‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 164 sur 258 · DE LA JEUNE DAME QUI A V-IEIL MARY · texte numérisé non relu

DE LA JEUNE DAME QUI A V-IEIL MARY

En languissant et en giiefve tristesse Vit mon las cueur, jadis plein de liesse, Puis que l'on m'a donné mary vieillard. Helas ! pourquoy? Rien ne sçait du vieil art Qu'aprend Venus, l'amoureuse déesse.

Par un désir de monstrer ma prouesse Souvent l'assaulx : mais il demande où est ce, Ou dort pcult estre, et mon cueur veille à part En languissant.

Puis quand je veulx luy jouer de finesse, Honte me dict : « Cesse, ma fille, cesse, Garde t'en bien, à honneur prens esgard. « Lors je respons : « Honte, allez à l'escart; Je ne veulx pas perdre ainsi ma jeunesse En languissant. »

DU MAL CONTENT d'aMOURS (1525)

D'estre amouieux n'ay plus intention; C'est maintenant ma moindre affection; Car celle là de qui je cuj^dois estre

Le bien aymé m'a bien faict apparoistre Qu'au faict d'amour n'y a que fiction.

Je la pensois sans imperfection, Mais d'autre amy a prins possession !

Et pource, plus ne me veulx entremettre D'estre amoureux.

Au temps présent, par toute nation, Les dames sont comme un petit sion Qui tousjours ployé à dextre et à senestre. Bref, les plus fins n'y sçavent rien congnoistre, Parquoy concludz que c'est abusion D'estre amoureux.

DE l'absent de s'aMYE

Tuut au rebours (dont con\icnt que languisse) Vient mon vouloir; car de bon cueur vous veisse, Et je ne puis par devers vous aller.

Chante qui veult, balle qui veut baller, Ce seul plaisir seulement je voulsisse.

Et s'on me dict qu'il fault que je choysisse. De par deçà dame qui n^'csjouyssc, Je ne sçaurois me tenir de parler Tout au rebours.

Si respons franc : h J'ay dame sans nul vice; Autre n'aura en amour mon service; Je la désire, et souhaite voler Pour l'aller veoir, et pour nous consoler. » Mais mes souhaitz vont comme l'escrevice, Tout au rebours.

DE l'amant douloureux (1524)

Avant mes jours mort me fault encourir, Par un regard dont m'as voulu ferir, Et ne te chault de ma grefve tristesse; Mais n'est ce pas à toy grande rudesse, Veu que tu peulx si bien me secourir?

Auprès de l'eau me fault de soif périr; Je me voy jeune, et en aage fleurir, Et si me monstre estre plein de vieillesse Avant mes jours.

Or, si je meurs, je veulx Dieu requérir Prendre mon ame, et, sans plus enquérir. Je donne aux vers mon corps plein de foiblesse; Quant est du cueur, du tout je te le laisse. Ce nonobstant que me faces mourir Avant mes jours.

A MONSIEUR DE POïHON

Là où sçavez sans vous ne puis venir; Vous estes cil qui povez subvenir Facilement à mon cas et affaire. Et des heureux de ce monde me faire, Sans qu'aucun mal vous en puisse advenir.

Quand je regarde et pense à l'ad venir, J'ay bon vouloir de sage devenir; Mais sans support je ne puis retraire Là où sçavez.

Maie fortune a voulu maintenir, Et a juré de tous] ours me tenir; Mais, Monseigneur, pour l'occire et deftaire. Envers le Roi vueillez mon cas parfaire, Si que par vous je puisse pai-\'enir Là où sçavez.

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