‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 257 sur 258 · GOMPLAINGTES · texte numérisé non relu

GOMPLAINGTES

Que, pour la veoir, mourir devrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye éternelle, Cessez, mes vers, cessez de vous douloir.

Mettez voz mdntz et pins en nonchaloir, Venez en France, ô Nymphes de Savoye, Pour faire honneur à celle qui valoir Feit par son loz son pays et sa voye.

Savoysienne estoit, bien le sçavoye.

Si faictes vous; venez donques, affin Qu'avant mourir vostre œil par deçà ^'oye Là où fut mise après heureuse fin.

Portez au bras chascune plein coffin D'herbes et fleurs du lieu de sa naissance, Pour les semer dessus son marbre fin, Le mieulx pourveu dont ayons congnoissance.

Portez rameaiîlx parvenuz à croissance : Laurier, lyerre et lys blancs honorez, Romarin vert, roses en abondance.

Jaune soucie et bassinetz dorez,

Passeveloux de pourpre colorez, Lavende franche, œilletz de couleur vive, Aubepins blancs, aubepins azurez, Et toutes fleurs de grand' beauté nayfve.

Chascune soit d'en porter attentive.

Puis sur la tumbe en jectez bien espais. Et n'oubliez force branches d'olive, Car elle estoit la bergère de paix.

Laquelle sceut dresser accords parfaicts Entre bergers, alors que par le monde Taschoient l'un l'autre à se rendre deffaicts, A coup de goy, de houlette et de funde.

Vien, le dieu Pan, vien plus tost que l'aronde Pars de tes parcs, d'Arcadie dcsplace.

Cesse à chanter de Syringue la blonde.

Approche toy et te mets en ma place.

Pour exalter avec meilleure grâce Celle de qui je me suis entremys :

Non (pour certain) que d'en parler me lasse, Mais tu as tort que tu ne la gemys.

Et toy, Thenot, qui à plourer t'es mys

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En m'escoutant parler de la trèsbonne, Délivre moy le chalumeau promys, A celle fin qu'en concluant la sonne,

Et que du son rende grâces, et donne Louange aux dieux des haults montz et des plains. Si haultement que ce val en resonne :

Cessez, mes vers, cessez icy vos pîaincts.

THENOT

O franc pasteur, combien tes vers sont pleins De grand' doulceur et de grand' amertume ! Le chant me plaist, et mon cueur tu contrains A se douloir plus qu'il n'a de coustume.

Quand tout est dict, Melpomené allume Ton stile doulx à tristement chanter; Oultre il n'est cueur (et fust ce un cueur d'enclume) Que ce propos ne feit bien lamenter.

Parquoy, Colin, sans flatter ne vanter, Non seulement le bon fiageol mérites, Ains devroit on chapeau te présenter De vert laurier, pour choses tant bien dictes.

Sus, grans toreaux, et vous, brebis petites, Allez au tect, assez avez brousté; Puis le soleil tombe en ces bas limites. Et la nuict vient devers l'autre costé.

de monsieur le general guillaume preud'homme

Unique fils de Freud' homme, dont Tamc Ces jours passez soubz la funèbre lame Laissa le corps, escoutc un peu comment Celle du mien s'en vint en un moment Bien tost après en mon lict m'apparoistre,

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Et les secretz qu'elle me feit congnoistre.

« Filz (ce dit elle) en noz champs Elisées, N'a pas longtemps, par les droictes brisées, Est devers nous un esprit arrivé, Discret, gentil, amyable et privé, Qui, deschargé de son terrestre corps, Et plus n'estant de ce monde records, S'en vint trouver au plus beau du pourpris Les immortelz et fleurissans esprits Des renommez vieulx poètes Galliques, Qui, en accords plus divins que angeliques. Tout à l'entour des lauriers tous jours verts, AUoient chantans à l'envy maintz beaulx vers.

Luy là venu, ils cessèrent leurs chants : Et il leur dit : « O l'eslite des champs Elisiens, espritz, en vérité, Par dessus tous remplys de deité, Je ne suis point esprit de poésie; Mais je suis tel, qu'amour et fantaisie J'avois en vous et vostre vertu.

Estant encor de chair et d'os vestu.

Et délaissant le monde terrien, Je quictay tout, et si n'apportay rien Que les beaulx vers de voz célestes veines, Qui en mes soingz, mes labeurs et mes peines Me soulageoient, tout par cueur les disant, Avec amys ou princes devisant, Parmy lesquelz alors en toute gloire De voz haulz noms il estoit faict mémoire.

Or donc, espritz pleins de bonté nayve. Souffrez qu'icy avecques vous je vive.

Puisque vescu avez au cabinet De ma mémoire. « Adonques Molinet Aux vers fleuris, le grave Chastellain, Le bien disant en rithme et prose Alain, Les deux Grebans, au bien resonnant stile, Octavian, à la veine gentile.

