‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 31 sur 81 · DES VISIONS · texte numérisé non relu

DES VISIONS

DRTHUSCAN EN FRANÇOYS.

Un jour estant seidet à la fenestre Vey tant de cas nouveaulx devant mes yeulx , Que d'en tant veoîr faschë me convient estre. Si m'apparut une bische à main dextre, Belle pour plaire au souverain des dieux.

Chassée estoit de deux chiens envieux, Un blanc f un noir, qui par mortel effort La gente beste aux flânez mordoient si fort, Qu^au dernier pas en brief temps l'ont menée Cheoir sur un roch. Et là , la cruauté De mort , vainquit une grande beauté, Dont souspirer me feit sa destinée.

Puis en mer haulte un navire advisoye , Qui tout d'hebene et blanc yvoire estoit , A voiles d'or, et à cordes de soye :

Doulx fut le vent, la mer paisible et coye, Le ciel par tout clair se manifestoit.

DES VISIONS DE PÉTRARQUE. 4oi

La belle nef pour sa charge portoit Riches trésors , maïs tempeste subite En troublant l'air ceste mer tant irrite, Que la nef heurte un roch caché soubz Tonde. O grand' fortune : o crevecueur trop grief. De veoir périr, en un moment si brief , La grand' richesse à nulle autre seconde.

Apres je vey sortir divins rameaux

D'un laurier jeune , en un nouveau bocage ,

Et me sembla veoir un des arbriseaux

De paradis , tant y avoit d'oyseaulx

Diversement chantans à son umbrage.

Ces grandz delictz ravirent mon courage,

Et ayant l'œil fiché sur ce laurier

Le ciel entour commence à varier ,

Et à noircir : dont la fouldre grand' erre

Vint arracher celluy plant bien heureux,

Qui me faict estre à jamais langoureux ,

Car plus telle umbre on ne recouvre en terre.

Au mesme boys sourdoit d'un vif rocher Fontaine d'eau murmurant soefvement :

De ce lieu frais tant excellent et cher , N'osoient pasteurs ne bouviers approcher, Mais mainte Muse, et Nymphes seulement Qui de leurs voix accordoieut doulcement Au son de l'eau. Là j'assis mon désir ,

4C2 DES Visions

£t lors que plàs j'y proiois de plaisir, Je vey helas de terre ouvrir un gouffre , Qui la fontaine et le lieu dévora :

Dont le tmea cueur grand regret encor a. Et j pensant, du seul penser je souffre.

Au boys je vey un seul phénix portant Aesles de pourpre, et le chef tout doré : Estrange estoit , dont pensay en Tinstant Veoir quelque corps céleste, jusque à tant. Qu'il vint à Tarbre en pièces demouré , Et au ruisseau que terre a dévore.

Que diray plus ? Toute chose enfin passe : Quand ce phénix veit les rameaux en place : Le tronc rompu, l'eau sèche d'autre part. Comme en desdaing, de son bec s'est féru, Et des humains sur l'heure disparu :

Dont de pitié et d'amour mon cuèur ard.

Enfin je vey une dame si belle.

Qu'en y songeant tousjours je bnisle et tremble : Entre herbe et fleurs pensive marchoit elle , Humble de soy , mais contre amour rebelle : Et blanche cotte avoit, comme il me semble, Faicte en tel art, que neîge et or ensemble, Sembloient meslez : mais en sus la ceiocture , Couverte estoit d'une grand' nue obscure. Et au talion un serpenteau la blesse,

Dont langoissoît comme une fleur cueillie : Puis asseuree en liesse est saillie , Las rien ne dure au monde, que tristesse.

O chanson mienne en tes conclusions Dy hardiment , ces six grans visions A monseigneur donnent un doulx désir De briefVement soubz la terre gésir.

SIX SONNETZ

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