XL IX
DU COQ A l'aSNE. A LYON JAMET (1335)
Puis que respondre ne me veulx.
Je ne te prendray aux cheveulx, Lyon : mais, sans plus te semondre,
Moymesme je me veiilx respondre, Et seray le prebstre Martin.
Ce Grec, cest Hébreu, ce Latin, Ont descouvert le pot aux roses :
Mon Dieu, que nous verrons de choses.
Si nous vivons l'aage d'un veau !
Et puis, que dict on de nouveau?
Quand part le Roy? aurons nous guerre?
O la belle pièce de terre !
Il la fault joindre avec la mienne.
Mais pourtant la Bohémienne Porte toujours un chapperon.
Ne donnez jamais l'esperon A cheval qui voluntiers trotte.
D'où vient cela que je me frotte Aux coursiers, et suis toujours rat?
Hz escumcnt comme un verrat En pleine chaire, ces cagots, Et ne preschent que des fagots Contre ces povres hérétiques.
Non pas que j'oste les practiques Des vieilles qui ont si bon cueur :
Car, comme dit le grand mocqueur, Elles tiennent bien leur partie.
C'est une dure départie.
D'une teste et d'un eschafault.
Et grand' pitié quand beauté fault A cul de bonne voulunté.
Puis vous sçavez, Pater sancte, Que vostre grand povoir s'efface :
Mais que voulez vous que j'y face?
Mes financiers sont tous péris, Et n'est bourreau que de Paris, Ny long procès que dudict lieu.
Si ne feis je jamais l'Adieu Qui parle de la Pauthonnière.
Vray est qu'elle fut buy.sonniere, L'escole de ceulx de Pavie.
Fy de l'honneur, vive la vie, Vive l'amour, vivent les dames !
Toutesfoys, Lyon, si les âmes Ne s'en vont plus en Purgatoire, On ne me sçauroit faire acroire Que le pape y gaigne beaucoup.
A la campaigne, acoup, acoup, Hau, capitaine Pinsemaille !
Le Roy n'entend point que merdaille Tienne le rang des vieilz routiers.
Et puis dictes que les moustiers Ne servent point aux amoureux !
Bonne macquerelle pour eulx Est umbre de devocion.
C'est une bonne caution Que Monsieur de la Moriniere.
En ce temps là vint la manière De se paindre avecques des fards.
Syre, ce disent ces caphards, Si vous ne bruslez ces mastins, Vous serez un de ces matins Sans tribut, taille ne truage.
Qui diable feit le Cocuage Des Parisiens, l'autre esté?
Pour le moins, si j'y eusse esté, On eust dict que c'eust esté moy.
Touche là ; je suis en esmoy Des froidz amys que j'ay en France; Mais je trouve que c'est outrance Que l'un a trop et l'autre rien.
Est il vrayque ce vieil marrien Marche encores dessus espines, Et que les jeunes tant pouppines Vendent leur chair cher comme cresme?
S'il est vray, adieu le caresme Au concile qui se fera; Mais Rommc tandis bouffera Des chevreau Ix à la chardonnette.
Attache moy une sonnette Sur le front d'un moy ne crotté, Une oreille à chaque costé Du capiichon de sa caboche :
Voyla un sot de la Bazoche
Aussi bien painct qu'il est possible,
De sorte qu'on feroit un crible
De tous les trous qui s'abandonnent
A ceulx qui les richesses donnent.
J'ay flux, contreflux, carte amont.
Dieu pardoint au povre Vermont; Il chantoit bien la basse contre, Et les marys, la malencontre, Quand les femmes font le dessus.
Asçavoir mon, si les bossus Seront tous droicts en l'autre monde?
Je le dy pource qu'on se fonde Trop sus Venus et sus les vins, Parquoy je ne veulx qu'aux devins Personne sa fiance mette.
Or ça, le livre de Flammette, Formosum pastor, Celestine, Tout cela est bonne doctrine.
Et n'y a rien de defîendu.
Icy gerra, s'il n'est pendu.
Ou si en la mer il ne tombe, Monsieur qui a dressé sa tumbe Avant que d'estre trépassé.
Fault il pour un verre cassé Perdre pour vingt ans de service?
Non, Monsieur, non, ce n'est pas vice Que simple fornication; J'en feray la probation Par une cotte violette Que donna la teste follette, Autrement le dieu des procès, Au moyen de quoy trop d'excès Sont engendrez de tant de festes.
En effect, c'estoient de grandz bestes Que les regens du temps jadis :
Jamais je n'entre en paradis S'ilz ne m'ont perdu ma jeunesse.
Mais comment se porte l'asnesse Que tu sçais, de Jérusalem?
S'elle veult mordre, garde l'en; Elle parle comme de cyre.
Vous dictes vray de cela, Syre Une estrille, une faulx, un veau.
C'est à dire : estrille Fauveau, En bon rébus de Picardie.
Lyon, veulx tu que je te dise?
Je me trouve dispost des lèvres; Et d'autres bestes que les chèvres Portent barbe grise au menton.
Je ne dy pas que Melanchthon Ne déclare au roy son ad vis; Mais de disputer vis à vis, Nos maistres n'y veulent entendre.
Combien que la jeunesse tendre, Soit par tout assez mal apprinse.
Tu ne sçais pas? Thunis est prinse, Triboulet a frères et sœurs, Les Angloys sen vont bons danseurs.
Les Allemands tiennent mesure.
On ne preste plus à usure, Mais tant qu'on veult à interest.
A propos de Perceforest, Lit on plus Artus et Gauvain?
Il a prins l'Evangile en vain.
Le punais, et s'en est faict riche :
Et puis s'efforce mettre en friche La vigne et ses petits bourgeons.
Tout beau ! je vous pry, ne bougeons : Vous dictes que ce fut jeudy.
Non fais, non, voycy que je dy :
Je dy qu'il n'est point question De dire j'allion, ne j'estion, Ny se renda, ny je frappy :
Tesmoing le comte de Carpy.
Qui se feit moyne après sa mort.
Laisse moy là, qui rit et mord.
Et demande au petit Roger Si ceulx que Ton feit desloger Hors des villes cryoient Campos.
Vrayment, puis qu'il vient à propos, Je vous en veulx faire le compte.
Elles n'osent dire vicomte, Vigueur, vicourt ni vilevé :
Leur petit bec seroit grevé, En danger d'estre trop fendues.
On dict que les nonnains rendues Donnent gentilment la verolle.
D'estre bruslé pour la parole, Je te pry, ne soys point couart; Mais pour la foy de Billouart Laisse mourir ces sorbonistes.
Raison : La glose des légistes Lourdement gaste ce beau texte.
Pour ceste cause je proteste Oue l'Antéchrist succumbera; Au moins que de bref tombera Sur Babylonne quelque orage,
Marguerite de franc courage N'a plus ses beaulx yeulx esblouys.
Dieu gard la fille au roy Loys, Qui me reçoit quand on me chassée
Voulez vous préférer la chasse Au vol du milan suspendu ?
Si Dieu ne l'avoit deffendu, Et je fusse en mon advertin, Je donrois quinze à l'Aretin, Et si gaignerois la partie.
La court en sera advertie, D'un tas de gros asnes, ou yvres, Qui font imprimer leurs sots livres Pour acquérir bruit d'estre veaulx, A Fleury sont les bons naveaulx, Les richesses en ces prelatz.
Et puis c'est tout, je suis tant las Que quatorze archiers de la garde Me battroient à la halebardc.
Quant au Palays, tousjours il grip])e.
Adieu vous dy, comme une tripjx'.