XXXIV NOTICE
La lutte ne commença sérieusement qu'à l'apparition d'une nouvelle pièce de vers de Sagon : au Dieu gard â la court de Marot celui-ci répondit par un autre Dieu gard, diatribe remplie de mots blessants et de souvenirs désagréables pour notre poète. Ce qui finit par lui échauffer la bile; mais, jugeant sans doute indigne du rang qu'il occupait à la cour d'en venir lui-même aux mains avec un adversaire si méprisable, il mit la réponse dans la bouche de son valet Frippelippes^. Celui-ci, rendant justice à son maître d'être estimé des bons écrivains et de n'avoir pour ennemis qu'un tas « de jeunes veaux », fustigea d'importance Sagon et ses acolytes qui, au désespoir d'être ainsi désignés, donnèrent promptement contre Marot la Grande généalogie de Frippelippes, composée par un jeune poète champestre. Cette idée de poëte champestre devint un fonds de plaisanterie, et le rondeau suivant parut :
« Qu'on racine aux champs ce cocardeau. Lequel gaste, quand il compose, Oraison, mesure et texte et glose »
Ces traits lancés de part et d'autre en amenèrent de plus terribles. On se chargea d'accusations graves; le public fut inondé de vers. La satire prit toutes sortes de formes, celles de rondeaux, de triolets, de dizains, enfin la guerre devint générale sur le Parnasse.
Sagon était surtout aidé dans sa tâche ingrate et peu honorable par un autre ambitieux d'un esprit encore plus étroit, Charles Huet ou de la Huetterie^, secrétaire du duc de Vendôme et surnommé le poëte champestre par ceux de son temps^ Pendant la retraite de Marot à Ferrare, ce la Huetterie s'était, dit-on, proposé de