‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 159 sur 258 · CHANT ROYAL. LA MORT DU JUSTE ET DU PESCIIEUR · texte numérisé non relu

CHANT ROYAL. LA MORT DU JUSTE ET DU PESCIIEUR

N'est il fascheux icy longuement vivTe?

Je dis aux bons, que rien qu'affliction

I. Les Chants XXI et XXII, non compris dans l'édition de 1544, sont tirés d'autres éditions.

N'y trouveront; car celui qui veut suivre La pieté, grand'persecution Luy fault souffrir, et avoir patience.

Mieulx donc luy vault, en saine conscience. Comme sainct Paul désirer de partir De ce vil corps, où vit, certes, martyr, Son ame, au ciel avecques Dieu ravie : Car à cestuy pour son dueil ressortir, La mort est fin et principe de vie.

O le bon gain de mort, qui nous délivre Tout à un coup de tribulation, Lequel devons diligemment poursuyvre.

Si nous fions en Christ sans fiction, Victorieux par sa mort et puissance De mort d'enfer et péché, sans doubtance ! Mort ne servant au juste que partir L'esprit du corps, et salut impartir, Qui de rechef, malgré mortelle envie, Vivant revient, car pour vous advertir, La mort est fin et principe de vie.

Mais aux pécheurs voulant péché ensuyvre Maie est la mort qui suyt damnation.

Gardons pourtant qu'aucun de nous ne s'yvre D'humains plaisirs et dissolution, Venans après malheur et desplaisance. Qui donc sage est, il face pénitence.

Et d'humble cœur se vueille convertir, Sans plus pécher ne jamais divertir, Car mauldit est qui de grâce dévie; Mais à celluy qui s'en veult assortir, La mort est fin et principe de vie.

Prenons pourtant sans danger le sainct H\'rc De Jesuchrist pour nostre instruction Entre les mains; car au poix de la livre Un monde vault de réprobation.

r>à nous oyrrons icelle sapience.

Le filz de Dieu, se disant la substance Qui vivre faict, et au ciel revertir L'homme ;\ tousjours, sans jamais départir. Qui par tflz motz dmilcement nous convie

Croire qu'aux siens, qu'il ne veult subvertir, La mort est fin et principe de vie.

Celle mort donc, qui falot ainsi rexnvrc Après mourir, pour resolution, X'est qu'un dormir que chascun doit consuyvre, Comme dict est en ma nan-ation.

Corrigé soit pourtant l'accoustumance Paindant la mort pleine de malveillance, Tenant un dard semblant tout néantir.

Ce qui n'est pas; car qui se sçait sortir De foy vers Dieu, au prochain asser\'ie, Au ciel tendant, au Seigneur ressortir.

La mort est fin et principe de vie.

EXVOY

Prince haultain, pour du propos sortir, A qui Dieu plaist, cil sa chair amortie Estudira par prudente partie, Et que nul n'ait le voulant pervertir, La mort est fin et principe de vie.

A LA ROYNE DE NAVARRE, DE LAQUELLE IL AVOIT RECEU UNE EPISTRE EN RYTHME

Plaigne les morts qui plaindre les vousdra: Tant que vivray, mon cueur se resonldra A plaindre ceulx que douleur assauldra En cette \ne.

O fleur que j'ay la première .servie.

Ceulx que tu mis hors de peine asservie T'ont donné peine, helas ! non desservie; Bien je le sçay,

Et des ingratz tu en as faict l'essay; Mais puis le temps que, banni, te laissay, Sans te laisser, à servir m'adressay Une princesse

Qui plus que toy d'avoir ennuy ne cesse. Ha ! Dieu du ciel ! n'auray-je une maistresse. Avant mourir, que son œil de destresse Puisse exempter?

N'est pas ma muse aussi propre à chanter Un doulx repos qui la peult contenter Qu'un dur travail qui -la vient tourmenter Avec oultrance?

Ha ! Marguerite, escoute la souffrance Du noble cueur de Renée de France; Puis, comme sœur, plus fort que d'espérance Console la.

Tu sçais comment hors son pays alla, Et que parens et amys laissa là; Mais tu ne sçais quel traitement elle a En terre estrange.

De cent couleurs en une heure elle change. En ses repas poires d'angoisses mange, Et en son vin de larmes faict meslange, Tout par ennuy,

Ennuy receu du costé de celuy Qui estre deust sa joye et son appuy; Ennuy plus grief que s'il vcnoit d'aultruy Et plus à craindre.

Elle ne voit ceulx à qui se veult plaindre; Son œil rayant si loing ne peut attaindre. Et puis les monts, pour ce bien luy estaindre. Sont entre deux.

Peu d'ainys a quiconques est loiiig d'eulx. Le roy ton frère, et toy et tes neveux Estes les saints où elle faict ses vœux, A chascune heure.

