T. I. II
Dé voz adienx, vous n'auriez de dix ans
Un jour de bien dedans voz folles testes.
On vous doibt bien chasser, si meschants estes :
Dames aussy en tiennent peu de compte:
Mais vous estes tant lourdes grosses bestes
Que ne scaves que c'est d'honneur et honte.
Par voz adieux vous estes diffames
De gens de bien, et n'en valons point moins
D'honeur et sens trop estes affames.
Et vous monstres bien que, l'un de ces demains,
Tant diffames vous ne soyez sans femmes,
Qu'en tout le corps, teste, jambes, piedz, mains,
On ne vous voye ordz, villains et infâmes.
Tous telz mocqneurs enfin seront mocques : Bon droit le veult, et raison s'y accorde. Et qui pis est pourront estre crocques. Par trop parler de façon si tresorde, Si le Seigneur n'en a miséricorde :
Mal 'VOUS prendra blasonnant ainsy dames : C'est grand malheur que de fîUer la corde Qui faict de corps séparation et d'ames.
Ailes, meschantz mocqueurs et blasonneurs, Ailes, ailes et casches vostre honte :
Soies prudens et acqueres honeur, Si vous voules qu'on face en vous compte. Vous verrez bien au retour combien monte Tous voz adieux, meschantz fîlz de Sathan. Les dames ont icy finy de compte, Et pour adieu vous donnent le batan.
Ce petit traicte vous envoyé Une qui est bien vostre amye Et des mcsdisans ennemye.
Vous priant que chascun le voye.
Janne De-mont.
AUX DAMES DE PARIS QUI NE VOULOIENT PRENDRE LES PRECEDENTES EXCUSES EN PAYEMENT
Puisqu'au partir de Paris, ce grand lieu, On vous a dict trop rudement adieu, Dire vous veulx, maulgré chascun langard, A l'arriver, doulcement : Dieu vous gard.
Dieu vous gard donc, mes Dames tant poupines. Qui vous faict mal? Trouvez vous des espines, Eu ces Adieux? Ces beaux rethoriqueurs Ont ilz au vif touché voz petits cueurs? Croyez de vray que le grand Lucifer S'en chauffera un jour en son enfer; Car ce n'est point jeu de petits enfans, D'ainsi toucher voz honneurs triumphans.
Or, puis qu'advient que ce mal vous avez, Guérissez vous, si guérir vous savez; Quant est de moy, je ne sçay médecine, Emplastre, unguent, ny herbe ne racine Qui sceust au vray l'aigreur diminuer De vostrc mal, qui veult continuer; Mais je sçay bien comme il ne croistra point, Et ne pomdra par moy non plus qu'il poinct. Tant seulement fault que phis ne croyez. Qu'il vient de moy; car certaines soyez Que si ma plume endroict vous se courrousso, Il n'y aura blanche, noire ny rousse Qui bien ne sente augmenter son angoisse, Et qui au doigt et à l'œil ne congnoissc Combien mieulx picque im poëte de roy Que les rithmeurs qui ont faict le desroy. Non que ce soit de picquer ma coustumc. Mais il n'est boys si vert qui ne s'allume, Tant plus me suis par escript excusé,
164 l£MSTRÊS
Tant plus m'avez de parole accusé,
Usant en moy de menaces follettes;
Puis, quand sentez yoz puissances foyblettes,
Allez querant aux hommes allégeance,
En leur chantant : « Faictes m'en la vengeance. «
O foyble gent, qui ne se peult (en somme) D'homme venger sinon par secours d'homme ! - Bon est l'ouvrier qui ne feit pas égale Vostre puissance à la voluntc maie, Puis qu'en tout cas et en toute saison Vostre appétit surmonte la raison.
Ces mots ne vont jusques aux vertueuses; Mais dictes moy, vous autres bien fascheuses : Quand des Adieux j'eusse avoué l'affaire * Sans m' excuser, qu'eussiez vous sceu pis faire? Vous me tenez termes plus rigoureux Que le drappier au berger douloureux.
Si n'est il loup, louve ne louveton, Tigre, n'aspic ne serpent ne luthon, Qui jamais cust sur moy la dent boutée, Si mon excuse il eust bien cscoutéc.
Avez vous donc des cueurs moins damoyseaux Qu'aspicz ne loups, et telz gentilz oyseaulx? Je croy que non : par tout avez louanges D'humble parler et de visages d'anges, Et de ma part me semblent voz façons Sucre en doulceiir, et eh froideur glaçons. Si trompé suis, je dy que la couleuvre En voz jardins soubz doulces fleurs se cueuvrc.
