EN H AIN AU LT
Devers Haynault, sur les fins de Champaigne,
Est arrivé le bon duc d'Alençon,
Avec Honneur, qui tousjours l'accompaigne,
Comme le sien propre et vray escusson.
Là peult on veoir, sur la grand' plaine unie,
Des bons souldars son enseigne munie,
Pretz d'employer leur bras fulminatoire
A repoulser dedans leur territoire
Lourds Haynuyers, gent rustique et brutale.
Voulant marcher sans raison peremptoire
Sur les climatz de France occidentale.
Prenez hault cueur doncques, France et Bretaigne,
Car si en camp tenez fiere façon.
Fondre verrez devant vous Allemaigne,
Comme au soleil blanche neige et glaçon.
Fiffres, tabours, sonnez en armonie;
Advanturiers, que la picque on manye
Pour les choquer et mettre en accessoire,
Car desjà sont au royal possessoire.
Mais (comme cro}'-) Destinée fatale
Veult ruyner leur oultrageuse gloire
Sur les climatz de France occidentale.
Doncques, piétons marchans sur la campaigne, Fouldroiez tout sans rien prendre à rançon. Preux chevaliers, puis qu'honneur on y gaigne, \'os ennemys poulsez hors de l'arson.
Faictes rougir du saiîg de Germanie Les clairs ruisseaux dont la terre est garnie, Si seront mis vos haults noms en histoire. Frappez donc tant do main gladiatoire
Qu'après leur mort et deffaicte totale, Vous rapportiez la palme de victoire Sur les climatz de France occidentale.
ENVOY
Princes remplyz de hault loz méritoire, Faisons les tous, si vous me voulez croire, Aller humer leur cervoise et godale, Car de noz vins ont grand désir de boire Sur les climatz de France occidentale.