CANTIQUE DE LA ROYNE SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY
S'esbahyt on si je suis esplorée, S'esbahyt on si suis descolorée, Voyant celuy qui m'a tant honorée Estre à la mort?
O seigneur Dieu, tire son pied du bort iD'obscure tumbe, ou bien, pour mon support, Avecques luy fais moy passer le port Du mortel fleuve.
Donne à tous deux, en un jour, tumbe neufve, A celle fin qu'en deux mortz ne s'esmeuve
Qu'un ducil funèbre, et que Fra,nce n'espreuve Dueil après dueil.
Ne soit, helas ! ce mien larmoyant œil Si malheureux que de veoir au cercueil Jecter celuy qui en si doulx accueil M'a couronnée;
Qui m'a sur chef la couronne donnée La plus d'honneur et gloire environnée Dont aujourd'huy l'Europe soit ornée, O tout puissant !
Si pitié n'as de mon cueur languissant, Si pitié n'as du bon Roy périssant, Aye pitié du peuple gémissant, Par ta clémence.
Laisse naeurir la royalle semence, Sans que voyons l'extrême décadence Du père estant au sommet de prudence Pour dominer.
As tu basty pour après ruyner?
As tu voulu planter et jardiner Pour ton labeur parfaict exterminer?
O quelle perte !
Si elle advient, soyt la terre couverte D'air ténébreux; plus ne soit l'herbe verte; Soyt toute bouche ou muette, ou ouverte Pour faire crys.
Soycnt do regretz tous volumes cscripts, Tragiques soyent tous escrivans espritz.
Et rien ne soyt celle qui a le prix D'cstre nommée
Femme d'un Roy de si grand' renommée.
Rien plus ne soyt que pouldrc consommée.
Pouidre avec luy, toutesfoys, inhumée :
Ce bien j'anray.
Ainsi tousjours sa compaigne seray, A son costé sans fin reposeray, Et de langueur n'experimenteray La longue peine.
Mais pourquoy suis je ainsi de douleur pleine? Est espérance en moy ou morte ou vaine? Le tout puissant par sa bonté humaine Le guérira.
Noz cueurs bien tost de liesse emplira, Car mon Seigneur encor ne périra, Ains par longs jours son peuple régira. C'est ma fiance.
Croistra ses faictz, pays et alliance, Puis ayant tout fondé sur asseurance, Ira plein d'ans prendre sa demeurance Là hault es cieulx.
Qu'est ce, mes gens? pourquoy torchez vos yeulx? Quel nouveau pleur, quel maintien soucieux, Faict on encor? Vien, mon Dieu gracieux, Haste toy. Sire.
J'entens que Mort mon amy vcult occire; Sa force fond ainsi qu'au feu la cyre. Dont tout bon cueur barbe et cheveux descire, Faisant regretz.
Semblent Troyens de nuict surprins des Grecz; Semblent Rommains voyans (oultre leurs grez) César occis par traistres indiscretz.
Ha ! Dieu mon père !
S'il est ainsi qu'à ta loy j'obtempère. De mon Seigneur les angoisses tempère,
En me faisant ainsi qu'en toy j'espère A ces te foys.
Or a mon Dieu d'enhault ouy ma voix.
Et mys à fin l'espoir qu'en luy j'avoys. Sus ! suyvez moy, au temple je m'en voys Luy rendre grâces.
Ostez ce noir, ostez moy ces préfaces Chantans des mortz; ostez ces tristes faces, Il n'est pas temps que ce grand dueil tu faces, Pays heureux.
Le ciel n'a pas esté si rigoureux De s'enrichir pour povre et langoureux Te veoir ça bas; ton trésor valureux Il te redonne.
Vy doncques, Franco, encor soubz la couronne Qui le chef meur et prudent environne.
Tandis la fleur de jeunesse fleuronne Pour faire fruict.
Soyt rOcean calme, sans vent, sans bruyt; Sechée aux champs soit toute herbe qui nuyt; Comme le jour soyt luysante la nuict; Tout dueil se taise.
Ne pleurons plus, si ce n'est de grand aise. Puis qu'envers nous l'ire de Dieu s'appaisc. Tant nous aymant, que de mortel mcsaise Tirer le Roy.
Lbcrivez tous (poètes) cest cffroy Et le hault bien dont Dieu nous faict octroy; Vous n'y fauldrez, et ainsi je le croy. Ha ! povres Muses !
S'il fut pery, vous estiez bien camuses. Doncques (enfans) descrivez les confuses
Voyant celuy où elles sont infuses Esvanouyr.
Puis tost après faictes les resjouyr, Quand on leur faict les nouvelles ouyr De la santé dont Dieu les faict jouvr. Tant désirée.
Faictes Pallas pasle et fort descirée, Mars tout marry, sa personne erapirée, En appelant d'Atropos trop irée Comrae d'abus.
Puis tout à coup chantez comme Phebus Luy mesmes va par les préaux herbus Herbes cueillir, fleurs et boutons barbus, Fueillc et racine,
* Pour faire au Roy l'heureuse médecine.
Prinse dessoubz tant benivole signe,
Que nous verrons son chef blanc comme un cigne
A l'advenir.
Cela chanté, vous fauldra souvenir De faire Mars tout joyeulx devenir, Et à Pallas la couleur revenir Non plus marrie.
Faictes que tout pleure fort et puis rie, Ainsi que moy, vostre dame chérie; Certes, souvent de grande fascherie Cirand plaisir \ient.
Ainsi ferez, et mieulx, s'il en souvient : Mais à la fin de votre œuvre accomplie, Avecques moy oonclurre vous convient Que jamais Dieu ceulx qui Tayment n'oublie.
XTX