Certes je croy que vous cuydez sans faincte : Que j'ay basty mes excuses par crainctc. Bien peu s'en fault que ne dye en mes vers i-*roi)os de vous qui monstre le revers. Ma muse ardente autre chose ne quiert, L'encre le veult, ma plume m'en requiert, Et je leur dy que rien de vous ne sçay : Mais Dieu vous gard que j'en face l'essay.
N'ay je passé ma jeunesse abusée Autour (le vous, laquelle j'eusse usée En meilleur lieu (pcult eslte en pire aussi) ?
Rien ne diray, n'ayez aucun soucy, Et si en sçay bien, je l'ose assurer, Pour faire rire et pour faire pleurer.
Mais que vauldroit d'en travailler mes doigts Sur le papier? Mores, Turcz et Medoys Sçavent vos cas; la terre n'est semée Sinon de grain de vostre renommée.
Brief, pour escrire y a bien d'autres choses Dedans Paris trop longuement encloses.
Tant de broillis qu'en justice on tolère, Je l'escrirois, mais je crains la colère; L'oysiveté des prebstres et cagots.
Je la dirois, mais gare les fagotz !
Et des abuz dont l'Eglise est fourrée.
J'en parlerois, mais gare la bourrée !
De tout cela et de vous me tairoye.
Et en chemin plus beau me retrairoye, Ouand me viendroit d'escrire le désir.
Je blasmeroys Guerre, qui faict gésir Journellement par terre en grand' oultrance Les vieulx souldards, et les jeunes, de Franco.
Ou empliroys la mienne blanche charte Du bien de Paix, la priant qu'elle parte Du hault du ciel pour venir visiter Princes chrestiens, et entre eulx habiter.
Ou diroys loz méritoire de ceulx Qui bien servans n'ont esprit paresseux A la chercher, tachans (comme loyaulx) Tirer deçà les deux enfans royaulx.
Ou parleroys (usant du plus hault style) De maint conflit cruel, dur et hostile. Où l'on a veu charger, et presses fendre, Nostre bon roy, pour vous autres deffendre. Ce temps pendant que preniez vos delictz (Sans nul danger) en voz chambres et lictz.
Ou compteroys de luy maint grand orage De grand fortune, et son plus grand courage. Oui soubz le faix n'a esté veu ployer.
Voyla les poinctz où vouldrois m'employer, Sans m'amuser à rithmer vos Adieux;
Et faictes moy mines de groings et d'yeulx Tant que voiildrez : oncques ne prins visée Pour vous lascher un seul traict de risée, Et m'en croyez; mais les langues qui sonnent Comme un cliquet tous] ours le bruyt me donnent De tous escripts, tant soient lourdement faicts : Ainsi soutiens des asnes tout le faix.
Or estes vous dedans Paris six femmes Qui un escript tout farcy de diffames M'avez transmis, et quand aucun se boute A l'escouter, luy semble qu'il escoute En plein marché six ordes harangeres Jecter le feu de leurs langues legereS Contre quelc'un : « Va, vilain farcereau, Marault, belistre, yvrongne, maquereau, » Comme une pie en cage injurieuse.
En vostre epistre aussi tant furieuse M'avez reprins que je veulx faire bragues Dessus l'amour sans chaines et sans bagues : Ha (dy je lors) il fault que chascun croyc Qu'à tout oyseau il souvient de sa proye. Vos grandz faulcons, qui furent faulconneaux. Volent tousjours pour chaines et anneaux.
Puis vous touchez et les mortz et les vifz. Respondez moy : Pourquoy en vos devis Blasmez vous tant feu mon père honnoré, Qui vostre sexe a tant bien décoré Au livre dict des Dames l'Advocate?
J'estimerois la recompense ingrate Si pour vous six eust travaillé sa teste; Mais il parla de toute femme honneste.
Non que sur vous je treuve que redire, Ainçoys chascun vous doit nommer, et dire Avant la mort les six canonisées.
Ou (pour le moins) les six chanoinisées.
Quant au resveur qui pour telz vieux registres Print tant de peine à faire des Epistres Encontre moy, pour tous les menuz droicts De son labeur, seulement je vouldroys Qu'il eust couvert de vous six la plus saine:
Il auroit beau se laver d'eau de Seine Après le coup. Ha ! le vil blasonneur ! C'est luy qui feit sur les dames d'honneur Tous les Adieux, et vous six l'en priastes, Puis dessus moy le grand haro criastes, Sachant de vray que pour vous seulement On n'eust crié dessus moy nullement.
