VENUS
Du firuict amer la doulee escoree L'on me dict et si suis Venus Forte, plus que n'est vin de Corce  cerveàulx foibles devenuz :
Vers moy ceulx là sont bien ventz , Qui n'ont cure de loyauté :
Et quand à moy sont advenuz, Je leur oste force et beauté.
EPISTRE
A SAGON ET A LA HUETERIE '.
Quand j'ay bien leu ces livres nouvelletz, Ces chiantz royaulx » epistres , rondeletz , Mis en avant par noz deux secrétaires ^, Qui en rithmant traictent plusieurs affaires , Je leur escry par moyen de plaisir, Et de ce feire est bien prins le ioysir : Car raison veult que je les advertisse ,
^ Cette ëpttren^st point de Marot^ mais elle en est digne. Charles Fontaine , quil*à faite, ëtait disciple du poète ; on le voit bien â cet air ais^y â ce tour ingénieux , et à cette raillerie fine qui ne devait pas moins piquer la partie intéressée , que satisfaire agréablement les indilTécens. Il fut indigné de voir que .les insectes du Parnasse en voulussent à celui qui a fait en son tems le plus d*honnenr à notre poésie , et à qui on n^aurait eu garde de susciter le moindre chagrin , si c'avait été un Sagon on un Gacon. Ces rimailleurs ont beau faire de méchans vers /ils vivent en paix. Leurs anti-Marot» sont ou méprisés ou inconnus. D'ailleurs ,' pour mieux connaître la raison que Charles Fontaine a eue de redresser ces rimeurs , il ne faut que parcourir leurs poésies. L. Dupresitot.
^ SagOn était secrétaire de Félix de Brie , abbé de St.-Evroul \ et La Hueterie, dn duc de Vendôme.
Qu^îlz n'ont pas eu du poète 'notice, Qui dit, qu'ion doibt garder ses vers neuf ans ^ : Pource qu^on doibt craindre flottes, et ventz, Lors qu^on transporte, et qu'on met tn lumière Des escrivans leur ouvrage première :
Laquelle il fauk reveoir diligemment , . Et de plusieurs avoir le jugement.
Celluy est sot, qui son imparfaict œuvre A toutes ga^ imprudemment descœuvre.
Plusieurs sçavans disent : qui sont ces veaulx , Qui à rithmer se rompent les corveaùlx ?» Il semble à veoir, quand leur rithme on .entonne, Que tout par tout, là ou on Toyt, il tonne, Tout leur escript est rude, estrapge, obscur. Tant Pun que l'autre, et en sa veine dur.
Il est bien vray, que cest art d'escripture
Est bien séant , quand on l'a de nature :
Ce qu'on congnoist à la Êtcilité ,
Et ne court point sans grande veritë
Ce commun dict : on ne faict rien qui serve.
Quand on le fiaict, bon gré maulgré Minerve :
Ce que les gens d'esprit et de sçavoir
' Horace.
' 1^1 quid tamen olim
Hcripseris y in Metii descendat judicis aures , Et patris ^t nostras y nonum que prematui' in annum^
HoR. Art Poétique.
Facilement peuvent appercevolr : ' On volt tant bien une œuvre qui sent Thuile , Ou esventeç, et sethe comme tiiyle.
Il est facile à discerner les ver§ , Qui n'ont point vie, et gissent àTenvers , Il est facile, on le sent a la trace , Quand aucuns v«rs viennent de bonne r^ice.
Je ne veuk pas pourtant les àbbaisser
A celle fin die mon style haulser :
Car je congnois la petite science,
Que Dieu me donne, et prens en patience :
Mais seulement je veulx mettre en avant
Le jugement de maint homme sçavant,
£t de plusieurs qui leur maistre seroient,
Quand en cest art leur plume addressèroient.
Je ne veulx donc trancher du parangon
Pour me monstrer ennemy de Sagon.
Je ne pretens ne plaid, ne huterie
Avec Sagon , ne La Hueterie :
Ce nonobstant, s'ilz en veulent à moy,
Je n'en seray (ce a-oy je) en grand esmoy:
Car je voy bien à peu près , que leur veine
Est un petit trop débile, et trop vaine
Pour bien jouer. Cela tresbien je sçay-
A veoir sans plus leur povre Coup d *essay.
Si dessus moy leur cholere s'allume.
Là Dieu mercy nous avons encre et plume
Pour leur respondre un peu plus sagement 1 Qu'ilz n'ont escript tout deux premièrement. Que bien, ^e mal, selon noz Êintasies , Nous escrivons souvent des poésies :
Si ne suffist d^escrire maint blason, Mais il convient garder rithme et raison. Rithme et raison, ainsi comme il me semble, Doibvent tousjours estre logez ensemble.
