‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 150 sur 258 · CHANT ROYAL CHRESTIEN · texte numérisé non relu

CHANT ROYAL CHRESTIEN

Qui ayme Dieu, son règne et son empire,

Rien désirer ne doibt qu'à son honneur;

Et toutesfoys l'homme tous] ours aspire

A son bien propre, à son aise et bon heur,

Sans adviser si point contemne ou blesse

En ses désirs la divine noblesse.

La plus grand' part appete grand avoir;

La moindre part souhaite grand sçavoir;

L'autre désire estre exempté de blasme,

Et l'autre quiert (voulant mieulx se pourvoir)

Santé au corps et paradis à l'ame.

Ces deux souhaitz contraires on peult dire, Comme la blanche et la noire couleur; Car Jesuchrist ne promet par son dire Ça bas aux siens qu'ennuy. peine et doujeur. Et d'autre part (responde/. moy), qui est ce, Qui sans mourir aux cieulx aura liesse? Nul, pour certain. Or faut il concevoir Que mort ne peult si bien nous décevoir Que de douleur ne sentions quelque dragmo.

Par ainsi semble impossible d'avoir Santé au corps et paradis à l'ame.

Donlce santé mainte amertume attire.

Et peine au corps est à l'ame doulccur,

Les bienheurez qui ont souffert martyre

De ce nous font tesmoingnage tout seur.

Et si l'homme est quelque temps sans destresse,

Sa propre chair sera de luy maistresse,

Et destruira son ame (à dire voir)

Si quelque ennuy ne vient ramentevoir

Le povre humain d'invoquer Dieu, qui l'ame,

En luy disant : « Homme, penses tu vcoir

Santé au corps et paradis à l'ame? »

O doncques, homme en qui santé empire;

Croy que ton mal d'un plus grand est vainqueur;

Si tu sentois de tous les maulx le pire,

Tu sentirois enfer dedans ton cueur.

Mais Dieu tout bon sentir (sans plus) te laisse

Ces petits maulx, sçachant que ta foiblesse

Ne pourroit pas ton grand mal percevoir,

Et que aussi tost que de l'apercevoir

Tu periroys comme paille en la flamme.

Sans nul espoir de jamais recevoir

Santé au corps et paradis à l'ame.

Certes, plustost un bon père désire

Son filz blessé que meurdrier ou jureur;

Mesmes de verge il le blesse et descirc, ;

Affin qu'il n'entre en si lourde fureur. \

Aussi quand Dieu, père céleste, oppresse '

Ses chers enfans, sa grand' bonté expresse

Faict lors sur eulx eau de grâce pleuvoir;

Par telle peine à leur bien veult prévoir

A ce qu'enfin enfer ne les enflamme,

Leur reservant (oultre l'humain devoir)

Santé au corps et paradis à l'ame.

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