Et de bon heur prinstes un secrétaire Propre pour vous. Onques ne se sceut faire De composer en injure et meschance :
Je le congnoys. Or prenons autre chance.
Je suis d'advis que veniez appoinctant, Quant au courroux, en moy n'en a point tant Que pour le bien de vous six je ne veille; Et qu'ainsi soit, en amy vous conseille Que désormais vostre bec teniez coy; Car vostre honneur ressemble un ne sçay quoy, Lequel tant plus on le va remuant, Moins il sent bon, et tant plus est puant.
Et quand orrez ces miens presens alarmes, Ayez bon cueur, et contenez vos larmes Que vous avez pour les Adieux rendues.
Las ! mieulx vauldroit les avoir espandues Dessus les piedz de Christ, les essuyant De voz cheveulx, et vos péchez fuyant.
Par repentance, avecque Magdalaine.
Qu'attendez vous? Quand on est hors d'alaine, La force fault. Quand vous serez hors d'aage, Et que voz nerfz sembleront un cordage. Plus de vos 3'eulx larmoyer ne pourrez, Car san-. humeur seiches vous demourrez; Et quand voz yeulx pourroient pleurer encores, Où prendrez vous les cheveulx qu'avez ores, Pour essuyer les piedz du Roy des cieulx? Croyez qu'à tel mystère précieux Ne serez lors du bon ange appellécs, Pource que trop serez vieilles pellées : Desja vous prend icelle maladie.
Vous voulez faire, et ne voulez qu'on die. Cessez, cessez toutes occasions.
Si prendront fin toutes dérisions,
C'est le droict poinct pour clorre les passages
Aux mal disants. Et vous autres bien sages,
Qui des Adieux ne feustes point touchées,
Et vous aussi, que l'on y a couchées
Et qui pourtant conte n'en feistes mye,
Nulle de vous ne me soit ennemye,
Je vous supply, pour telles bourgeoisettes,
Qui vont cherchant des noises pour noisettes.
On voit assez que vous estes entières, De n'avoir prins à cueur telles matières. Aussi n'est il blason, tant soit infâme. Qui sceust changer le bruyt d'honneste femme : Et n'est blason, tant soit plein de louange, Qui le renom de folle femme change.
On a beau dire une cohimbe est noire, Un corbeau blanc : pour l'avoir dit fault croire Que la columbe en rien ne noircira.
Et le corbeau de rien ne blanchira.
Certainement, les vertuz qui s'espendent Dessus vos cueurs si fort vostre me rendent. Que pour l'amour de vous n'eusse jamais Contre elles faict ceste présente; mais Tant m'ont pressé d'escrire, et me contraignent Qu'il semble au vray que plaisir elles preignent En mes propos; et ont bien ce credict, Que, si je n'ay à leur gré dict, Je leur feray un livre de leurs gestes, Intitulé : Les six vieilles Digestes.
Et si n'auray de matière default :
J'en ay encor plus qu'il ne leur en fault. Mais pour ccste heure elles prendront en gré, Car au propos où elles m'ont ancré Veulx mettre fin, et avant que l'y mettre, Vostre Clément vous prie en ceste lettre. Dames d'honneur, que ces femmes notées Soient désormais d'autour de vous ostécs, Ne plus ne moins qu'on oste maulvaise lierbe D'avec l'espy dont on faict bonne gerbe; Vous advisant que trop plus sont nuysantes
A vos honneurs que les rithmes cuysantes Des sotz Adieux; et toutesfoys, affin Que mon escript ne les fasche à la fin. Je leur voys dire un adieu sans rancune.
Adieu les six qui n'en valez pas une; Adieu les six qui en valez bien cent.
Qui ne vous veoit, de bien loing on vous sent.
\ LA ROYNE ELEONOR A SON ARRIVÉE d'eSPAIGNE AVEC MESSIEURS LES ENFANS DU ROY
Puis que les champs, les montz et les vallées, Les fleuves doulx et les undes sallées Te font honneur à la venue tienne, Princesse illustre et Royne treschrestienne : Puis que clerons et bombardes tonnantes. Chantres, oyseaulx, de leurs voix resonnantes, Tous à l'envy maintenant te saluent, Feray je mal si de ma plume fluent Vers mesurez pour saluer aussi Ta grand' haulteur, qui rompt nostre soucy? Certes, le son de ma lettre n'a garde D'estre si dur comme d'une bombarde.
