‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 135 sur 258 · I. Élégie posthume, tirée de l'édition de lôgô · texte numérisé non relu

I. Élégie posthume, tirée de l'édition de lôgô

Hz vous diront que d'un ris seulement Vous eschaufïez le plus froid élément, Et que les biens dont Arabie est pleine N'approchent point de vostrc douce aleine.

Ils jugeront que vos mains sont d'y voire Et que la neige au pris de vous est noire; Vos blanches dents, ou plustost diamans, Sont la prison des espritz des amants.

Et le coral où elles sont encloses Pallit le tint des plus vermeilles roses. De vos cheveux, c'est moins que la raison De faire d'eux à l'or comparaison.

Ils vous diront que vostre doux langage Les coeurs humains aliène et engage, Et que l'accueil de voz doulces manières Peult appaiser Mars entre ses banieres.

Si vous touchez espinettes ou lues.

Vous appaisez les sujets d'Eolus.

Et si l'aller par les champs vous délecte, A chascun pas croit une violette.

Brief, nostre siècle, où vous avez vescu, A les passez par vous seule vaincu; Et qui sçauroit tant de fables redire Sans se fascher, ou sans mourir de rire? Ils dient tant que je croy que le tiers. En escrivant, fait rougir les papiers.

Or quant à moy, je ne .sçaurois avoir Sens ne loysir d'apprendre ce sçavoir, Ne mon esprit est d'assez bonne marque Pour suivre ainsi Jean de Meun ou Pétrarque.

Je dirai bien, et ne mentiray point, Que sous les draps vous estes en bon point; Et que peut estre on voit mainte qui braguc Qui beaucoup près n'est point si bonne bague.

Mais de<J)arler qu'estes chose divine, On me diroit que je songe et devine; Car en ce corps fait de succre et de miel Il est des cas trop peu dignes du ciel.

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