EPISTRE FAICTE PAR MAROT
Bien doy louer la divine puyssance
Qui de ta noble et digne cognoissance,
Nymphe de pris, m'a de grâce estrené.
Assez long temps y a que je suys né,
Mais je n'ay veu passer encore année
Qui a l'entier feust si bien fortunée
Que ceste icy, j'entendz en mon endroict :
Car liberté, qui sans cause et sans droict
M'avoit esté par malings deffendue,
Ce nouvel an par le Roy m'est rendue :
Ce nouvel an, maulgré mes ennemys,
J'ai eu le bien de revoir mes amys,
De visiter ma natale province
Et de rentrer en grâce de mon prince.
J'ay eu ce bien, et Dieu l'a voulu croistre,
Car il m'a faict en mesmes temps cognoistre
Une doulceur assize en belle face,
Qui la beaulté des plus belles efface,
D'ung regard chaste où n'habite nul vice,
Ung rond parler, sans fard, sans artiffice.
Si beau, si bon que qui cent ans l'ourroit
Ja de cent ans fascher ne s'en pourroit :
Ung vif esprit, ung scavoir qui m'estonne,
Et par sus tout une grâce tant bonne,
Soit à se taire, ou soit en devisant.
Que je vouldrois estre assez souffisant
Pour en papier escripre son mérite
Ainsi qu'elle est dedans mon cueur escripte.
Tous ces beaulx dons et mille davantaige
Sont en ung corps né de hault parentaige,
Et de grandeur tant droicte et bien formée,
Que faicte semble exprez pour estre aymée
D'hommes et dieux. O que ne suys je le prince
A celle fin que l'audace je priasse
Te présenter mon service petit
Qui sur honneur fonde son appétit !
Mais pour quoy prince? Une montaigne basse
Souvent la haulte en délices surpasse:
Les roziers bas, les petitz oliviers
Délectent plus que les grandz chesnes fiers :
Et à nager en eau basse l'on treuve
Moins de danger que en celle d'ung grand fleuve.
Aussi jadis déesses adourées
D'hornrnes mortels se sont énamourées :
Le jeune Athis feust aymé de Cibelle,
Endymion, de Diane la belle :
Pour Adonis Venus tant s'abbayssa
Que les haults cieulx pour la terre layssa.
Mais qu'est besoing citer vieilles histoires,
Quant à chascun les neufves sont notoires?
L'heureux Helain, dont la muse est tant fine,
Ne feust il pas aymé de la Daulphine,
Qui se disoit bien heureuse d'avoir
Baysé la bouche en qui tant de scavoir
Se descouvroit? Je sçay bien que je suys
Homme en effect qui souldoier ne puys
Gens et chevaulx, ne sur mer dresser guerre.
Pour m'en aller une Helenne conquerre :
Si de fortune avoys tel force acquise,
Ou je mourrois, ou brief t'auroys conquise.
Pour librement avec tel personnaige
En joye user le surplus de mon aage.
Donc si de faict ne suys poinct un vainqueur,
Au moins le suys je en vouloir et en cueur,
Et mon renom en aultant de provinces
Est despendu comme celluy des princes.
S'ilz vainquent gens en faictz d'armes divers.
Je les surmonte en beaulx escripts et vers :
S'ilz ont trésor, j'ay en trésor des choses
Qui ne sont point en leurs coffres encloses :
S'ilz sont puissantz, j'ay la puissance telle
Que faire puys ma maistresse immortelle :
Ce que pourtant je ne dys par vantance,
Ne pour plustost tirer ton accointance.
EPIStftES 257
Mais seullement par une ardante envye Qu'ay de te faire entendre qu'en rna vie De rencontrer au monde ne m'advynt Femm,e qui tant à mon gré me revynt, Ne qui tant eust cette puyssance sienne D'assubjectir l'oubeyssance myenne.
ADIEU AUX DAMES DE LA COURT AU MOIS d'octobre I537
Adieu la Court, adieu les dames, Adieu les filles et les femmes, Adieu vous dy pour quelque temps.
