‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 46 sur 81 · A UN GRAND NOMBRE DE FRERES QU^IL A , TOUS ENFANS D*AP0LLO · texte numérisé non relu

A UN GRAND NOMBRE DE FRERES QU^IL A , TOUS ENFANS D*AP0LLO

SALÏJT.

Je ne sçay , mes treschers frères , qui m^a plus incité à mettre ces miennes petites jeunesses en lumière , ou voz continuelles prières , ou le desplaisir, que j'ay eu d'en ouyr crier, et publier par les rues une grande partie toute incorrecte , mal imprimée , et plus au proufict du libraire qu'à Fbonneur de rantbeur. Certainement toutes les deux occasions y ofcit servy : mais plus celle de voz prières. Puis doncques que vous estes cause de l'évidence de l'œuvre , que je suis d'advis , s'il en vient blasme , que la moitié en tombe sur vous : et s'il en sort ( d'adventure ) bonneur , ou louenge , que vous ne mpy n'y ayons rien , mais celluy , à qui seul est deu bonneur , et gloire. Ne vous cbaille ( mes frères ) si la courtoisie des lecteurs ne nous excuse, le tîltre du livre nous excusera. Ce sont œuvres de jeunesse, ce sont coups d'essay : ce n'est en efiect autre cbose qu'un petit jardin , que je vous ay cultivé de ce que j'ay peu recouvrer d'arbres , d'herbes , et fleurs de mon printemps : là ou toutesfoys ne verrez un seul brin de soucie. Lisez bardiment , vous y trouverez quelque délectation : et en certains endroictz quelque peu de fruict : peu dy

438 PRÉFACE DE l'ADOLESCENCE CLI^M^NTINE. je , pource qu^arbres nouveaulx entez ne produisent pas fruîcts 4e grande saveur. Et pource qu^il n'y a jardin , du se puisse rencontrer quelque herbe nuysante , je vous supply ( mes frères et vous nobles lecteurs ) si aucun maulvaîs exemple ( d^adventure ) en Usant se presentoit à voz yeulx, que vous Iny fermiez tost la voulunté : et que le pis, que vous tirerez de ce livre, soit passe temps. Espérant de briefvous faire ofîre de mieulx: et pour arrest de ce mieulx , desja je vous metz en veue , k la fin de V Adolescence, ouvrage de meilleure trempe , et de plus polie estofPe : mais Y Adolescence m devant et la commencerons par la première eglogue des bucoliques virgilianes , translatée (certes) en grande jeunesse : comme pourrez en plusieurs sortes congnoistre : mesmement par les couppes ' féminines : que je n'observois encore alors : dont Jehan Lemaire de Belges (en les m'aprenant ) me reprint. Et à Dieu frères tresaymez : lequel ardemment je supply vous donner et continuer sa grâce. De Paris ce douziesme d'aoust i53o.

' Les coupes féminines négligées par Marot étaient IV muet à la fin d'un mot , que les poètes ne comptaient pas alors comme syllabe , quand même il suivait une consonne ; en voici des exemples tire de la version de la première ëglogue de Virgile , donnëe par Marot, où la faute est restée, en trois endroits : accompagnées d'ai" gneaux et brebiettes. Accompagnées devrait selon Pnsage être de cinq syllabes ; mais Marot ne Pa fait que de quatre , ce qui est une faute dans la versification , comme le poète l'avoue ici lui même. Voici les deux autres exemples : o Melibee, je vey ce jeune enfant; o Melibee, plante arbres à la ligne. Dans ces deux vers Mélibée , qui n'est que de trois syllabes , devait être de quatre , ou la dernière devrait être mangée par une voyelle , comme dans ce vers de la même églogue : o Melibee , amy cher et parfaict Mais depuis le temps de Marot , la versification a été portée à une exactitude inconnue aux anciens poètes français ; et l'on n*y voit plus ces négligences que les novices même ne se permettent pas. L. Dupxxsifoi.

PREFACE

' DES

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