‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 41 sur 258 · XLVI NOTICE · texte numérisé non relu

XLVI NOTICE

Boccace et de Pétrarque, de Virgile et d'Horace, d'Ovide et de Catulle, affiné au contact de la Cour, il acheva de dégager ses qualités natives de goût, de naturel, de grâce, d'esprit et d'élégance qui en ont fait un des maîtres de la poésie légère.

Ses épîtres au roi, « pour le tirer de prison », « pour avoir été dérobé »; l'épître à Jamet, où il demande à son ami de lui rendre le même service que le lion jadis rendit au rat ; l'épître au dauphin ; des chansons et des rondeaux; la Ballade du frère Luhin, et une vingtaine d'épigrammes, dont celle de Semblançay et du lieutenant criminel Maillart, voilà les chefs-d'œuvre de Marot. Le poète triomphe dans ces genres moyens. Causer avec esprit, conter avec agrément, aiguiser un bon mot ou tourner un compliment, quémander sans en avoir l'air, remercier sans servilité, en cet art Marot ne connaît pas de rival. D'autres que lui ont pu posséder quelques-unes de ses qualités, aisance et pureté de la forme, grâce aimable et naïve, élégance délicate et simple, enjouement spirituel et bonhomie charmante, émotion légère, discrète sensibilité : nul n'a su les réunir d'une façon aussi complète ni les réaliser dans la même j^erfection.

Marot est un charmant poète. Toutefois, il importe de le réduire à sa juste valeur si l'on veut comprendre la réforme de Ronsard et l'œuvre de la Pléiade. Ce n'est pas un grand poète : il n'a ni l'intensité du sentiment, ni l'éclat du style; les grandes pensées ne lui sont pas familières et son haleine est courte en dépit de quelques vers d'une belle venue et éloquents; faible dans l'élégie, médiocre tout à fait dans la poésie sacrée, il n'est vraiment à l'aise que dans les genres moyens et dans ces petites pièces qui caractérisent «a manière dans ce qu'elle a de meilleur et de plus personnel. La génération suivante devait avoir d'autres ambitions.

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