupper assez passablement
Pommes, pruneaux, tout plein de bon fruictage
Chastaignes, aulx, avec force laictage.
Puis des citez les cheminées fument,
Desja le feu pour le soupper allument:
Il s^en va nuict, et des haultz montz descendent
Les umbres grans, qui parmy l'air s'espandent.