SUR LA MALADIE DE S'AMYE
Dieu, qui voulus le plus hault ciel laisser, Et ta haultesse en la terre abbaisser, Là où santé donnas à maintz et maintes, Vueilles ouyr de toutes mes complainctes Une sans plus ! Vueilles donner santé A celle-là par qui suis tourmenté.
Ta saincte voix en l'Evangile crie Que tout vivant pour ses ennemys prie; Guéris donc celle, ô médecin parfaict.
Qui m'est contraire, et malade me faict.
Helas, Seigneur, il semble, tant est belle, Que plaisir prins à la composer telle.
Ne souffre pas advenir cest oultrage Que maladie efface ton ouvrage.
Son embonpoinct commence à se passer, Ja ce beau tainct commence à s'effacer, Et ces beaulx yeux clairs et resplendissans, Qui m'ont navré, deviennent languissans.
Il est bien vray que ceste grand' beauté A desservy pour sa grand' cruauté PuRition : mais, Syre, à l'advenir Elle pourra plus doulce devenir.
Pardonne luy, et fais que maladie N'ayt point l'honneur de la faire enlaydie. Assez à temps viendra vieillesse pasle, Qui de ce faire a charge principale.
Et cependant, si tu la maintiens saine, Ceulx qui verront sa beauté souveraine.
Béniront toy et ta fille Nature D'avoir formé si belle créature.
Et de ma part feray un beau cantique.
Qui chantera le miracle authentique Que faict auras, admirable à chascun.
D'en guérir deux en n'en guérissant qu'un.
Xon que pour moy je levé au ciel la face; Non que pour moy prière je te face; Car je te doy supplier pour son bien, Et je la doy requérir pour le mien.
FRANCE A l'empereur, A SON ARRIVÉE (1539)
Si ce bas monde et toute sa rondeur
Est embelly par la claire splendeur
Du seul renom qui court de ta personne.
Que doys je faire, ayant receu tant d'heur
De veoir à l'œil lahaultesse et grandeur
De ta sacrée et auguste couronne?
Sera ce assez que j'en dresse et ordonne
Arc triumphant, pyramide et colonne,
Pour vray record à la postérité?
Suffira il, César, que je m'adonne
A te louer, tant que tout lieu resonne
Ta grand' vertu et ma prospérité?
Non, car je voy ta magnanimité
De si près joincte à la Divinité,
Que si je veulx parfaire chose telle.
Je faiz grand tort à l'immortalité,
Qui en louant ceste bénignité
Se pense rendre encor plus immortelle.