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le dîner, Marot présente sa défense; Sagon, au lieu de se défendre, craignant quelque catastrophe, s'humilie, rejette toute la faute de la résistance sur Huet et finit par demander pardon. Honneur constatant que Sagon s'est humilié, pria Marot de lui accorder la paix et le pardon qu'il demandait. Marot y consentit; Honneur en dressa les articles qui furent lus à haute voix, et l'ordonnance rédigée par lui fut acceptée par toutes les personnes présentes i.
L'aréopage dont Sagon avait sollicité les suffrages ayant rendu son arrêt, il fallut se soumettre. Il y eut des plaintes, il est vrai, des récriminations; car dans une pièce datée du seixième jour de janvier 1538, et envoyée à la ville de Rouen, Mathieu de Boutigny, page de Sagon, se plaignit amèrement de ce qu'on avait abandonné son « maistre Sagon qui avait employé tous ses espritz,
« Pour l'erfcur marotin confondre...
Fault-il que les gens soient hays Pour dire bien de leur pays !.., »
La cause n'en resta pas moins entendue et jugée. Comme un malheur n'arrive jamais seul, Sagon n'obtint pas la cure de Soligny qui lui avait été promise ; elle fut
I. Présentes. — Voici cette ordonnance : t Veu et considéré que c'est de vivre en bonne paix, après parties par nous ouïes, ensemble les conditions proposées par nostre bien ayraé Clément Marot. Nous, à la requeste de Sagon, tenons pour ratifiée la paix accordée entre Marot, Sagon, et autres, cy présentz. Or pour mieulx le dict accord tenir et entretenir, voulons et ordonnons que les dictz dessus nommés bevront ensemble devant partir. Ce lieu, leur enjoignons cy-après estre bons amys, et vivre sans aucxm contredit, soubz les peines contenues es dictes conditions cy-devant déclarées; plus sur peine d'estre privé de la court de céans, sans nul espoii de jamais obtenir grâce de y rentrer, et estre privé de tout honneur à son grant déshonneur. Outre, nostre vouloir est que le dict accord, avec les dictes conditions, soit enregistré aux annales des poètes françois, affin que cy après puist estre exemple à nos postérieurs. Dorme à notre Palays ce jourd'hy après disner, scellé de nostre grand sccl, et signé « Honneur en tout ».
Banquet d'honneur sur la paix faicte entre Clément Marot, Françoys Sagon, Hueterie et autres (1537) De guerre paix.
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donnée à « maistre Françoys Bellanger, homme discret, prudent et saige », nous dit l'auteur du Rabais. Quant à Marot, il était devenu un peu plus grave et un peu plus circonspect depuis son retour d'exil, sans avoir rien perdu de son leste et gentil esprit; aussi continuait-]! à jouir d'une grande faveur auprès du roi. Alors il s'occupe soit de célébrer les événements du jour, soit de publier ses œuvres chez Etienne Dolet.
Pour assurer le poète contre les retours du sort, François F^ lui fit présent, en juillet 1539, d'une maison dite la maison du cheval d'erain, sise au clos Bruneau, au faubourg Saint-Germain-des-Prés, « afïin, est-il dit dans le préambule, de luy donner meilleure voulenté, moyen et occasion de continuer et persévérer de bien en mieux... » (Arch. nation, II, 254). Cette maison occupait l'emplacement actuel du numéro 36 de la rue de Condé et du numéro 27 de la rue de Tournon.
Mais le pauvre poète, poussé en avant par la politique des novateurs, allait encore payer pour les docteurs es réformes. Le vieil étourdi restera jusqu'au bout un instrument dans les mains de ces diplomates de l'enthousiasme. Marot n'avait que trop, pour sa tranquillité et pour son talent, gardé ses anciennes relations. Il continuait à voir Vatable qui, exaspéré contre la Sorbonne, avait eu toute sa vie l'idée fixe de renverser la théologie par la philologie. Il avait déjà été, nous raconte Félibien, mandé devant la cour du Parlement qui lui avait interdit ces réunions où il se permettait de commenter le livre des Psaumes et des Proverbes. Il se l'était tenu pour dit. Mais il avait repris son idée en sous-œuvre et avait songé à mettre en vers et en musique ce qu'on lui interdisait de mettre en prose. Marot consentit à rythmer et à rimer sa traduction des Psaumes. C'était du reste une entreprise à laquelle il songeait depuis longtemps; souvent, dans ses poésies, il y avait fait allusion. Ce fut d'abord un grand succès. Chacun à la cour adapta à ces odes sacrées les airs de vaudeville et de chansons qu'il préférait, et le soir, à la promenade, le Pré aux Clercs retentissait de ces chants hérétiques. François I*^^ se
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montra des plus chauds partisans de cette nouveauté. Il engagea Marot à présenter trente de ces psaumes (les seuls que notre poète eût encore traduits) à Charles-Quint, qui traversait alors Paris. L'empereur accepta volontiers l'hommage et le paya 200 doublons d'or. Encouragé par le roi, Marot continua sa traduction.
