NOTICE XIX
espérait une assistance plus prompte et plus efficace. Son espoir ne fut pas déçu. Jamet sut mettre en œuvre, avec une habileté consommée, toutes les ressources de la procédure, et parvint à tirer le poète des filets de la jnstire <;pr.n1ip.re. Louis Gaillart, évêque de Chartres, ami de Marguerite, se prêta de bonne grâce à toutes les combinaisons judiciaires et, prétextant que le délit reproché à Marot avait été commis sur le territoire soumis à sa juridiction, il réclama le prisonnier^ et le fit enfermer dans la prison qui dépendait de son évêché. Ce fut une détention bien douce, car le poète jouissait de la plus grande liberté : l'amitié, les visites, en adoucirent l'ennui et là^ il put composer à son aise le poème V Enfer (voir plus loin, p. 45, t. I.)
D'ailleurs, il ne resta pas bien longtemps enfermé : dès son arrivée d'Espagne, François I^^ s'empressa de donner un ordre de délivrance, probablement peu de temps après Pâques, 1526. Après une visite de quelques jours faite à sa ville natale, Marot rentra à Paris. L'année suivante, le 14 ou le 15 octobre 1527, Clément fut de nouveau jeté en prison : il avait eu la malencontreuse idée de prêter aide à certains prisonniers et de rosser les estafîers de dame justice pour leur donner le temps de s'évader. Il se hâta d'écrire au roi :
« Si vous supply (Syre) mander par lettre Qu'en liberté vos gens me vueillent mettre : Et si j'en sors, j'espère qu'à grand peine M'y reverront si on ne m'y ramené. »
{Épitre au Roy, vers 59 et suiv.
page 142, tom. I.)
1. Prisonnier. — Son mandat d'arrêt, du 13 mars 1526, n'annonce pourtant aucune débonnaireté. On le trouvera dans le Gallia christiatia, aux preuves concernant le diocèse de Chartres (Voir Ch. d'Héricault, p. 69).
2. Et là. — La maison où fut logé Marot est en face de l'évéché, à l'endroit où sont aujourd'hui les jardins du grand séminaire. Les érudits chartrains pensent que VAi^U — ainsi se nonunait la maison — n'a jamais contenu d'autre prisonnier que notre poète, et ils constatent, d'après les traditions locales, qu'il y jouissait de la plus grande liberté. (Ch. d'Héricault, p. 70.)