‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 87 sur 258 · IJ · texte numérisé non relu

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On dict bien vray, la maulvaise Fortune Ne vient jamais qu'elle n'en apporte une Ou deux ou trois avecques elle, Syre.

Vostre cueur noble en sçauroit bien que dire ; Et moy, chetif, qui ne suis Roy ne rien, L'ay esprouvé, et vous compteray bien.

Si vous voulez, comme vint la besongne.

J'avois un jour un valet de Gascongne, Gourmand, ivrongne, et asseuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur.

Sentant la hart de cent pas à la ronde, Au demourant, le meilleur fîlz du monde, Prisé, loué, fort estimé des filles Par les bordeaulx, et beau joueur de quilles.

.Ce vénérable billot fut adverty De quelque argent que m'aviez departy.

Et que ma bourse avoit grosse apostume; Si se leva plus tost que de coustume.

Et me va prendre en tapinoys icelle, Puis vous la meit tresbien soubz son esselle Argent et tout (cela se doit entendre). Et ne croy point que ce fust pour la rendre, Car oncques puis n*en ay ouy parler.

Brief, le villain ne s'en voulut aller Pour si petit; mais encore il me happe Saye et bonnet, chausses, pourpoint et cappe; De mes habitz (en efïect) il pilla Tous les plus beaux, et puis s'en habilla Si justement, qu'à le veoir ainsi estre, Vous l'eussiez prins (en plein jour) pour son maistre. Finablement, de ma chambre il s'en va

176 EPISTHES

Droict à l'estable, où deux chevaulx trouva; Laisse le pire, et sur le meilleur monte, Pique et s'en va. Pour abréger le compte, Soyez certain qu'au partir du dict lieu N'oublia rien, fors à me dire adieu.

Ainsi s'en va, chatouilleux de la gorge, Ledict valet, monté comme un sainct Georges, Et vous laissa Monsieur dormir son soûl. Qui au resveil n'eust sceu finer d'un soûl. Ce Monsieur là. Syre, c'estoit moy mesme. Qui, sans mentir, fuz au matin bien blesme. Quand je me vey sans honneste vesture, Et fort fasché de perdre ma monture; Mais de l'argent que vous m'aviez donné, Je ne fuz point de le perdre estonné; Car vostre argent, tresdebonnaire Prince, Sans poinct de faulte est subject à la pince.

Bien tost après ceste fortune là, Une autre pire encore se mesla De m'assaillir, et chascun jour m'assault. Me menaçant de me donner le sault, l'-t de ce sault m'envoyer à l'envers J^ithmer soubz terre et y faire des vers.

C'est une lourde et longue maladie De trois bons moys, qui m'a toute eslourdie La povre teste, et ne veult terminer, Ains me contrainct d'apprendre à cheminer, Tant affoibly m'a d'estrange manière; Et si m'a faict la cuysse heronniere.

L'estomac sec, le ventre plat et vague : Quand tout est dit, aussi mauvaise bague Ou peu s'en fault que femme de Paris, Saulve l'honneur d'elles et leurs maris.

Que diray plus? Au misérable corps Dont je vous parle il n'est demouré fors Le povre esprit, qui lamente et souspirc, Et en pleurant tasche à vous faire rire.

Et pour autant, Syre, que suis à vous. De trois jours l'un viennent taster mon poulx Messieurs Braillotl, Le Coq, Akaquia.

Pour me garder d'aller jusqu'à quia.

Tout consulté, ont remis au printemps Ma guarison; mais, à ce que j'entens.

Si je ne puis au printemps arriver.

Je suis taille de mourir en yver.

Et en danger, si en yver je meurs, De ne veoir pas les premiers raisins meurs.

Voilà comment, depuis neuf moys en ça, Je suis traicté. Or, ce que me laissa Mon larronneau, long temps a, l'ay vendu, Et en sirops et julepz despendu; Ce neantmoins, ce que je vous en mande N'est pour vous faire ou requeste ou demande Je ne veulx point tant de gens ressembler, Qui n'ont soucy autre que d'assembler; Tant qu'ilz vivront ilz demanderont, eulx ; Mais je commence à devenir honteux.

Et ne veulx plus à voz dons m'arrester.

Je ne dy pas, si voulez rien prester.

Que ne le prenne. Il n'est point de presteur (S'il veult prester) qui ne face un debteur. Et sçavez vous (Syre) comment je paye?

Nul ne le sçait, si premier ne l'essaye; Vous me devrez (si je puis) de retour, Et vous feray encores un bon tour.

A celle fin qu'il n'y ait faultc nulle, Je vous feray une belle ccdulle, A vous payer (sans usure, il s'entend) Quand on verra tout le monde content; Ou si voulez, à payer ce sera Quand vostre los et renom cessera.