Mais la Sorbonne s'émut bientôt de cet essai de translation et de cette explication des livres saints tentée par des gens peu sérieux pour elle et sans science théologique. Elle cro3^ait ne pouvoir, sans danger, laisser vulgariser la Bible. Elle agit, et le roi, peu brave en cette circonstance, abandonna son poète après l'avoir encouragé et après avoir tenté quelques efforts, mais bien faibles, pour le protéger. Marot, craignant la prison, s'enfuit à Genève vers la fin de 1543. Il quittait sa vraie ville à lui, dont il essayait d'ouvrir les portes aux huguenots, pour gagner leur ville à eux, d'où ils le chasseront, ne gardant que ses psaumes. L'année de leur apparition, on en vendit dix mille exemplaires, dit un contemporain. Calvin les avait fait mettre en musique par Guillaume Franc. Ils furent harmonisés par Goudimel et Claude le Jeune, et ils n'ont cessé d'être en vogue dans l'Église réformée.
Réfugié à Genève, Marot y mit au jour la traduction de vingt nouveaux psaumes. Mais cela ne suffit pas à lui donner la paix. Son langage trop libre, le sans-gêne de son existence déplaisaient aux austères adeptes de Calvin; il dut bientôt s'éloigner^ et dès lors commença pour lui une vie triste et errante. Il vint en Piémont, où la vieille protection de François I^^ le suivit et le recommanda au maréchal de Bouttières, à M. d'Annebaud, qui succédait comme gouverneur au marécluU de Montéjean; il visita la Savoie, Chambéry, où il revit de vieux amis. Enfin il retrouva un peu de son génie pour chanter une dernière fois la gloire de cette France
I. S'éloigner. — Les registres du consistoire attestent qu' « il fut seulement rcprimandô pour avoir joué une partie de trictrac. » Et pour ce crime, il fut maltraité, injurié et chassé ignominieusement.
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ingrate, ingraiissime à son poète, et célébrer la victoire remportée par le comte d'Enghien à Cérisolles. Ces vers em'ent le temps d'arriver à la cour de France, et peut-être l'écho des louanges qui les accueillit courut-il jusqu'en Piémont pour réveiller un instant la fierté, les illusions et les espérances dans l'imagination du poète. Ce furent en tout cas ses dernières joies. Clément Marot mourut en l'automne de 1544.
Telle fut la fin de cet hoimne aimable dont la vie s'écoula tour à tour joyeuse et paisible, inquiète et vagabonde, sans que jamais il ait cessé de garder, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, la vivacité de son esprit, l'insouciance de son humeur et la liberté de sa muse primesautièrc.
Lyon Jamct, qui était resté en qualité de secrétaire auprès de Renée de Ferrare, donna une dernière marque d'amitié au pauvre exilé en le faisant inhumer dans l'église Saint-Jean de Turin et en composant l'inscription funéraire qu'on lisait sur le tombeau de Marot j\isqu'à l'époque de l'incendie de cette église :
Si de celuy le tombeau veux sça\oir Qui de Maro avoit plus que le nom, Il te convient dans les lieux aller voir Où France a mis le but de son renom.
Qu'en terre soit je te respons que non, Au moins de luy c'est la moindre partie. L'ame est au lieu d'où elle estoit sortie; Et de ses vers, qui ont domtc la mort, Les Sœurs luy ont sépulture baslie Jusques au ciel. Ainsi, la mort n'y mord.
On sait que ces derniers mots représentent la hautaine devise de Marot. De même, le grave du Bellay promettait à Marot l'immortalité dont il n'avait jamais douté :
Tant que ouy et nenny se dira, Par l'univers, le monde te lira.
Cette immortalité, la postérité la lui donna. Sa gloire, commencée de son vivant, éclata dès le lendc-