I. I.cs Chants I ;i XX sont compris dans l'édition dt- 15 j
Le jardin clos à tous humains promis, La grand' cité des haults cieulx regardée, Le lys royal, l'olive coUaudée, Avec la tour de David, immobile, Parquo}'- l'ouvrier sur tous le x:)his habile En lieu si noble assit et apposa (Mettant à fin le dict de la Sibylle) La digne couche où le Roy reposa.
D'antique ouvrage a composé Nature Le boys du lict, où n'a un poinct obmis; Mais au coissin plume trèsblanche et pure D'un blanc coulomb le grand ouvrier a mis; Puis Charité, tant quise et demandée, Le lict prépare avec Paix accordée; Linge trèspure dame Innocence file; Divinité les trois rideaux enfile, Puis à l'entour le tendit et posa.
Pour préserver du vent froid et mobile La digne couche où le Roy reposa.
Aucuns ont dict noire la couverture.
Ce qui n'est pas, car du ciel fut transmis
Son lustre blanc, sans aultre art de taincture,
Un grand pasteur l'avoit ainsi permis,
Lequel jadis par grâce concordée,
De ses aigneaulx la toyson bien gardée
Transmit au cloz de Nature subtile.
Qui une en feit la plus blanche et utile
Qu'onques sa main tyssut ou composa,
Dont elle orna (oultre son commun stile)
La digne couche où le Roy reposa.
Pas n'eut un ciel faict à frenge et figure De fins damas, sargettes ou samis; Car le liault ciel, que tout rond on figure. Pour telle couche illustrer fut commis.
D'un tour estoit si précieux bordée yu'onques ne fut de vermine abordée.
N'est-ce donc pas d'humanité fertile
Œuvre bien faict, veu que l'aspic hostile Pour y dormir approcher n'en osa?
Certes si est, et n'est à luy servile La digne couche où le Roy reposa.
ENVOY
Prince, je prens, en mon sens puérile, Le pavillon pour saincte Anne stérile; Le Roy, pour Dieu, qui aux cieulx repos Et Marie est (vray comme l'Evangile) La digne couche où le Roy reposa.
d'amour fugitif, invention de marot (1527)
Le propre jour que Venus aux yeulx verts Parmy le monde alloit chanter ces vers, Désir de veoir et d'ouyr nouveauté Me feit courir après sa grand' beauté Jusque à Paris. Quand fut en plain carroy. Sus un hault lieu se meit en bel arroy, Monstrant en face avoir cueur assez triste, Ce néanmoins en habitz cointe et miste.
Lors d'une voix plus doulce et resonnante Que d'Orpheus la harpe bien sonnante.
Chanta les vers que dessus declairons.
Plus hault et cleir que trompes et clairons : Dont maintes gens eust alors entour elle. L'un y couroit, l'autre en une tournclle Mettoit le nez; tous peuples espandnz Droict là se sont à la foulle renduz Pour veoir Venus et ouyr son parler.
Son cry finy, se feit mener par l'aer Dedans son char, avec ses Grâces belles, Soubz le ronduict do douze columbelles.
Ce qui donna grand' adni.iration Aux regard ans de mainte nation.
Or quand Venus eurent perdu de veue, De là se part ceste assemblée esmeue *
A grans trouppeaulx. L'un s'en va devisant De son cher filz, qu'elle a perdu, disant : « Pleust or à Dieu qu'en mer ou terre sceusse Luy enseigner, afin que je receusse Un doulx baiser de sa bouche riant !
— Ha! Cupido (disoit l'autre en criant). Si te tenoys lié de cordons maints, Croy qu'à grand'peine istroys hors de mes mains ^)ue de ta mère, en beauté l'outrepasse. N'eusse le don qui le baiser surpasse. »
Mais quant à moy, n'en eu aucun désir. Car qu'ay je affaire aller chercher plaisir Oui soit compris en Venus la déesse, Veu que en Pallas gist toute ma liesse?
Ainsi me teu, en contemplant la geste Des gens raviz d'un tel regard céleste, Entre lesquelz vey à part une tourbe D'hommes piteux, ayans la teste courbe. L'œil vers la terre à grand' cerimonie. Pleins (à les veoir) de dueil et agonie, Disans à.eulx mondanitez adverses, Et en habitz monstrans sectes diverses.
L'un en corbeau se vest pour triste signe; L'autre s'habille à la façon d'un cygne; L'autre s'accoustre ainsi qu'un ramonneur; L'autre tout gris; l'autre, grand sermonneur, Porte sur soy les couleurs d'une pie; O bonnes gens pour bien servir d'espie !
Que diray plus? Bien loger sans danger. Dormir sans peur, sans coust boyre et manger, Ne faire rien, aucun mestier n'apprendre. Rien ne donner, et le bien d'autruy prendre, (iras et puissant, bien nourry, bien vestu, C'est (selon eux) povreté et vertu ; Aussi (pour vray) il ne sort de leur bouche Que motz sucerez; quant au cucur, je n'y touclic :
Mais c'est un peuple à celluy resemblant Que Jean de Mehun appelle Faulx-Semblant. Forgeant Abus dessoubz Religion.
Incontinent que ceste légion (Selon le cry de Venus) sent et voit Que Cupido le dieu d'amour avoit Prins sa voilée ainsi qu'un vacabond, Chascun pensa de luy donner le bond.
Si vont quérir libelles sophistiques, Corps enchâssez et bulles papistiques, Et là dessus vouèrent tous à Dieu Et au patron de leur couvent et lieu De Cupido lyer, prendre et estraindre, Et son pouvoir par leurs œuvres contraindre, Plus pour loyer céleste en recevoir Que pour amour qu'en Dieu puissent avoir.
Voylà comment, par voyes mal directes, Les presumans oultrecuydées sectes Seures se font d'avoir de Dieu la grâce, Et de garder chose que humaine race Ne peult de soy. Or se sont ilz esparts De Chrestienté aux quatre coings et parts, Tous en propos de Cupido happer.
Et que ainsi soit, afin que d'eschapper Ne trouve lieu, ne façons, s'il est pris. Aucuns d'iceulx, par serment entrepris, Portent sur eux des cordes à gros noudz Pour luy lier jambes, piedz et genoub:.
Et sur ce poinct prendra repos ma muse, Ne voulant plus qu'à ce propos m'amuse, Ains que je pense à dresser autre compte, En concluant que cestuj- cy racomptc, A qui aura bien compris mon traicté, Dont procéda le vœu de chasteté.