Le bon Crétin au vers équivoque, Ton Jehan le Maire, entre eulx hault colloque. Et moy. ton père, en joye le receusmes,

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Car quasi tous de luy congnoissance eusmes.

a Heureux esprit, ce luy va Crétin dire,

Quelle raison plus tost vers nous te tire

Que par devers tant d'espritz excellons

Qui sont ici, jadis tous opulens,

A toy pareilz, et conseilliers royaulx,

Desquelz tu fuz, voyre des plus loyaulx? »

Il luy respond : « O ame débonnaire,

Penser me fais au labeur ordinaire

Que j'eus au monde; et. parmy eux estant,

J'y penserois encores tant et tant,

Que le record de ces solicitudes

Me priveroit de grans béatitudes

Qui sont céans. Je cherche les délices

Qui aux espritz sont duysans et propices :

Je cherche joye et repos et sçavoir :

Où les peult on mieulx qu'entre vous avoir?

Or soit ma joye en ce poinct accomplie,

Et par sus tout. Crétin, je te supplie

De me monstrer en ces beaulx champs floris

Nostre Ennius, Guillaume de Loris,

Qui du romant acquit si grand renom,

Duquel aussi nous deux portons le nom,

Dont mieulx je l'ayme. )> Adonc Crétin le mené

Par un sentier odorant et amené.

Au bout duquel, soubz un rosier plaisant,

Peult veoir de loing Loris cncor faisant

Tout à part soy ses regretz et clamours

Après sa Rose. O puissance d'amours !

Là parvenuz, Crétin, qui le plainct fort,

Luy dit : « Loris, Amour te doint confort !

Laisse tes plainctz : voicy une noble ame.

Qui, évitant d'ignorance le blasme,

Fut en son temps le copieux registre

Des beaulx escriptz que jadis sçeurcnt tistre

Les bons facteurs du gallique hémisphère.

Desquelz tu es le bon ancien père.

Si eusses veu comment, sans peine prendre, En sa mémoire il les sçavoit comprendre, Puis de quel' grâce, et avec quel plaisir

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Les recitoit en lieu, temps et loisir,

Non ni.oins aymé eusses le reciteur

Que l'œuvre mesme ou le compositeur.

C'est le plaisir où il se delectoit

Quand du Roy Franc servant fidèle estoit.

Et gênerai des argenteuses sommes,

Là où du Nord prindrent le nom les hommes.

C'est le second de qui les mains loyalles Seules ont eu des finances royalles Gouvernement. Or les a il laissées Mieulx. qu'avant luy en ordre bon dressées, Et au sortir du corps, ja d'aage plein, Cler, pur et net, s'en vint en ce iDcau plain Chercher repos en la troupe immortelle De nous, qui tous luy devons amour telle Que luy à nous. — Au nom du Tout Puissant Bien venu soit l'Esprit resplendissant, Respond Loris; d'un nom sommes tous trois; Pour la mornifle encor un j'en vouldrois Avecques nous. » De sa bouche à grand' peine Fut hors ce mot, qu'ilz veirent en la plaine Venir, plus cler que nul ruby ballay.

L'esprit du preux Guillaume du Bellay, Tant travaillé des guerres piedmontoises. Qu'à peine eust sceu encor aller deux toises. Si se vint mettre avec eulx à repos.

Larmes laissant à souldars et supposts.

Laissant en France et en Piedmont ennuy. Mais non laissant homme semblable à luy.

Bien tost après, allans d'accord tous quatre Par les préaux toujours herbuz s'esbatre. Du mesme nom deux Espritz rencontrèrent : L'un Bissipat, que neuf sœurs allecterent; L'autre Budé, qui la palme conquit Sur les sçavans du siècle où il vesquit. Bien heureuse est, ô Clément, ta naissance. Qui de luy cuz privée congnoissance !

Au demourant, notre Gaulle, ainsi comme Nous a compté l'Esprit du grand Preud'homme, De maint poète ores est décorée :

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Mais entre tous de trois moult honorée, Dont tu es l'un, Sainct Gelais angelique, Et Heroet, à la plume héroïque.

Maulgré le temps vos espritz dureront Tant que françoys les hommes parleront.

Ainsi le dit l'ame de frais venue, A^qui sans fin est la troupe tenue De Parnassus, veu qu'en mortelle vie Aymée l'a, et en l'autre suyvie.

Poètes, donc, qui en terre vivez, Le loz, le bruit de Preud'homme escrivez En chascun genre et espèce de mètre; En escrivans, n'oubliez pas à mettre Qu'au riche estât oiî il se conduisoit. Autant sur tous sa vertu reluysoit Comme Aurora est luysante et décore Sur toute estoille, ou Phebus sur Aurore. »

Aurore adonc à la face vermeille Sortit du ciel, et sur ce je m'esveille. La plume prins, me meis à rithmoyer Ma vision, afïin de l'envoyer A toy, du vray Preud'homme filz unique. Reçoy la donc : je la te communique Comme au plus proche, espérant que ce Val, Plus grand d'esprit qu'en armes Pcrceval. Et dont ta sœur à bon jour fut pourveue. Aura l'honneur de la seconde veue.

Et si mes vers te plaisent, comme pense, De toy ne veulx. pour toute récompense. Fors qu'en vertus sois ton père ensuyvant. Si qu'on le voye cncor en toy vivant.

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