‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 3 sur 81 · DE VIRGILE · texte numérisé non relu

DE VIRGILE

Là (pont certain) en estai triumphant ( O Melîbee) je vey ce jeune enfant : Au los de qui nostre autel par coustume Douze foys l^an en sacrifice fume.

Certes c'est luy qui premier respondit A ma ]requeste , et en ce poinct me dit : Allez , en&ns , menez paistre toz beu£&, Comme devant , je Pentends et le veulx : Et Ëiictes joindre aux vaches voz taureaux.

MELIBEE.

Heureux vieillard sur tous les pastoureaux , Doncques tes champs par ta bonne adventure Te demourrout, et assez de pasture.

Quoy que le roch d'herbe soit despouillé , Et que le lac de bourbe tout souille , Du jonc lymeux couvre le bon herbage , Ce neantmoins le maulvais pasturage Ne nourrira jamais tes brebis pleines : Et les trouppeaulx de ces prochaines plaines Désormais plus ne te les gasteront, Quand quelque mal contagieux auront.

Heureux vieillard, désormais en ces precs Entre ruisseaux, et fontaines sacrées, A ton plaisir tu te rafreschiras :

Car dW costë, joignant de toj auras La grand^ closture à la saulsaye espesse ,

Là ou viendront manger la fleur sans cesse

Mousches à miel , qui de leur bruict tant doulx

T'inciteront à sommeil tous les coups.

De l'autre part sus un hault roch sera

Le rossignol qui en l'air chantera.

Mais ce pendant la palumbe enrouée ,

La tourte aussi de chasteté louée ,

Ne laisseront à gémir sans se taire

Sus un grand orme : et tout pour te complaire.

TITYRE

Doncques plustost cerfz légers et cornuz

Vivront en l'air : et les poissons tous nudz

Seront laissez de leurs fleuves taris :

Plustost beuront les Parthes Araris

Le fleuve grand, et Tigris Germanie:

Plustost sera ma personne bannie

En ces deux lieux : et leurs fins et limités

Circuiray , à journées petites ,

Ains que celluy que je t'ay racompté

Du souvenir de mon cueur soit oste.

MELIBJilË.

Helas , et nous irons sans demouree Vers le pays d'Afrique l'alteree :

La plus grand'part en la froide Scythie Habiterons, ou irons en Parthie, Puis qu'en ce poinct fortune le décrète,

DE VIRGILE. Au fleuve Oaxe impétueux de Crète :

Finablement viendrons tous esgarez Vers les Angloys du monde séparez.

Long temps après ou avant que )e meure « Verray je point mon pays et demeure?

Ma povre loge aussi faicte de chaume ? Las s'il advient, qu'en mon petit royaume Revienne encor, je le regarderay, Et des ruines fort je m'estonneray :

Las fauldra il qu'un gendarme împiteux Tienne ce champ tant culte et fructueux ? Las fauldra il qu'un barbare estranger Cueille ces bledz ? Ou en quel grand danger Discorde a meu et pasteurs et marchans ? Las y et pour qui avons semé noz champs? 0 Melibee, plante arbres à la ligne, Entre poyriers , metz en ordre la vigne : Helas pour qui ? allez , jadis heureuses , Allez, brebis, maintenant malheureuses.

Apres cecy , de ce grand creux tout vert ,

Là ou. souvent me couchois à couvert,

Ne vous verray jamais plus de loing paistre

Vers la montaigne espineuse et champestre :

Plus ne diray chansons récréatives :

Ny dessoubz moy , povres chievres chetives ,

Plus ne paistrez le treffle fleurissant ,

Ne l'aigre fueille au saule verdissant.

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lO PREMIÈRE ÉGLOGUE DE VIRGILE.

TITYRE

Tu pourras bien ( et te pry que le vueilles )

Prendre repos dessus les vertes fuelUes

Avecques moy ceste nuîct seulement.

J^ay à soupper assez passablement

Pommes, pruneaux, tout plein de bon fruictage

Chastaignes, aulx, avec force laictage.

Puis des citez les cheminées fument,

Desja le feu pour le soupper allument:

Il s^en va nuict, et des haultz montz descendent

Les umbres grans, qui parmy l'air s'espandent.

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