Et si sentez que soys foible de reins Pour vous payer, les deux princes Lorrains Me piégeront. Je les pense si fermes Qu'ilz ne fauldront pour moy à l'un des termes. Je sçay assez que vous n'avez pas peur Que je m'enfuye ou que je soys trompeur; Mais il faict bon asseurer ce qu'on preste. Bref, vostre paye, ainsi que je l'arreste. Est aussi seure, advenant mon trespas,

Comme advenant que je ne meure pas.

Avisez donc si vous avez désir De rien prester : vous me ferez plaisir, Car puis un peu j'ay basty à Clément, Là où j'ay faict un grand desboursement. Et à Marot, qui est un peu plus loing: Tout tombera, qui n'en aura le soing.

Voylà le poinct principal de ma lettre; Vous sçavez tout, il n'y fault plus rien mettre. Rien mettre? Las ! Certes, et si feray, Et ce faisant, mon style j'enfleray, Disant : « O Roy amoureux des neuf Muses, Roy en qui sont leurs sciences infuses, Roy plus que Mars d'honneur environné, Roy le plus roy qui fut oncq couronné. Dieu tout puissant te doint, pour t'estrener. Les quatre coings du monde gouverner, Tant pour le bien de la ronde machiné, Que pour autant que sur tous en es digne. «

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A UN SIEN AMV, SUR CE l^ROPÔS (15.11)

Puis que le Roy a désir de me faire A ce besoing quelque gracieux prest, J'en suis content, car j'en ay bien affaire, Et de signer ne fuz oncques si prest.

Parquoy vous pry sçavoir de combien c'est Qu'il veult cedule, affin qu'il se contente; Je la feray tant seurc (si Dieu plaist) Qu'il n'y perdra que l'argent et l'attente.

A UN QUI CALUMNIA L'ePISTRE PRECEDENTE (1331)

Le rithnieur qui assailly m'a, En mentant contre moy rithma; Car je ne blasme point Gascoingne, De toutes tailles bons lévriers, Et de tous arts maulvais ouvriers :

Son epistre assez le tesmoingne.

Il fault dire, puis qu'ainsi hoingne.

Que je luy ay gratté sa roingne En quelque mot qu'il trouva layd.

Pourquoy d'ailleurs voudroit il guerre?

Je vouldrois voulentiers m'enquerre S'il est parent de mon valet.

Si le congnoissois, le follet, Je produirois en mon rollet De sa vie assez de tesmoings.

Quel qu'il soit, il n'est point poëte, Mais filz aisné d'une chouette, Ou aussi larron, pour le moins.

Pinseur pinsant, entre autres poinctz Je t'ay pinsé de ce mot : pinse; Les bons n'y sont pinsez ny poinctz, Mais les meschans, dont tu es prince.

AU LIEUTENANT GONTIER (i53i)

Si maladie au visage blesmy N'eust perturbé le sens à ton amy, Long temps y a, Gontier, que ta semonce Eust eu de muy la présente response,

ISO EPISTRES

Qui ne devroit response se nommer.

Quant à tes faictz, qui feront renommer Ton nom par tout, et après la mort vivre, Si en cest art veulx ta poincte poursuyvre, Tes poinctz sont grands, tes mètres mesurez, Tes dictz tous d'or, tes termes azurez, Voyre si haultz et arduz, à tout prendre, Que mon esprit travaille à les comprendre.

Quand tout est dict, les louanges données De toy à moy doivent estre ordonnées (Sans de nully vouloir blesser l'honneur) A Jehan le Maire, ou au mesme donneur.

Il te falloit un esprit poétique, Non pas ma plume essorée et rustique.

Pour te respondre. Or ay je mis estude A n'estre point noté d'ingratitude.

Tu m'as escript, je te respons aussi; Et si tu n'as beaucoup de vers icy, Supporte moy : les Muses me contraignent Penser ailleurs, et fault que mes vers plaignent La dure mort de la mère du Roy, Mon Mecenas. Et si quelque desroy On trcuve icy, ou resverie aucune.

Tu n'as, Gontier, pour moy excuse qu'une : C'est que celluy pour resveur on prendra Oui un resvant en fiebvre reprendra.

A VIGNALS, THOULOUSAN (153O

Quand Dieu m'auroit aussi bien présente Le bon loysir et l'entière santé Que le vouloir, ta response alongée Seroit du tiers et beaucoup miculx songée : Ce neantmoins, Vignals, je pense bien Que tu congnois que le souverain bien De l'amytic ne gist en longues lettres.

En motz exquis, en grand numbre de mètres, En riche rithme ou belle invention, Ains en bon cueur et vraye intention; Donc je m'attends qu'excusé je seray De ton bon sens. Or à tant cesseray:

Ma ]\Iuse foible à peine peult chanter. Mais pour le moins tu te peulx bien vanter Que de Marot tu as à ta commande Petite epistre et amytié bien grande.

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