AU ROY
JLot^G telI^)s avant que vostre libéralité royale m^eust Csiict successeur de Testât de mon père , le mien plus affectionné (et non petit) désir avoit tousjours esté, Sire, de pouvoir (aire œuvre en mon labeur poétique, qui tant vous aggreast^ que par là je peusse devenir (au fort) le moindre de voz domestiques. Et pour ce faire , mis en avant comme pour mon roj, tout ce qkie je peuz : tet tant importunaj les Muses, qu'elles en fin offrirent à ma plume inventions nouvelles et antiques , luy donnai^t le choix ou de tourner en nostre langue aucune chose de la latine , ou d^escrire œuvre nou^ velle , par cy devant non jamais veue. Lors je consîderay qu'à prince de Imult esprit baultes choses lui affierent^, et tant ne me fiay en mes propres inventions , que pour vous trop basses ne les sentisse. Parquoy les laissant reposer , jectay l'œil sur les livres latins , dont la gravité des sentences , et le plaisir de la letture ( si peu que j'y comprins ) m'ont espris mes espritz , mené ma main , et amusé ma Muse. Que dy je , amusée P mais incitée à renouveller, pour vous en (aire offre , Tune des plus latines antiquitez, et des plus antiques kHnitez. Entres lesquelles celle de la Métamorphose d'Ovide me sembla la plus belle : tant pour la grande doulceur du style , que pour le grand nombre des propos tombans de l'un en l'autre par liaisons si artificielles , qu'il semble que tout ne soit qu'un. Et toutesfoys aisément ( et peult estre point ) ne se trouvera livre, qui tant de diversîtez de choses racompte. Parquoy, Sîre , si la nature en la diversité se resjouyt , là ne se debvra elle melancolier.
Pour ces raisons , et autres maintes , deliberay mettre