‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 256 sur 258 · COMPTAI NOTES · texte numérisé non relu

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Le bleu en brun, le vertgay en tanné,

Et leurs beaulx tainctz en mauvaises couleurs,

Chantez, mes vers, chantez dueil ordonné.

Dès que la Mort ce grand coup eut donné, Tous les plaisirs champestres s'assoupirent; Les petits ventz alors n'ont hallené, Mais les fortz ventz encores en souspirent, Fueilles et fruictz des arbres abbatirent; Le cler soleil chaleur plus ne rendit; Du manteau vert les près se devestirent; Le ciel obscur larmes en respandit.

Le grand pasteur sa musette fendit, Ne voulant plus que de pleurs se mesler, Dont son trouppeau, qui plaindre l'entendit, Laissa le paistre et se print à besler.

Et quand Margot ouyt tout révéler.

Son gentil cueur ne fut assez habile Pour garder l'œil de larmes distiller, Ains de ses pleurs en foit bien pleurer mille.

Terre en ce temps devint nue et débile; Plusieurs ruysseaux tous à sec demourerent; La mer en fut troublée et mal tranquille. Et les daulphins bien jeunes y i)leurerent.

Biches et ccrfz estonnez s'arresterent; Bestes de proye et bestes de pasture.

Tous animaulx Loyse regrettèrent, Excepté loups de mauvaise nature.

Tant en effect griefve fut la poincture, Et de malheur l'advanture si pleine.

Que le beau lys en print noire tnincture. Et les troupeaux en portent noire laine.

Sur l'arbre sec s'en complainct Philomene; L'aronde en faict cris piteux et tranchans; La tourterelle en gémit et en meinc Semblable dueil, et j'accorde à leurs chants.

O francs bergers sur franche herbe marchans, Qu'en dictes vous? Quel dueil, quel ennuy est ce l3e voir sécher la fleur de tous nez champs ! Chantez, mes vers, chantez : « Adieu liesse! » Nymphes et dieux de nuict en grand' destresso

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La vindrent veoir, et luy dirent : « Helas ! Dors tu icy, des bergers la maistresse, Ou si c'est Mort qui t'a mise en ses lacs?

Las ! ta couleur (telle comme tu l'as) Nous juge bien que morte tu reposes.

Ha ! Mort fascheuse ! onques ne te meslas Que de ravir les excellentes choses !

Tant eust au chef de sagesses encloses, Tant bien sçavoit le clos de France aymer, Tant bien y sceut au lys rendre les roses, Tant bien y sceut bonnes herbes semer.

Tant bien sçavoit en seurté confermer Tout le bestail de toute la contrée; Tant bien sçavoit son parc clorre et fermer, Qu'on n'a point veu les loups y faire entrée.

Tant a de foys sa prudence monstrée Contre le temps obscur et pluvieux, Que France n'a, long temps a, rencontrée Telle bergère, au rapport des plus vieulx.

Adieu, Loyse, adieu en larmes d'yeulx; Adieu le corps qui la terre décore. »

En ce disant s'en vont nymphes et dieux. Chantez, mes vers, chantez douleur encore.

Rien n'est ça bas qui ceste mort ignore : Congnac s'en coingne en sa poictrine blesme; Romorantin la perte remémore; Anjou faict jou, Angoulesme est de mesme.

Amboyse en boyt une amertume extrême; Le Maine en mené un lamentable bruit; La povre Touvre, arrousant Angouleme, A son pavé de truites tout destruict.

Et sur son eau chantent de jour et nuict Les oignes blancs, dont toute elle est couverte, Pronostiquans en leur chant qui leur nuit. Que Mort par mort leur tient sa porte ouverte,

Que faictes vous en ceste forest verte, Faunes. Syl vains? Je croy que dormez là ! Veillez, veillez, pour plorcr ceste perte, Ou, si dormez, en donnant songez la.

Songez la Mort, songez le tort qu'elle a :

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Ne dormez point sans songer la meschante; Puis au resveil comptez moy tout cela Qu'aurez songé, affin que je le chante.

D'où vient cela qu'on veoit l'herbe séchante Retourner vive alors que l'esté vient, Et la personne au tumbeau tresbuschante, Tant grande soit, jamais plus ne revient?

Ha! quand j'ouy l'autrehier (il me souvient) Si fort crier la corneille en un chesne. C'est un grand cas (dy je lors) s'il n'advient Quelque meschef bien tost en cestuy règne.

Autant m'en dit le corbeau sur un fresne : Autant m'en dit l'estoille à la grand' queue; Dont je laschay à mes souspirs la resne, Car tel' douleur ne pense avoir onc eue.

Chantez mes vers, fresche douleur conceue. Non, taisez-vous, c'est assez déploré :

Elle est aux champs Ehsiens receue, Hors des travaulx de ce monde esploré.

Là où elle est n'y a rien défloré; Jamais le jour et les plaisirs n'y meurent; Jamais n'y meurt le vert bien coloré, Ne ceulx avec qui là dedans demeurent.

Car toute odeur ambrosienne y fleurent.

Et n'ont jamais ne deux ne trois saisons. Mais un printemps, et jamais ilz ne pleurent Perte d'amys, ainsi que nous faisons.

En ces beaulx champs et nayfves maisons Loyse vit, sans peur, peine ou mesaise; Et nous ça bas, pleins d'humaines raisons, Sommes marrys (ce semble) de son aise.

Là ne veoit rien qui en rien luy desplaise; La mange fruict d'inestimable prix; Là boyt liqueur qui toute soif appaise; Là congnoistra mille nobles esprits.

Tous animaulx playsans y sont compris, Et mille oyseaulx y font joye immortelle, Entre lesquelz vole par le pourpris Son papegay, qui partit avant elle.

Là elle veoit une lumière telle

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