MAROT AU ROI
la main à la besongne , et de tout mon pouvoir suyvre et contre£aiire la veine du noble poète Ovide, pour mieulx Élire entendre et sçavoir à ceulx qui n^ont la langue latine , de quelle sorte il escrivoît , et quelle différence peult estre entre les anciens et les modernes. Oultre plus, tel lit en plaint passage les noms d^ Apollo , Daphné , Pyramus et Tîs^ bee, qui a Thistoire^aussi loing de Tesprit que* les noms près de la bouche : ce que pas ainsi n^iroit , si en facile vulgaire estoît mise ceste belle Métamorphose , laquelle aux poètes vulgaires et aux painctrcs seroit tresproufitable , et aussi de^ coration grande en nostre langue : veu mesmement que l'arrogance grecque Ta bien voulu mettre en la sienne. ' Or est ainsi, que métamorphose est une diction grecque vulgairement signifiant transformation , et a voulu Ovide ainsi intituler son livre contenant quinze volumes, pource qu^en iceluy il transforme les uns en arbres , les autres en pierres , les autres en bestes , les autres en autres formes. £t pour ceste mesroe cause ^ je me suis pensé trop entreprendre de vouloir transmuer celluy qui les autres transmue : et après , j^aj contrepensé que double loujBnge peult venir de transmuer un transmueur^ comme d^assaillir un assaîlleur, de tromper un trompeur , et mocquer un moequeur. Mais pour rendre FœiJvre présentable à si grande majesté , fauldroit preioûerement que vostre plus qu^humaine puissance transmuast b Muse de Marot eh celte de Maro. Toutesfoys telle quMle est, soubz la confiance de vostre accoustumé boa recueil, elle a (par manière d^ess^y) traduict, et parachevé de ces quinze livras le premier , dont au chasteau d' Amboyse vous en pleat ouyr quelque commencement. Si Teschantillon vous pfadst, par temps aurez la pièce entière : car la plume du petit. ouvrier ne désire voler sinon lit ou le vent de vostre royale bouche la vouldra poulser. £t à tant me tairay, Ovide venlt parler.
' Marot parle ici de la tradaction des Métamorphoses d*Ovide en grec f par Planade. Cet ouvrage curieux , dont on ne soupçonnait pas Vexistence, a e'tc' retrouvé par M. Lemaire , qui Va joint à sa magnifique collection des Qassiçuês Latins, .
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DK