Et si n'est point mortel en terre comme Voix de clerons, ou d'oyselet ou d'homme; Parquoy je croy que de toy sera pris Autant à gré. Doncques, Perle de prix, Par qui nous est tant de joye advenue. Tu sois la bien (et mieulx que bien) venue. Pourquoy as faict si longue demourée?
Certainement, ta venue honnorée De tarder tant tous languir nous faisoit; Mais bien sçavons que trop t'en desplaisoit.
N'est ce pas toy qui du Roy fut esprise Sans l'avoir veu, mesraes après sa prise,
OÙ tellement aux armes laboura
Que, le corps pris, l'honneur liiy demoura?
N'est ce pas toy qui sentis plus fort croistre
L'amour en toy, quand tu vins à congnoistrc
Et veoir son port, forme, sens et beaiité,
Qui ne sent rien que toute royauté?
N'est ce pas toy qui songeoys nuyct et jour
A le remettre en son privé séjour,
Et qui depuis, en prison si amere,
A ses enfans feis office de mère.
Jusque à donner à ton cher frère Auguste
Doubte de toy, voyre doubte trèsjuste?
Car je croy bien, si eusses eu l'usage
Des artz subtilz de Medée la sage.
Qu'en blancs vieillards tu eusses transformez
Ces jeunes corps tant beaulx et bien formez,
Pour les mener secrettement en France,
Et puis rendu leur eusses leur enfance.
Or (Dieu raercy) amenez les as tu Sans nigromance ou magique vertu, Ains par le vueil de Dieu, qui tout prévoit. Et qui desja destinée t'avoit Femme du Roy, duquel et jours et nuyctz Tu as porté la moytié des ennuiz; Dont raison veult, et le droict d'amytié, Que maintenant reçoyves la moytié De sa grand' joye, et du règne puissant, Et de l'amour du peuple obéissant.
O Royne, donc, de tes subjectz loyaulx Viens recevoir les haultz honneurs royaulx. Veoir te convient ton royaume plus loing : Tu n'en as veu encor qu'un petit coing. Tu n'as rien veu que la Doue et Gironde; Bien tost verras la Cherante profonde, Loyre au long cours, Seine au port fructueux, Saône qui dort. Je Rosne impétueux, Aussi la Somme, et force autres rivières, Qui ont les bordz de fortes villes fieres, Dont la plus grande est I^aris sans pareille.
Là et ailleurs desjà on t'appareille
Mystères, jeu;c, beaux paremens de rues, Sur le pavé fieurs espesses et drues.
Par les quantons théâtres, colisées.
Bref, s'on pouvoit faire Champs Elisées, On les feroit pour mieulx te recevoir.
Mais que veult on encor te faire veoir? Pourroit on bien augmenter tes plaisirs? N'as tu pas veu le grand de tes désirs, Ton cher espoux, nostre souverain Roy?
Si as trèsbien : mais encores je croy Qu'en gré piendras et verras voulentiers Les appareilz du« peuple en maints quartiers; Et, qui plus est, en cela regardant, Tu congnoistras le zèle trèsardant Qu'en toy on a; ce que je te supplie Congnoistre en moy, Royne trèsaccomplie ; Car Apollo, ne Clyo ne Mercure Ne m'ont donné secours, ne soing ne cure En cest escript. Le zèle que je dy L'a du tout faict, et m'a rendu hardy A te l'offrir tel que tu le vois estre. Puis ton espoux est mon Roy et mon maistre : Doncques tu es ma Royne et ma maistresse : Voyla pourquoy mes escriptz je t'adresse.
A MONSEIGNEUR DE LORRAINE LUY PRESENTANT LE PREMIER LIVRE TRANSLATÉ DE LA METAMORPHOSE
S'il y a rien, Prince de hault pouvoir, Qui par deçà face mal son devoir De recevoir ta haultessc honorée.
Ce ne sera que ma plume essorée, Qui entreprend de te donner salut,
Et pour ce faire onc assez ne valut, Ains trop est lourde, et de style trop mince Pour s'adresser à tant excellent prince. Ce neantmoins, sçachant que tu as pris Par maintefoys plaisir en mes escriptz, J'ayme trop mieulx t'escrire lourdement Que de me taire à ton advenement; Car j'ay espoir que la volunté tienne Congnoistra bien en cest escript la mienne Qui est, et fut et sera de sçavoir Faire aucun cas où tu puisses avoir Quelque plaisir. Premier donc je salue Très humblement ta haultesse et value; Puis à celuy qui est Prince des Anges Rends de bon cueur immortelles louanges De l'heureux poinct de ta noble venue, Qui est le temps de la paix advenue.