Adieu voz plaisants passetemps; Adieu le bal, adieu la dance.
Adieu mesure, adieu cadence, Tabourins, haulboys, violons, Puis qu'à la guerre nous allons.
Adieu donc, les belles, adieu.
Adieu Cupido, vostre Dieu, Adieu ses flèches et flambeaux.
Adieu vos serviteurs tant beaulx.
Tant poliz et tant dameretz :
O comment vous les traicterez, Ceulx qui vous servent à ceste heure !
Or adieu quiconque demeure.
Adieu laquais, et le valet, Adieu la torche et le mulet.
Adieu 'monsieur qui se retire Navré de l'amoureux martyre, Qui la nuict sans dormir sera.
Mais en ses amours pensera.
Adieu le bon jour du matin, Et le blanc et le dur tctin De la belle qui n'est pas preste; Adieu une autre qui s'enqueste
S'il est jour ou non là dedans.
Adieu les signes evidens Que l'un est trop mieulx retenu Que l'autre n'est le bien venu.
Adieu qui n'est aymé de nulle, Et ne sert que tenir la mule.
Adieu f estes, adieu banquetz.
Adieu devises et caquetz.
Où plus y a de beau langage Que de serviette d'ouvrage.
Et moins vraye affection.
Que de dissimulation.
Adieu les regards gracieux.
Messagers des cueurs soucieux; Adieu les profondes pensées, Satisfaictes ou offensées :
Adieu les harmonieux sons De rondeaulx, dizains et chansons; Adieu, piteux département, Adieu regretz, adieu tourment.
Adieu la lettre, adieu le page, Adieu la court et l'équipage.
Adieu l'amytié si loyalle.
Qu'on la pourroit dire royalle, Estant gardée en ferme foy Par ferme cneur digne de roy.
Mais adieu peu d'amour semblable, Et beaucoup plus de variable.
Adieu celle qui se contente.
De qui l'honnesteté présente, Et les vertuz dont elle hérite.
Récompensent bien son mérite.
Adieu les deux proches parentes Pleines de grâces apparentes, Dont l'une a ce qu'elle prétend.
Et l'autre non ce qu'elle attend.
Adieu les cueurs uniz ensemble, A qui l'on faict tort, ce me semble, Qu'on ne donne fin amyable A leur fermeté si louable.
EPISTRES 25d
Adieu celle qui tend au poinct A veoir un qui n'y pense point, Et qui reffus ne feroit naye D'estre sa femme en lieu d'amye.
Adieu à qui gueres ne chault D'armer son tainct contre le chauld, Car elle sçait tresbien l'usage De changer souvent son visage; Adieu, amyable autant qu'elle, Celle que maistresse j'appelle.
Adieu l'espérance ennuyeuse Où vit la belle et gracieuse, Qui par ses secrettes douleurs En a prins les pasles couleurs; Adieu l'autre nouvelle pasle, De qui la santé gist au masle; Adieu la triste que la mort Cent foys le jour poinct et remord.
Adieu m'amye la dernière.
En vertuz et beauté première; Je vous pry me rendre a présent Le cueur dont je vous feiz présent.
Pour en la guerre, où il fault estre.
En faire service à mon maistre.
Or quand de vous se souviendra, L'aiguillon d'honneur l'espoindra Aux armes et vertueux faict.
Et s'il en sortoit quelque effect Digne d'une louenge entière.
Vous en seriez seule héritière.
De vostre cueur donc vous souvienne, Car si Dieu veult que je revienne, Je le rendray en ce beau lieu.
Or je fais fin à mon Adieu.
EPISTIŒS
A UNE r>AMOYSELLE MALADE
Ma mignonne, Je vous donne Le bon jour; Le s -jour C'est prison.
Guerison Recouvrez, Puis ouvrez Vostre porte, Et qu'on sorte Vistement, Car Clément Le vous mande.
Va, friande
De ta bouche, Qui se couche En danger Pour manger Confitures ; Si tu dures Trop malade, Couleur fade Tu prendras, Et perdras.
L'embonpoint.
Dieu te doint Santé bonne.
Ma mignonne.