A UNE QUI REFUSA UN PRESENT
Quand je vous dy (sans penser mal affaire) « J'ay, chère sœur, un présent à vous faire, Le prendrez vous? » dès que m'eustes ouy Dit ne me fut le contraire d'ouy ; Parquoy, ma sœur, si en vous l'envoyant Y a forfaict, chascun sera croyant Que non de moy, mais de vous, vient l'ofiensc. Et pour renfort de ma juste defiense, (Sans me vanter) ce mot bien dire j'ose Qu'en maint bon lieu j'ay donné mainte chose, Que l'on prenoit sans penser le donneur Prétendre rien du prenant que l'honneur. Que n'avez vous de moy ainsi pensé?
Jamais me suis je en termes advancé Auprès de vous qu'honneur et Dieu ensemble N'y fussent mis? Quelque foys, ce me semble, Je vous ay dict (si bien vous en souvient) : « Trebcherc bœur, si service vou:. vient
De mon costé, je vous supply n' entendre
Que je vous vueille obliger le me rendre. »
Brief, mes propos, tenuz d'affection.
Seront tesmoings de mon intention;
Vous asseurant que l'estime immuable
Que j'ay de vous, est si grande et louable
Que rien par vous n'y peult estre augmenté
En refïusant un offre présenté.
Il n'est pas dit (certes) que tous donneurs
Voysent cherchant (par tout) les deshonneurs,
Et n'est pas dit que les dames qui prenent
Font toutes mal, et qu'en prenant mesprenent;
Ce nonobstant, prendre n'exaulceray
En mon escript, et si confesseray
Que, bien souvent, quand à femme l'on donne,
Le refuser est chose honneste et bonne;
Mais bien souvent (à dire vérité)
Il peult tourner en incivilité.
Je sçay assez que de rien n'avez faulte : Je sçay combien de cueur vous estes haulte; Ce neantmoins (pour nourrir amytié) N'est mal séant s'abaisser de moytié.
Quand tout est dict, nette sens ma pensée D'avoir faict cas où soyez offensée :
Plustost debvrois me sentir offensé Du mal qu'avez (peult estre) en moy pensé, Veu que l'offrir dont j'ay voulu user.
En cas d'honneur, vault bien le refuser; Ht croy, de faict, que si ce n'eust esté La foy que j'ay de vostre honnesteté.
J'eusse pensé procéder mon default De n'avoir faict mon présent assez hault; Mais Dieu me gard d' estre si transgresseur De l'amytié d'une si bonne sœur.
Qui cujignoistra que frère ne se treuvc Plus vray que moy, me mettant à l'espreuve.
ELEGIE XXVIIi
a une mal contente
d'avoir esté sobrement louée
et se plaignant non sobrement
(Attribuée à Mellin de Saint-Gelais.)
Pour tous les biens qui sont deçà la mer, Je ne voudrois vous ny autre blasmer Contre raison, en sorte qu'on peut dire Que je me mets volontiers à mesdire.
Mais si faut il que vous croyez aussi Que je n'ay pas tant besoin, Dieu mercy, De vos faveurs, qu'on me fist consentir. En vous louant, de flater ou mentir.
Je laisse à ceux faire ceste courvée Qui n'ont encor' nulle amie trouvée, Et sont contens de prendre tout en gré Pour en amours avoir quelque degré.
Je laisse à faire à ces Italiens Ou Espagnolz tombez en voz liens, Qui disent plus qu'oncques ils ne pensèrent, Pour avoir mieux encore qu'ils n'espèrent.
Car le plus lourd de telles nations Entend assez vos inclinations.
Et sçavent bien que des pays estranges Il ne vient rien si peu cher que louengcs.
Ceux là diront que les rais de vos yeux Font devenir le soleil envieux, Et que ce sont deux astres reluysans.
Tout leur bonheur et mallieur produisans.
En vous voyant ilz seront esbalùso Comme Dieu mit tel bien en ce pays, Et béniront l'an, le ciel et l'idée D'où telle gi^ace en terre est proccdéc.