L'homme rassis doibt son cas disposer De longue main , premier que d'exposer Son escripture et ses petis ouvrages Dessoubz les yeulx de tant de personnages : . Dont plusieurs n'ont mis en jeu leurs volumes. Combien qu'ilz soyent fàictz d'excellentes plumes. Tant moins doibt on faire ua œuvre imprimer, Ou il y a grandement à limer :
Il fault souvent y approcher la lime ' , Avant qu il soit permis que l'on imprime : Car les sçavanz disent, bren du rithmeur, Pareillement, merde pour l'imprimeur, Lequel nous vient cy rompre les cervelles Des ses traictez non vaillans deux groyselles.
Tiltres haultains ne nous font qu'abuser, A celle fin qu'on y voyse muser :
' Long-tems sar le métier remettez votre ouvrage y Polissez-le long-tems et le repolissez.
BoiLEl-U, Art Poétique.
Il n^y a point de plaisir en leur Muse Non plus qu^au son de vieille cornemuse. Je n'eusse pas pense, que de six ans On eust peu veoir de si sotz courtisans, Qui eussent eu la plume si legiere, Qu^elle auroit paour de demourer derrière. On jugerolt que ces compositeurs Sont aussi tost poètes, qu^orateurs.
O courtisans, vostre veine petite,
Pour bons rithmeurs va un petit trop vîste :
Non &ict y que ày je ? Ains pour le &ire court,
Il Êiult ainsi avoir bruict en la court.
Un bon rithmeur, qui tant d'expérience
Que de Aature a cest art et science :
En second poinct il ne doibt tant errer.
Qu'il n'ait pouvoir de sa maiù tempérer
 ce que par quelque manière lasche
Dessus aultruy ses aiguillons ne lasche
Efirenement, l'assaillant le premier.
O le beau Ëiict, que l'on doibt prenner : Je ne vey onc, depuis que suis en vie, Escrire plus d'ardeur, gloire, et envie : Certes Fescript le plus à détester.
C'est par ranqueur mesdire , et contester. Celluy lequel aguise ainsi son stjle, Doibt à bon droict estre appelle Zoile.
Tu monstres bien ta maie afTectidn , A Tafiligë donnant affliction '.
Ce n'est pas là, ce n'est pas là la voye. Qui gens d'esprit à bon renom convoyé.
Communément de tel commencement On n'en voit pas fort bon advancement.
C'en est bien loing, il y a trop à dire, Qu'on vienne à bien par blasmer , et mesdîre : Certes avant qu'il soit jamais dix ans , On monstrera au doigt les mesdisans.
Desja on dit de La Hueterie,
Et de Sagon, ce n'est que flaterîe:
A Tentour d'euk de cent pas on la sent :
Je l'ay desja bien ouy dire à cent.
Sage n^ est pas celluy, qui se soulace
A dire mal , pensant acquérir grâce :
Et mésmement, qui dit mal de celluy,
Qui ne s'en doubte, et est bien loîng de luy :
Dont il prétend avoir le lieu, et gages * :
Mais beau temps vient après pluye et orages.
■ On voit par cet endroit et par ce qui suit , que Marot n'ëlait pas encore rappelé , lorsque Charles Fontaine fil cette ëpitre.
^ Parce que La Huéterte demanda, mais inutilement , à remplacer Marot dans Temploi de valet-de-çhambre de François P^ III. 3o«
464 POÉSIES A.TTRIBUÉES
Facilement et sans prendre grand soing, On dit du mal de celluy qui est loing* Que l'on pourroît avoir en révérence Pour son sçavoir, quand il est en présence. Quand telles gens se cuydent advancer, Lors on les voit tant plus desadvancer : Il ne fault pas pai* moyen deshonneste Penser vçnir à quelque fin honneste.
Et qui a il plus loing d'honnestetë Que de mesdire avec une aspreté ?
Voyla comment pour le moins ( à ce conte ) De vostre faict ne peult sortir que honte, Et deshonneur, si vous n'estes contez Pour gens qui sont desja tous eshontez.
Je m'esbahy , comment tu as peu estre Si aveuglé de te prendre à ton maistre : Vous en deussiez tous deux mourir de dueil , On le congnoist et au doigt, et à Tœil : D'autant s'en fault , que la vostre marotte Ne luy ressemble : elle est trop jeune et sol te.
