‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 101 sur 258 · LYON JAMET A MAROT SUSCRIPTION · texte numérisé non relu

LYON JAMET A MAROT SUSCRIPTION

Va, lettre, va, va t'en à l'adventure Dioict à Clément, et s'il en fait lecture Records toy de luy faire semonse Joyeusement de te donner réponse.

Mais voirement, amy Clément, Tout clairement dy moy comment Tant et pourquoy tu te tiens coy D'escrire à moy, qui suis à toy?

T'ay je laissé par le passé?

T'ay je offensé ou courroussé?

Ay je à ton dict et intendict, En faict ou dict, rien contredict?

Ay je à ton nom donné renom Autre que bon? Tu sçais que non, Ny ne vouldrois et ne sçauroys, Tant sont tes droicts justes et droicts.

Devant les yeux de tous les Dieux Et demy Dieux, jeunes et vieulx.

J'atteste et jure et en rejure Qu'aucune injure ou malle augure.

Nul laps de temps ne lieux distans, Escripts latents ne vieulx Satans, N'ont peu avoir force et povoir De concevoir, c'est assavoir, Un seul congé qu'aye songé.

En son plongé, d'avoir change. Ne rien osté, de mon costé, En loyauté et feauté.

De nostre amour, pas un seul tour.

Depuis le jour de ton retour; Mais tant s'en fault qu'un tel deffault En froid ou chault avt faict le sault

En mon pourpris, que n'ays repris, Qui ne t'a pris, pour un grand prix.

Or donc, amy de ton amy, Qui ennemy n'a un demy, Que veux tu dire? Est ce pour rire Que de prescrire et interdire Une amour vieille? O grand merveille !

Quand je sommeille, elle m'esveille Et dys ainsi : « Dieu ! qu'est ce cy? Cest homme icy est il transy?

Ses bons esprits, ses beaux escripts.

De si haut prix, sont ilz prescripts?

Son cueur humain tant pur et plain De bon levain, changé de main Auroit il bien, pour quelque bien, Qu'il se veoit sien? Je n'en croy rien, Car les effects de ses beaulx faicts N'ont esté faicts si contrefaicts.

Et quant et quant il m'ayme tant Que, luy estant bien mal contant, 11 ne sçauroit quant il vouldroit.

Or qu'il eust droict en mon endroict, Sans ressentir ne consentir, Sans en mentir, à moy martyr; Car sçait il pas que tous noz pas Et tous noz cas sont par compas Comptez, nombrez et dénombrez, Puis obombrez et adombrez?

Si faict, si faict. Bien il le sçait; Le tout parfaict bien luy a faict Veoir et comprendre et tant apprendre Qu'il en peut vendre et en espendrc; Et davantage, il est de l'aage Et du pelage où l'homme est sage Ou jamais non. ICt puis son nom D'estre tout bon a le renom. »

Or donc. Clément, tout clercmcnt.

Bien seu rement et promptement, Escripts pourquoy tu te tiens coy De tenir loy au second toy,

Qui est icy sans grand soucy, La Dieu mercy et toy aussi.

C'est à Ferrare, au huictiesme an De la sienne proscription; Mais à la tienne intention Que ce soit le dernier. Amen.

A MADAME DE SOUBISE, PARTANT DE FERRARE POUR s'en VENIR EN FRANCE

Le cler soleil sur les champs puisse luire, Dame prudente, et te vueille conduire Jusques au pied de ta noble maison.

Il est certain que plus tost oraison Pour ta demeure à Dieu je voudrois faire: Mais puis que luy et le temps et l'affaire Veulent tous trois que ta lx)nté desplace. Monts et torrens te puissent faire place; Dieu, tout au long de ton allée entière, Soit en ta voye et dedans ta litière, Voire en ton cueur, à celle fin (Madame) Que tout d'un train te garde corps et ame.

Or t'en va quand et où il te plaira; Plus iras loing, plus nous en desplaira; Et quand à moi, tu peux estre asseurée, Tant que j'aurai en ce monde durée, Que serai lien, non point seulement pource Que, longtemps a, tu fuz première source De bon recueil à mon père, vivant.

Quand à la court du Koy fut arii\'ant, (Jù tu estois adoncq la mieux aymée D'Anne, par tout royne tant renommée; Ne seulement pour autant que tu lis Mesme recueil dernièrement au fiiz En ce pays, tellement que ta grâce

Semble estre encline à ma petite race; Mais pour autant que d'instinct de nature Toy et les tiens aymez littérature, Sçavoir exquis, vertus qui le ciel percent, Arts libéraux, et ceux qui s'y exercent: Cela, pour vrai, faict que trèsgrandcment Je te révère en mon entendement.

Or adieu donc, noble Dame, qui uses D'honnesteté tousjours envers les Muses; Adieu, par qui les Muses désolées Souventesfois ont esté consolées; Adieu qui voir ne les peut en souffrance; Adieu la main qui de Flandre en la France Tira jadis Jean Le Maire Belgeois, Qui l'ame avoit d'Homère le Grégeois.

Retirez vous, neige et temps pluvieux.

De l'ennuyer ne soyez envieux.

Vien, le temps doulx; retire toy, la bise : Ne fasche point madame de Soubize; Assez elle a de fascheuse tristesse D'abandonner sa dame et sa maistresse, Assez d'ennuy elle a à son départ; Assez aussi elle nous en départ.

Mais puis qu'il plaist à Dieu qu'il soit ainsi, Fault prendre en gré. Sept ans a qu'es icy. Dame trèsnoble et trente, ou à peu près. Que servie as et mère et fille après; C'est bien raison que maintenant disposes De ta maison, et que tu y reposes Avecques Dieu le surplus de ton aage; Ce te sera quasi nouveau mesnage, Après tant d'ans. Donc t'y transporteras, Et après toy honneur emporteras; Avecques toy emporteras honneur.

De tes travaux principal guedonneur, Et nous en brief S(;aurons en ton absence Dcquoy servoit par deçà ta présence,

LU

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