Par qui tu voys les deux Enfans de France Hors des liens de captive souffrance.
Grâces aussi luy fault rendre des pertes : Vray est que trop sont lourdes, et apertes A un chascun; mesme ta Majesté Participante aux malheurs a esté.
En y perdant soubz la fleur de jeunesse Deux frères pleins d'honneur, sens et prouesse. Qui est celuy (si bien les congnoissoit) Qu'en y pensant plein de douleur ne soyt? Si convient il en douleur et ennuy Nostre vouloir conformer à celuy Du Toutpuissant : autrement on résiste A sa bonté. Ce propos dur et triste En cest endroict rompray pour le présent, Et te supply prendre en gré le présent Que je te fais de ce translaté livre, Lequel (pour vray) hardiment je te livre, Pour ce que point le sens n'en est yssu De mon cerveau, ains a esté tyssu Subtilement par la muse d'Ovide :
Que pleust à Dieu l'avoir tout mis au vuyde Pour t'en faire offre ! Or, ««i ce peu t'agrée,
tPISTRES 173
Heureux seray que ton cueur s'y recrée Ce temps pendant qu'en France tu séjournes. Et attendant qu'en ta duché retournes.
Duché puissante et duché souveraine, Duché de biens et de paix toute pleine. Duché de qui par tout le nom s'estend, Là où ton peuple à ceste heure t'attend, Aussi fasché de ta loingtaine absence Que toy joyeux de la noble présence De nostre Roy, de ses enfans aymez, Et des trèshaults princes tant renommez, Entre lesquelz de tes frères la reste Tu voys fleurir en honneur manifeste, Cheriz du Roy et du peuple honorez.
Or à ces deux que mort a dévorez Dieu doint repos; et aux troys qui demeurent, Que de cent ans (bien comptez) ilz ne meurent.
POUR PIERRE Vm'ART, A MADAME DE LORRAINE
Je ne l'ay plus, libéral le Princesse, Je ne l'ay plus : par mort il a prins cesse, Le bon cheval que j'euz de vostre grâce. N'en sçauroit on recouvrer de la race?
Certainement, tandis que je l'avoye, Je ne trouvoys rien nuysant en la voye. En le menant par boys et par taillis, Mes yeulx n'estoient de branches assaillis. En luy faisant gravir roc ou montaigne, Autant m'estoit que troter en campaignc. Autant m'estoit torrents et grandes eaux Passer sur luy. comme petits ruysseaux; Car il sembloit que les pierres s'ostassent De tous les lieux où ses piedz se boutassent
Que diray plus? onc Voyage ne feit
Avecques moy dont il ne vint profit; Mais maintenant toutes choses me grèvent : Branches au boys les yeulx quasi me crèvent; Car le cheval que je pourmeine et meine Est malheureux, et bronche en pleine plaine; Petits ruysseaulx grans rivières luy semblent; Pierres, cailloux, en son chemin s'assemblent; Et ne me donne en voyages bon heur,
O Dame illustre, ô parangon d'honneur, Dont procéda le grand bon heur secret Du cheval mort, où j'ay tant de regret? Il ne vint point de cheval ne de selle : J'ay ceste foy qu'il procéda de celle Par qui je l'euz. Or en suis desmonté; La mort l'a pris, la mort l'a surmonté; Mais c'est tout un ; vostre bonté naïfve Morte n'est pas, ainçoys est si tresvive, Qu'elle pourroit, non le ressuciter, Mais d'un pareil bien me faire hériter.
S'il advient donc que par la bonté vostre Monseigneur face un de ses chevaulx nostre, Trèshumblement le supply qu'il luy plaise Ne me monter doulcement et à l'aise :
Je ne veulx point de ces doulcetz chevaulx Tant que pourray endurer les travaulx; Je ne veulx point de mule ne mulet Tant que je soys vieillard blanc comme laict; Je ne veulx point de blanche hacquenée Tant que je soys damoyselle attournée.
Que veulx je donc? un courtault furieux, ÎJn courtault brave, un courtault glorieux, Qui ait en l'air ruade furieuse, Cilorieux trot, la bride glorieuse.
Si je l'ay tel, fort furieusement Le picqueray, et glorieusement.
Conclusion : si vous me voulez croire, D'homme et cheval ce ne sera que gloire.