RÉPONSE DE SIX DAMES DE PARIS A CLÉMENT MAROT
Dames d'honcur, de prudence et scavoir.
En nombre six, font entendre et. scavoir. Par cet escript et petiote epistre,
Au plus meschant et malheureux belistre, Qui soit vivant entre gens de raison, Et d'un sy vil n'y a comparaison, Nommé Clément Marot, voyre marault, De malle bouche et faulx rapport herault, Ce qui ensuyt, non pas comme paincture, Mais aussi vray que la Saincte Escripture.
O misérable interdit de tout bien, Qui n'as vallu, ne vauldras jamais rien, Esse a bon droit que ta langue mauldicte, Ton cueur félon et pensée despite Ayent prins cours à mesdire des dames.
En les blasmant de bien, de corps et âmes Par tes escript?; fabuleux que as produictz. Ou prens plaisirs et en eulx tes desduictz, Présupposant y avoir bruyt et gloire Et que de toi on fera grand mémoire Pour t'estimer de beaulx dictz orateur?
Desquelz tu n'es disciple ny acteur, Mais ung rimeur de rime ramassée Qu'après aultruy as quise et pourchassée, Et tant en fais que chascun moins te prise Parce qu'au vray tu ne les as bien apprise.
Crapault infect, ou as tu veu par lettre Qu'oncques scavant se voulut entremectre De composer dictons diffamatoires, Les exprimant à toutes gens notoires.
En desprisant le sexe féminin?
Responds ad ce, maistre Clément Jennin, Licencié en l'art de maugouverne Et bachelier au fondz d'une taverne.
Mais qui es tu, qui prens la hardiesse D'expolier le chappeau de noblesse, D'honeur et loz a dame pauvre ou riche, Qui n'as maison, terre en valeur n'en frische? Quel bien, quel heur t'en peut-il advenir, Sinon meschef qui te puisse advenir?
Petit cocquin, mariolet, macquereau, Filz de farseur, jolyet farsereau.
Ose tu bien ouvrir tes laydes lippes
Pour jecter tel venin hors de tes trippes? Monstres tu pas estre villain de race, Qui n'as en toi discrétion ne grâce?
Nous scavons bien qu'après nous a guette, Cause, chante, plaisante, muguette, Te présentant, meschante créature :
Mais a jamais dame de toi n'eust cure. Car, pour certain, tu as fort layd visaige; Si tu avoys ung peu melieur corpsaige.
Tu nous serviroyes, de ta grand courtoisye, De basteleur pour nostre fantasie.
Quand as cogneu ton entreprinse folle, Par un despict, ta cervelle frivolle S'est appliquée à faire des chansons, Disant à tous : Ce sont de mes fassons. Puis a escript qu'il t'eust mieulx valu tayre En detractant, comme un faulx secrétaire. Tant qu'entre nous, nos parens et lignée, Par les escriptz, as zizanie semée.
Qui est gros cas et ung trop hardy faict, Assez pour estre en cent pièces defaict. Note ce point, Cadmus ratatine, Bigle pugnais, presumeur obstine, Pauvre chetif, affame langoreux, Qui veuls trencher d'un joly amoureux, Faisant du brave et acoustre de foye, Sans nul argent, bagues, or, ny monoye, Que l'on verra ung jour manger aux poulx, Avec ta gaine et foliers de veloux.
Mieulx te vauldroit ta femme entretenir Que le bordeau si souvent maintenir.
Comme tu fais, adultère damne, Qui par tes faictz es de Dieu condamne. Tu luy fais bien endurer soif et fain, Car a manger n'a point son saoul de pain, Ne pour vestir habit qui denier vaille, Parquoy se vist avecques truandaille.
S'en as tu toy, mais d'en avoir t'efiorce En te mectant avec les gens par force. Leur demandant, comme im vrai caymant,
Thirant plus fort que gest ny diamant.
Et quand as prins aux cabaretz repas,
Il faut-payer pour ta panse : fais pas.
Demande le aux enfants que tu suys,
Que pour le broust de jour en jour poursuys.
De mesmes nous aussy, comme avons peu.
Souvent t'avons abbreuve et repeu,
Et, tant chez nous comme chez nos voysines,
As bien fleuré le rost en noz cuisines.
Escornifleur, est il pas vérité?
Et de ton père as tu fort hérite?
Oy de beaulx ! Quand mort le vint cueillir
A peine avoit drap pour l'ensepvelir.
Vêla la fin de mocqueurs et farseurs,
Happelopins, oyseux et gaudisseurs,
Desquelz tu es, tu ne le peulx nyer.
Et ne vauldras a la fin ung denier.
Te souvient il qu'un jour, après tout jeu,
On te volut jecter vif en ung feu
Pour te brusler comme faulx, hérétique?
Quel desplaisir pour la chose publique !
Pauvre ignorant, qui tes membres estends
A menger chair en caresme et tout temps.
Non bien saichant décliner le tien nom
Et veuls avoir de docteur le renom.
Fy, fy, au grat, au diable tel pendart.
Qui de Lhuter veult porter l'estandart.
Aussy rustic, pusillanime et lourd,
Tu as mesdict des dames de la Court,
Ce qu'ilz scauront de nous c'est chose seure :
Et en parlas trop avant a maie heure,
En te jactant de scavoir leurs secretz
Et d'avoir charge à faire leurs regretz
Vers leurs amys : dont tu es ung menteur,
Lasche garson et pervers inventeur.
Qui de tel dict te conviendra punir
Et de la court expulser et bannir.
On t'apprendra, composeur mortifère,
D'improperer improbre damnifère
Sur le renom de réputation
Par tes mesdictz et imputation.
]Mais scais tu quoy? Avant seras happe
Et de par nous saisy, prins, attrappe,
Puis te mectrons dedans ung trou de cave
Pour corriger ta serpentine bave,
Et de gros fouets sera fesse tout nud
Ton puant corps, d'infection chenu,
Tant que ton sang, pour te faire grand feste,
En sortira des pieds jusques à la teste.
Et cela faict, ferons chantz triumphans, Que chanteront tous les petits enfans, Qui contiendront ta vie et renornmee, De peu de gens a honeur estimée, Et, malgré toy ne de despict qu'en ayes, Seras chante plus que Noël des hayes.
Lors cognoistras ton increpable vye.
Et de mesdire a peine aura enuye.
Qui sera fin de l'espitre présente Que de par nous on te livre et présente, T'advertissant que c'est de femme ouvraige Ayant de six le conseil et couraige.