‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 50 sur 81 · SALUT · texte numérisé non relu

SALUT

Le tort , que m^ontfaict ceulx , qui par cy devant ont imprimé mes œuvres , est si grand , et si oultrageux , cher amy Dolet , quMl a touché mon honneur , et mis en danger ma personne : car par avare convoitise de vendre plus cher , et plus tost ce qui se vendoit assez, ont adjousté à icelles miennes œuvres plusieurs autres qui ne me sont rien , dont les unes sont froidement et de mauhaise grâce composées , mettant sur moy Fignorance d^aultruy , et les autres toutes pleines de scandale ,

' En d^autrcs écLitions, le titre de cette ëpître est différent , et porte : Clément Marot à ceulx gui par cy devaïïU ont imprimé ses œuçres; quant au reste , c^est la même chose , à quelques mots près , qui àe sont d'aucun intérêt.

et sédition : de sorte, qu^il n'a tenuà eulx, que durant mon absence , les ennemys de vertu n'ayent gardé la France , et moy de jamais plus nous entrevoir. Mais la grâce de Dieu par la bonté du roy (comme tu sçais) y a pourveu. Certes fose dire sans mentir , toutesfoys sans reproche , que de tous ces miens labeurs le proufict leur en retourne. «Tay planté les arbres , ilz en cueillent les fruictz^ J'ay traisné la cbarrue^ ilz enserrent la moisson : et à moy n'en revient qu'un peu d'estime

' entre les bommes , lequel encore ilz me veulent estaindre , m'attrîbuant œuvres sottes, et scandaleuses. Je ne sçay comment appeller cela , sinon ingratitude , que je ne puis avoir desservie : si n'est par la faulte que je feiz , quand je leur donnay mes copies. Or je ne suis seul , à qui ce bon tour a esté (aict. Si Alain Cbartîer vîvoit , croy hardiment , amy , que vouluntîers me tiendroit compaignie à îàîre plaincte de ceulx de leur art

'qui à ses œuvres excellentes adjousterent : La contre Dame sans mercy : l'Hospital d'Amours : la plaincte de sainct Valentin : et la Pastourelle de Granson : œuvres certes indignes de son nom , et autant sorties de luy , comme de moy , la complaîncte de la Bazoche : l'Alphabet du temps présent ' ; VEpitaphe du comte de Sales : et plusieurs autres lourderies , qu'on a meslees en mes livres. Ëncores ne leur a suffy de &ire tort à moy seul , mais à plusieurs excellentz poètes de mon temps , desquelz les beaulx ouvrages les. libraires ont joinctz avecques les miens , me faisant maulgré moy , usurpateur de Fhomieur d'auitruy. Ce que je u'ay peu sçavoir , et souffrir tout ensemble. Si ay jecté hors de mon livre non seulement les maulvaises , mais les bonnes choses , qui ne sont à moy, ne de

' Nous avons cru devoir ajouter les principales de ces pièces à la fin des œuvres de Oëment Marot : et Ton verra par Fimpertinence de celles qui sont mauvaises , que Marot avait raison de se plaindre.

A ÉTÎENNE DOLET. 44-5

moy : me contentant de celles , que nostre Muse nous produict. Toutesfoys au lieu des choses rejectees , afGn que les lecteurs ne se plaignent, j'y ay mis douze foyS* autant d'autres œuyres miennes , par cy devant non imprimées : mesmement deux livres d'epîgrammes '• Et aprfes avoir reveu et le vieil, et le nouveau, changé l'ordre du livre en mieulx , et corrigé mille sortes de fâultes infinies procedans de l'imprimerie , j'ay conclu t'envoyer le tout , à fin que sous le bel et ample privilège , qui pour ta vertu méritoire t'a esté octroyé du roy , tu le faces «n faveur de nostre amitîé , reimprimer non seulement ainsi correct ^ que je le t'envoye , mais encores mieulx : qui te sera facile , si tu y veulx mettre la diligence égale à ton sçavpir. Si te prie de tout mon cueur y vouloir vacquer en amy , m'aydant à garder diligemment les imprimeurs , et libraires , que désormais ilz n'y adjoustent rien sans m'en advertir , et ilz feront beaucoup pour eulx. Car si j'ay aucunes œuvres à mettre en lumière , elles tomberont assez à temps en leurs mains , non ainsi par pièces ,. comme ilz les recueillent çà et là, mais en belle forme de livre. D'advantage par telles leurs additions se rompt tout l'ordre de mes livres , qui tant m^a cousté à dresser. Lequel ordre , docte Dolet , et vous autres lecteurs débonnaires , j'ay voulu changer à ceste dernière revue, mettant Y adolescence à. part : et ce qui est hors de V Adolescence , tout en un : de sorte que plus ùdlemeni ,

^ Dans les ëdîtioiis d'Estienne Dolet , de i538 , et dans celle de Gryphius de la même annëe , les ëpigrammes de Marot étaient divisées en deux livres j le premier àéàié à M. de Chateaubriant , et le second à Anne sa mattresse ; mais dans les éditions suivantes , et surtout dans ceUe de Niort , ces épigrammes sont réunies en un seul livre. Nous parlons ailleurs des motifs qui nous ont engagé à hasarder une nouvelle classification.

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