De France n'a nul grand qui la sequeure, Et des petits qui sont en sa demeure Son mary veut, sans qu'un seul y demeure, La rebouter.

Car rien qu'elle ayme il ne sçauroit gouster C'est la geline à qui l'on veult oster Tous ses poussins, et scorpions bouter Dessoubs son aisle.

C'est la perdrix qu'on veult en la tonnelle Faire tomber. Mais que ne pense en elle Le Roy de qui la bonté fraternelle Nous invoquons?

Vouldroit il bien à bailleurs de bouccons Donner luy mesme à garder ses flaccons? Francs et loyaulx autour d'elle vacquons, C'est son décore.

Mais ce fascheux, ingrat et pire encore, Voudroit réduire en petite signore La fleur de lys que tout le monde honnore D'affection.

Hélas ! s'il faict tant do profession D'honneur, de loz, de réputation.

Pourquoy le train de nostre nation Veult il deffairc?

l-aulte d'amour resguillonne à ce faire, Et luy engendre nn désir de desplaire A colle là qui met à lui complaire Merveilleux soing.

Paris, menant par force Helaine au loing Feit qu'elle n'eust de reconfort besoing : Son traitement estoit un vray tesmoing D'amitié claire.

Helas ! fault il qu'amitié se desclaire Plustost au cueur d'un forceur adultère Qu'en un mary? Sçais tu pourquoy austère Luy est ainsi?

Il vouldroit bien à la dame sans si Oster la force et le vouloir aussi De secourir François passans ic}^; C'est leur refuge.

Bien je le sçais, à la bonne heure y fus je. Il vouldroit bien, si mon sens est bon juge, Par quelque grand et dangereux déluge Plus luy ravir.

Il vouldroit bien jusqu'à là l'asservir, Que d'un seul poinct ne peust au Roy servir. Et luy a faict pour de cela chevir Mille vacarmes.

0 roy François, elle porte tes armes, Voyre, et à toy s'adressent telz allarmes, Dont le plus doulx ne pourroit pas sans larmes Estre deduict,

Et ne peult l'autre à raison estre induict Par cil honneur où France l'a conduict, Ny par enfans que tant beaux luy produict Par mainte année.

Ni la bonté de la noble Renée, Ni la douceur qui avec elle est née, Ni les vertus qui l'ont environnée N'y ont povoir.

J'aurois plustost entrepris d'esmouvoir, Comme Orpheus, en l'infernal manoir, Charon le dur, voyre Pluton le noir.

Et chien Cerbère.

O doncques, Roy, son cousin, frère et père, Arreste court l'entreprise impropere.

Et toy, sa sœur, en qui tant elle espère. Mets y la main.

Un parentage autre que le germain Y doit mouvoir ton cueur doux et humain; Si n'y pensez, mourra quelque demain, Sèche et ternie.

Car, en mon cueur, si secours on luy nie, Veu la façon comment on la manie, Diray qu'elle est de la France bannie Autant que moy,

Qui suis icy en angoisseux esmoy, En attendant secours promis de toy Par tes beaux vers, que je me ramentoy Avecques gloire.

Et bien souvent à part moy ne puis croire Que ta main noble ait eu de moy mémoire Jusqu'à daigner m'estre consolatoire Par ses escrits,

Qui en mon cueur à jamais sont inscrits; Peu ne sont leuz : leur douceur de haut prix Et zèle ardent me les eurent appris En peu d'espace.

Car aussitost que desespoir menace Mon œil de plus ne voir ta claire face. Lors force m'est que de ta lettre face Mon escusson.

Si la prononce en forme de chanson, Plustost en un, plustost en autre son.

Puis haut, puis bas, et en ceste façon Je me console.

Tant que mon cueur de grand'liesse vole, Remémorant ta royale parole, Qui me promet de m'efîacer du rôle Des enchâssez.

Or sont delà les plus gros feux passez ; Rien n'ay meffaict ; au Roy douceur abonde ; Tu es sa sœur; ces choses sont assez Pour rappeller le plus pervers du monde.

RONDEAU DUQUEL LES LETTRES CAPITALES PORTENT LE NOM DE l'aUTEUR

n omme Dido, qui moult se courrouça

t^ ors qu'Eneas seule la délaissa

w n son pays, tout ainsi Maguelonne

^ ena son dueil. Comme trèssaincte et bonne

td n l'hospital toute sa fleur passa.

a uUe fortune oncques ne la blessa, H oute constance en son cueur amassa, g; ieulx espérant, et ne fut point félonne Comme Dido.

^ ussi celluy qui toute puissance a jxj envoya cil qui au boys la laissa o û elle estoit: mais, quoy qu'on en blasonne, H ant eust de dueil, que le monde s'estonne Que d'un cousteau son cueur ne transpersa, Comme Dido.

I. Les Rondeaux I à LXVIII sont compris dans l'édition de i5.t \. T. I. 26

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