‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 47 sur 81 · POESIES DE VILLON · texte numérisé non relu

POESIES DE VILLON

DE GAHORS,

AUX LECTEURS-

£^TR£ tous les bons livres imprimez de la langue françoyse , ne s^en yeolt un si incorrect , ne si lourdement corrompu , que celluy de Villon : et m^e.sbaby ( veu que c'est le meilleur poète parisien qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris , et les en£ains de la ville , n'en ont eu plus grand soîng. Je ne suis (certes) en rien son voisin : mais pour Tamour de son gentil entendement , et en récompense de ce que je puis avoir aprins de luy en lisant ses œuvres , ]^y &ict à. icelles ce que je vouldrois estre faict aux miennes , si elles estoient tombées en semblable inconvénient , tant y ay trouvé de broillerie en Tordre des couplets et des vers , en mesure ^ en langage , en la rytbme et en la raison , que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié , ou de l'œuvre ainsi oultrement gastee , ou de l'ignorance de ceulx qui l'imprimèrent : et pour vous en tire preuve 9 me suis advisé ( lecteurs ) de vous mettre icy on des couplets incorrects du mal imprimé Villon , qui vous fer»

44o PRÉFACE DES

exemple et tesmoîng d'un grand numbre d'antres autant broillez

et gastez que luy , lequel est tel :

Or est Tray qu^aprez plainctz et pleurs Et angoiiseux gemissemens , Apres tristesses et doaleurs , Labeurs et griefz cheminemens , « Travaille mes lubres sentemens Aguysez ronds , comme une pelote Monstrent plus que les comments En sens moral de Arîstote.

Qui e^t çelluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement corrompu ? Ainsi pour vray Fay je trouvé aux vieilles impressions , et encores pis aux nouvelles. Or voyei maintenant comment il a esté rhabillé , et en jugez gratieusement.

Or est vray qu^apres plainctz et pleurs , Et angoisseux gemissemens , Apres tristesses et douleurs a Labeurs et griefz cheminemens , Travail mes lubres sentemens Aguy^a (roods comme pelote) Me monstrant plus que les comments Sur le sens moral d^Aristote.

Voyla vcomment il me semble que l'autheur s'entendoit , et vous sufifise ce petit amendement , pour vous rendre advertiz de ce que puis avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me ont esté aisez 9 et les autres tresdiffîdles : toutesfoys, partie avecques les vieulx imprimez, partie avecques Tayde des bons vieillards qui en sçavent par cueur , et partie par deviner avecques jugement naturel , a esté reduict nostre Villon en meilleure. et plus entière forme qu'on ne la veu de noz aages, et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler , à sa façon de rithmer , à ses meslees et lonjgues parenthèses , à la quantité de ses syllabes , ne à ses conppes ,

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