Un peu trop tost vous voulustes frotter De l'ensuyvir^ pour contremarotter.
li'un va rithmant lafere contre affaire^ Et l'autre diussi frère contre desplaire: L'autre par trop les oreilles m'offense,
Quand pour allume a voulu dire, accense: L'autre rèdîct moitié, et amytié , En douze vers, et moins de la moitié : L'autre descrit après, Dieu sçaît comment, Un chascun ciel , et chascun élément :
L'astronomie , aussi l'astrologie , Vous la diriez estre par eulx régie '. '
' Charles Fontaine a ici en vue IVpître que Sagon avait adressée dans son Coup dressai, aux^ trois frères princes et enfans de France. Cette pièce , où , pour faire Teloge du nombre trois , le poète place les trois parques , les trois furies , les trois juges de Feufer , à côte delà très-sainte Trinité, est enveloppée d'une obscurité mystérieuse. Nous croyons devoir rapporter quelques vers de celte énigme. Nous choisissons la partie la moins inintelligible :
Sont pas rendans à Diea gloire et louenges
£n paradis trois hiérarchies d'anges
Suprême , infime , et moyenne entre deux ,
£t trois degrei de sainctz ou bien beurcux ?
Vela les trois du spirituel monde ,
Venons an ciel et en la s]^re ronde.
Signes y sont trois en quaternion
Slobîle , fixe , ou en communion :
£t de chascun la maison et régie
D'un de trois poinclc qu'enseigne astrologie ,
Ou l'on peult veoir en trois quatemitez
Un seul de trois sur quatre trinitez.
Cela est vray , mais j'ayme mieulx m'en taire
Pour depesrher le monde élémentaire ,
Subject au ciel , dont les signes ja dicte
Sont «Door plus snbjectc au paradis.
Les elemens ont trois degrez d'espèce :
Car les uns sont pensez a leur sîmplesse
Les seconds non , mais en leur mixtion :
Quant est des tiers , grande est la question
Comme est leur droict nom y propre et véritable
Dont ib parfont maint efTect proufitable.
Ces trois raisons font à l'homme dbcret
Des elemens entendre le secret ,
£t à l'esprit font première ouverture
De concevoir tout effect de nature.
Vela comment par trois ndoyens certains
Je vous compare aux trois mondes haultains.
Voilà les Pygmées qui se liguaient contre Marot !
466 POÉSIES ATTRIBITÉES
Maistre, et remettre, aussi cueurs, et obscurs^ Ce sont beaulx motz : mais en rithme ilz sont durs, Et puis on veult pour agréable avoir Œuvre tant sot , et mal plaisant à veoir.
Tantost après , vingt et deux si arrivent ; Qui pas à pas Tnn et Tautre s^ensuy vent : Puis Sagon fonde, en docteur arcadicpie, Quatre raisons ' , sans texte evangdiqiie : Aussi plusieurs personnages divers Oncques n'ont peu m'exposer ces deux vers :
Ton mal penser met bien loing ta pensée , Près du soucy de ton ame offensée.
Près, et bien hlng, s'entresuyvent tresmal. Aussi sent il troubler r«sprît vital , Et cela vient de trop d'audace prinse, Qui de plusieurs pourroit estre reprinse : Ce nonobstant par telle folle audace Nul d'eulx ne quiert, que d'estre mis en grâce, Ce qui leur est chose plus qu'impossible. Que s'il m'estoit par bon loysir possible , J'aurois assez pour esmouvoir maintz cueurs Des sotz propos de ces retbeii^enrs.
* Voyez, tome !«' , dans les notes de l'ëpttre de Fripeline à Sagont ces quatre puissantes raisons que Fauteur du Coup d'essai avait trouvées pour confuter les Luthériens.
Ne sçaj si bons la commune les clame : ' Mais je sçay bien, que tout sçavant les blasme : Yoyla que c^e$t, noz compositions Yeulent régner par noz affections.
Je n'ay lojsir plus avant mVntremettre :
Mieulx me vaiildroit entreprendre autre mètre ,
Ou I^OQ pourroit cueillir quelque bon fruict»
Car je ne veuU comme eulx acquérir bruict :
Mais je sçaurois vouluntiers , quel homme est ce ,
Qui m^asseurast en sa fby et promesse
Qui auroit peu tirer un seul proufict
De ces traictez, que Pun et Pautre feit,
Tant froidz vers Dieu, vers le monde et Teglise:
Tant seulement chascun dVulx temporise,
A celle fin d^obtenir quelque don:
Leur style est doulx, voyre comme un chardon:
Ce nonobstant cuydent en ceste sorte.
Que de Phonneur, et proufict il en sorte.
Homme ne doibt s'entremettre en quelque art j Duquel jamais n'entendit bien le quart.