SUR LA MORT DE SA DAME LAURE
Voi ch^ascoltate in rime sparse il suono....
Y OUS qui oyez en mes rithmes le son DHceuIx souspîrs, dont mon caeur nourrissoye, Lors qu^en erreur ma jeunesse passoye, N'estant pas moy, mais bien d'autre façon:
De vains travauk dont feiz rithme et chanson, Trouver m'attens (mais qu'on les lise et voye) Non pitié seule, ains excuse en la voye, Ou Ton congnoist Amour ce faulx garson.
Si voy je bien maintenant , et entens
Que long temps fîiz au peuple passetemps ,
Dont à part moy, honte le cueur me ronge :
Ainsi le &uict de mon vain exercice Cest repentance , avec honte, et notice, Que ce qui plaist au monde n'est que songe.
SONNETS DE PÉTRARQUE. 4o5
G passi sparsi , o pensier^ raghi e prbnti...
U pas espars : o pensées soudaines :
O aspre ardeur : o mémoire tenante :
O cueur débile : o voulunté puissante :
O vous mesyeulx : non plus yeulx, mais fontaines:
O branche , honneur des vainqueurs capitaines : O seule enseigne aux poètes duysante :
O doulce erreur qui soubz vie cuysante Me faict aller cherchant et montz et plaines :
O beau visage ou amour met la bride , Et l^esperon, dont il me poinct et guide Gomme il luy plaist , et deffense y est vaine :
O gentilz cueurs et âmes amoureuses,
SHl en fut onc : et vous umbres paoureuses
Ârrestez vous pour veoir quelle est ma peine.
Chi vuol yeàer quantanqae pub Natara....
Qui vouldra veoir tout ce que peult nature , Contempler vienne une qui en tpus lieux
4o6 SONNETS
Est on soleil , un soleil à mes yealx , Voyre aux ruraulx qui de vertu n'ont cure.
Et vienne test, car mort prend (tant est dure) Premier les bons, laissant les vicieux.
Puis ceste cy s'en va du reng des dieux : Chose mortelle et belle bien peu dure.
'S'il vient à temps verra toute beauté, Toute vertu , et mœurs de royauté' , Joincte en un corps par merveilleux secret :
Alors dira que muette est ma rithme.
Et que clarté ti^op grande me sùpprune, Mais si trop tarde, aura tonsjours regret
Lasciato hai , Morte, senza sole il mondo....
MoUT, sans soleil tu as laissé le monde Froid, et obscur : sans arc tWeugle'areher : Grâces, beautez, prestes à tresbucher:
Moy désolé en angoisse profonde.
Bas , et bamniz dont licmneur et faconde : Seul fasché suis, seul n'ay que me &scber: Car de vertu feîz la plante arracher.
C'est la première, ou ^preridroris la seconde :
Plaindre debyroient l'air, la mer, et la terre, Le genre humain , qui comme anneau sans pierre £st demeuré : ou comme un prë sans fleurs :
Le monde Peust, sans la congnoi&tre à Pheure, Je la congneuz , qui maintenant là pleure , Si feit le ciel , qui s^orne de mes pleurs.
Gli angeli eletti e ranime béate.
JLe premier jour que trespassa la belle, Les purs espritz, les anges précieux, Sainctes, et sainctz, citoyens des hanltz cieulx Tout esbahiz vindrent k l'en tour d'elle.
Quelle clarté, quelle beauté nouvelle, (Ce disotent ilz) apparoist à ndz j^vlx ? Nous n'aTons veu du monde vicieux Monter ça hault encor une ame telle.
Elle contente d'avoir changé demeure , Se parangonne aux anges dlieure à heure , Puis coup à coup derrière soy regarde ,
Si je la suy : il seiUbk qu'elle attend : Dont mon désir ailleurs qu'au ciel ne tend , Car je l'oy bien crier que trop je tarde.
4o8 SONNETS DE PETRARQUE.
Da più belli occhl e dal-più chiaro viso ?...
Des plus beaulx yeulx, et du plus clair visage Qui oncques fut, et des beaulx chev€ulx longs, Qui faisoient For, et le soleil moins blonds , Du plus doulx ris, et du plus doulx langage,
Des bras et mains, qui eussent en servage. Sans se bouger , mené les plus félons , De celle qui du chef jusqu^aux. talions Sembloit divin, plus qu^humain personnage,
Je prenois vie. Or d'elle se consolent Le roy céleste , et ses couriers qui volent , Me laissant nud, aveugle en ce bas estre :
Un seul confort attendant à mon dueil , C'est que là hault, elle qui sçait mon vueil , M'irapetrera qu'avec elle puisse estre.
EPIGRÂMME
DE SALMONIUS,
MIS DE I.ATI19 EN FEANÇOYS.