DU CONTENT EN AMOUR
Là me tiendray où à présent me tien, Car ma maistresse, au plaisant entretien, M'ayme d'un cueur tant bon et désirable Qu'on me de\Toit appeller misérable Si mon vouloir estoit autre que sien.
Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vinst dire : « Amy, fais mon cueur tien, n Je respondrois : « Point ne seray muable; Là me tiendray. »
Qu'un chascun donc voyse chercher son bien; Quant est à moy, je me trouve trèsbien : J'ay dame belle, exquise et honorable; Parquoy, fusse je unze mille ans durable, Au dieu d'amours ne demanderay rien; Là me tiendray.
d'un délaissé de s'amye
Tout à part soy CbL mclanculieux Le tien servant, qui s'clongne des lieux Là où l'on veult chanter, danser et rire: Seul en sa chambre il va ses pleurs esciirc, Et n'est possible à hiy de faire mieulx.
Car quand il pleut et le soleil des cieulx Ne rcluyt point, tout homme est soucieux,
Et toute beste en son creux se retire Tout à part soy.
Or maintenant pleut larmes de ses yeulx, Et toy qui es son soleil gratieux, L'as délaissé en l'umbre de martyre; Pour ces raisons, loing des autres se tire, Que son ennuy ne leur soit ennuyeux, Tout à part soy.
DE CELUY DE QUI l'aMYE A FAICT NOUVEL AMY
Jusque à la mort dame t'eusse clamée, Mais un nouveau t'a si bien reclamée.
Que tu ne veulx qu'à son leurre venir; Si ne peulx tu contre moy soustenir Parquoy l'amour deust estre consommée.
Car en tous lieux tous] ours t'ay estimée Et si on dict que je t'ay déprimée.
Je dy que non. et le veulx maintenir Jusque à la mort.
Dieu doint que pis tu n'en sois renommée; Car, s'il est sceu, tu en seras nommée Femme sans cueur, qui ne se pcult tenir D'aller au change, et à grand tort bannir Celliiy qui l'eust parfaictement aymée Jusque à la mort.