‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 109 sur 258 · POUR LA PETITE PRINCESSE DE NAVARRE A MADAME MARGUERITE · texte numérisé non relu

POUR LA PETITE PRINCESSE DE NAVARRE A MADAME MARGUERITE

Voyant que la Royne ma mère Trouve à présent la rithme amere.

Ma Dame, m'est prins fantasie De vous monstrer qu'en poésie Sa fille suis. Arrière, prose.

Puis que rithmer maintenant j'ose.

Pour commencer donc à rithmer, Vous pouvez, Madame, estimer Qucir joye à la fille advcnoit, Sçachant que la mère venoit, Et quelle joye est advenue

A toutes deux, à sa venue.

Si vous n'en sçavez rien, j'espère Qu'au retour du Roy vostre père Semblable joye sentirez, Puis des nouvelles jii'en direz.

Or, selon que j'avois envie.

Par eau jusque icy l'ay suyvie, Avecques mon bon perroquet, Vestu de vert comme un bouquet De marjolaine. Et audict lieu M'a suyvie mon escurieu, Lequel tout le long de l'année Ne porte que robe tanée,

J'ay, aussy, pour faire le tiers, Amené Bure en ces quartiers.

Qui monstre bien à son visage Que des trcys n'est pas la plus sage.

Ce sont là des nouvelles nostres :

Mandez vous, s'il vous plaist, des vostres. Et d'autres nouvelles aussy. Car nous en avons faulte icy.

Si de la Court aucun revient.

Mandez nous (s'il vous en souvient) En quel estât il la laissa.

Des nouvelles de par deçà :

Loyre est belle et bonne rivière Qui de nous reveoir est si fiere Qu'elle en est enflée et grossie.

Et en bruyant nous remercie.

Si vous l'eussiez donc abordée.

Je croy qu'elle fust desbordée :

Car plus fiere seroit de vous Qu'elle n'a pas esté de nous; Mais Dieu ce bien ne m'a donné Que vostre chemin adonné Se soit icy, et fault que sente, Parmy ceste joye présente, La tristesse de ne vous veoir.

Joye entière on ne peult avoir Tandis que l'on est en ce monde;

Mais affin que je ne me fonde Trop en raison, icy je mande A vous et à toute la bande Qu'Estienne, ce plaisant mignon, De la danse du Compaignon, Que pour vous il a compassée.

M'a ja faict maistresse passée, De fine force, par mon ame.

De me dire : « Tournez, ma daiîie. »

Sitost qu'ensemble nous serons.

Si Dieu plaist, nous la danserons.

Ce temps pendant, soit loing, soit près, Croyez que je suis faicte exprès Pour vous porter obéissance Qui prendra tousjours accroissance A mesure que je croistray : Et sur cela fin je mettray A l'escript de peu de value Par qui humblement vous salue Celle qui est vostre sans cesse, Jane, de Navarre princesse.

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