VI NOTICE
geuse? (^) Il est au moins permis de révoquer en doute ces aubaines accréditées trop légèrement par quelques érudits moins convaincus qu'ingénieux. Ce serait s'avancer beaucoup, à la suite de Lenglet-Dufresnoy pour n'en citer qu'un, que de voir Diane de Poitiers dans la Dame Diane dont Marot se plaît à répéter le nom : la galanterie, dans cette cour légère du commencement du xvi^ siècle, n'était pas ennemie d'une prudente réserve, et l'indiscrétion même qu'il faudrait supposer au poète amoureux suffirait à démontrer qu'il ne fut jamais l'amant de la puissante favorite {^). Rien n'autorise à être plus affirmatif au sujet de ses relations avec Marguerite de Valois. Le rondeau LVII, Du baiser de s'amye (1524), a excité l'humeur badine de quelques biographes :
En la baisant m'a dit : « Amy sans blasnie. Ce seul b.iser, qui deux bouches embasme, Les arres sont du bien tant espéré. »
En 1524, Marguerite n'était pas encore veuve du duc d'Alençon, qui ne mourut que Tannée suivante, et rien ne vient prouver même que la chanson VII ne se rapporte pas à une autre Diane, ou même ne soit une pure imagination de poète. Elle se remaria en 1527. Au carnaval de cette même année, elle dansait avec Clément Marot. Entre elle et lui put naître une cer-
r. Il est bas de stature, noir de cheveux et de barbe; son teint basané est bien celui des habitants de Cahors. Il ne sera pas très âgé encore quand il nous confiera que le temps a neigé sur sa tête presque chauve. Son grand front arrondi se ridera bientôt aussi; ses traits fins, son petit nez camus, ses lèvres hésitantes et sensuelles, sa longue barbe, ses gros yeux ronds, rappellent d'une façon saisissaiïle le poète Verlaine qui, de nos jours, a été le révélateur et le type de la bohème littéraire. Ses regards, qui nous paraissent à nous purement rêveurs, mais qui devaient s'illuminer de passion ou s'anhuer des rayons de la malice, présentaient quelque chose d'inusité, d'étrange même, que les contemporains ne désignent pas clairement, mais qui les avait frappés. (Charles d'Héricault, Œuvres de Clément Marot, édit, in-8°, Gamier frères.)
2. On sait que Marot aima une dame de la Cour; on sait également qu'il aima une femme nommée Diane. Mais cette Diane était-elle la