‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 5)Chapitre 58 sur 81 · AU JEUNE 7T DE PAZT · texte numérisé non relu

AU JEUNE 7T DE PAZT

Pour vob respondre, mon amy, J'ay vcu vostre lettre a demy , Car mon mazy lor arrivit , * Qui en la tirant me trouvit, Et Dieu scet'sî je fii faschee , J^eusse Toulu estre ecorchee, Parmanda voyze toute morte :

Mais ce que plu me reconforte , C'est que mon mazy n'en vy rien , Et aussi que )e sçay trop bien Qui n'en eu pas este conten.

Nostre aprenty vin ecoustan , Pour ouy ce qui me dîset , Mais mon povre cueur souspiset De gran douleur et de tristesse.

Si je n^eusse esté la maistresse , Mon amy , j'estes affolée.

Vostre lettre m'a consolée ,

Quand j'ay congneu que m^aymez tan

A CIÉMEÎÏT MAROT. 4^7

Je ne le veu croîre pourtant, Car les homme son ton trompeu , Et les femmes on touriou peu D^estre par leu dictz aburce :

J^enten qui ne son pas ruree :

Et dé moy, la mercy k Dieu, Je pu bien allez en tou lieu, Et fréquentez parmy le monde.

Vous me dicte que je suis blonde , May je cray qui vous plaist à dise Aussi je ne m^en foua que rise :

Si suy je comm* une autre belle. .

Vou m'escrivë que suy rebelle, Et quant tous me voulë touchez, Que je ne tou laisse approchez :

Il est bien Tray que je m^en fâche :

Car une belle dame cache Tous les jours, et le plus souTen, Son biau tetin, et son dcTan.

Par Tostre lettre tou Tante Que comme un oyreau tous chanté, Je TOUS respon qu^en suy bien ayre :

Car quand je sezetz à mallaire , Yostre chant me resjouysset.

Un jour mon mazy me diset

Qui vouldroit sçavoir la musicle , Pour la chante en la bouticle.

Vous me mande par vôstre lettre

Qu'ave' le pry de Tabaleâtre:

Et qu^este for propre , et mignon ,

Touriou vesttt comme un oig^non.

Don en cela v«u ra'ave faict

Un singulier plairir parfaict :

Car c'est l'honneur d'un biau jeune homme

D'avoir habillement gran somme :

Et aussi que c'est la rairon

Qu'un biau fy de bonne mairon .

Soit touriou fort bien accoustré.

De ma par je vour ay monstre , Si vour avé bonne memoise, Nostre jeu de bille d'ivoise:

Et ma zobbe d'un fin dra noir.

Vou varriez, si voulé veoir, Tou mes mancfaeson de velour , Mes solié qui ne sont pas lour Pour enjambez nostre ruissiau<^ Et ma cotte de drap de siau Bien teinte que me la donna Le sise Jan , quan ordonna Et voulu par son testamen , Que je l'eusse soudainonen.

A CIÉMENT MÀROT. 4^9

Ha si j^estiez tou deux ensemble, Je vous contesoy, se me semble, Cen mille bon petî prepo , Toute nui je per le repo , Tan , et si for en Vou je pense, Je ne set quelle recompense Vous m'en fesez : si suy je seuse, Que n'atten maintenant que Theuse , Que vous reveniez de Lyon :

Vous me donrez un million De biau cordon de saje fine, Pour en donne en ma voirine , Laquelle à vous se recommande.

Autre chose ne .vou demande Qu'autan en un mot comme en cen Qu'à vour aymé mon cueur consen :

Vous suppliant, mon dou amy , N'estre à me respondre endormy , Si ne vene bien to icy :

Car je sesets en gran soucy, Si je navetz de vo nouvelle :

Je prie à Dieu qui seynt telle Que pour vray je les vou desise.

Et à tan fesay fin d'escrise.

C'est de Pazy ce jour et an , Que je m'en ally droict à Lan.

4go POÉSIES ATTRIBUÉES

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