D UN AMANT MARRY CONTRE SA DAME
Du tout luc veulx deslicnter De ton amour; car prouffiter Je n'y pourrois pas longue espace, Veu qu'un autre reçoit ta grâce, Sans mieulx que rnoy la mériter.
Puis qu'à toy se veult présenter, De moy se devra contenter, Car je luy quitteray la place Du tout.
Tes grâces sont fort à noter; On n'y sçauroit mettre, n'oster :
Tu as beau corps et belle face; Mais ton cueur est plein de fallace : Voylà qui m'en faict déporter Du tout.
d'alliance de sœur (1527)
Par alliance ay acquis une sœur Qui en beauté, en grâce et en doulceur Entre un millier ne trouve sa pareille. Aussi mon cueur à l'aymer s'appareille, Mais d'estre aymé ne se tient pas bien seul*.
Las! elle m'a navré de grand' vigueur, Non d'un cousteau. ne par haync ou rigueur
Mais d'un baiser de sa bouche vermeille, Par alliance.
Cil qui la veoit, jouyt d'un trèshault heur; Plus heureux est qui parle à sa haulteur, Et plus heureux à qui preste l'oreille; Bien heureux donc devroit estre à merveille Qui en amour seroit son serviteur Par alliance.
LU
d'une dame ayant beauté et GRACE
Grande vertu et beauté naturelle Ne sont souvent en forme corporelle; Mais ta forme est en beauté l'oultrepasse D'autant que l'or tous les metaulx surpasse, Et si voit on mainte vertu en elle.
Aussi par tout en vole la nouvelle, Et ce qui plus ton renom renouvelle. C'est que tu as, toy seule, double grâce, Grande vertu.
Grâce en maintien et en parolle belle; Grâce en après, que mercy on appelle.
L'une contraint que t'amour on pourchasse, L'autre de toy la jouyssance brasse :
Je te supply, use envers moy d'icelle Grande vertu.
LUI
A- LA JLUNli DAME MÉLANCOLIQUE El SaLITAlRE
Par seule amour qui a tout .surmonté On trouve grâce en divine bonté,
Et ne la fault par autre chemin querre; Mais tu la veulx par cruaulté conquerre, Qui est contraire à bonne volonté.
Certes, c'est bien à toy grand' cruaulté D'user en dueil ta jeunesse et beauté, Que t'a donné nature sur la terre Par seule amour.
En sa verdeur se resjouit l'esté, Et sur l'y ver laisse joyeuseté :
En ta verdeur plaisir donques asserre; Puis tu dira^, si vieillesse te serre : « Adieu le temps qui si bon a esté Par seule amour, »