NOTICE XXXVII
« Ung asne fort jeune, sot, glorieux,
Qui veoit porter aux grandz muletz la charge^
De ce mestier fort et laborieux,
Estre voulut. Le muletier le charge
D'un lict de camp, d'ime grant malle large,
Mais il n'avoit pas l'eschine assez forte
Pour si gros faix; la povre beste est morte
En ce travail. Cela nous signifie
Que bien souvent fine de telle sorte
L'homme qui trop en sa force se fie. »
Cependant la lutte continuait ; on vit paraître successivement le Rabais du caquet de Fripelippes et de Marot, dict Ratpelle, faict par Matthieu de Boutigni, accompagné de hiiictains et dixains, VEpistre responsive ait jRabais de Sagon, la Complainte et Testament de François Sagouin: François Sagouyn, dict Sagon à Fripelippes, VEpitaphe de François Sagouyn, et tous ces opuscules étaient criés dans les villes par des crieurs publics, car c'était alors la coutume d'annoncer et de vendre les livres parus, comme on fait aujourd'hui les journaux.
On aurait pu entendre encore longtemps crier dans les rues de Paris ou d'ailleurs les vers composés en faveur de l'un ou de l'autre parti sans l'intervention inattendue d'une confrérie mi-littéraire, mi-bouffonne qui jouissait d'une grande renommée à Paris, mais surtout en Normandie, la confrérie des Conards^,
I. Cotuirds. — De très anciens poètes français emploient couard pour sot, conardic pour sottise; pour eux abbé des canards signifie abbé des sots ; c'était le pendant de la mère sotte ou mère folle de Dijon. — Quelques écrivains prétendent que l'on doit écrire cortiard et non conard pour consacrer une allusion aux maris dont les femmes sont Infidèles et aussi, parce que, suivant eux, cette confrérie aurait succédé aux Comeurs, société musicale du x« siècle qui se donnait pour patron un prétendu saint nommé Arnould la Trompette, tout à fait inconnu dans les calendriers de la chrétienté. Ces sociétés étaient utiles et rendaient service, car alors des livres, il y en avait peu; pas de réclamations possibles contre les abus. Des théâtres, il n'y