CHAPITRE III
De l'Angleterre, de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, jusqu'à la seconde croisade.
Guillaume II , qui avait tous les vices de son H«Br.pr««i«r,
rmd'AagUurft.
père sans en avoir les vertus, étant mort en i loo, Henri V^ , troisième fils de Guillaume le Conquérant, profita de l'absence de Robert, son frère
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aîné, pour monter sur le trône d'Angleterre. Robert , à son retour ayant fait de vains efforts pour lecouvrer cette couronne, n'y songeait déjà plus lorsque Henri lui déclara la guerre , lui enleva la Normandie , le fit prisonnier , et l'enferma dans un château pour le reste de ses jours. n renonce aux Lcs luvcstiturcs troublèreut aussi l'Angleterre.
investitures qui ...
lë«°arAnïl' Ausclme , archevêque de Cantorberi, qui soutede canior'bS? mît hautcmeut les prétentions de l'Eglise, défendit de recevoir du roi les investitures; et Henri, qui fit saisir les revenus de cet archevêque , fut sur le point d'être excommunié par le pape Pascal ; mais, après une contestation. d'environ trois ans, Anselme consentit que les prélats fissent hommage au roi , et ce prince se désista du droit de les investir.
Louisvi donne Louis Ic Gros , roi de France, qui voyait avec
l'investiture ^^ . . -. ^ .
riiîon™Tif'dt ii^quiétude la puissance du roi d'Angleterre, donna Robert. l'investiture de la Normandie à Guillaume Cliton ,
fils de Robert, à qui au moins ce duché appartenait. Ce fut le sujet d'une guerre dont les succès furent variés. Elle fut suspendue, elle recommença à plusieurs reprises jusqu'à la mort de Cliton, et elle continua encore quoique plus faiblement jus- ,,37. qu'à celle de Henri, arrivée en i*35. Deux ans après le roi de France mourut, lorsque Louis son fils épousa Eléonor , qui lui apportait en dot le duché de Guienne*, un des plus grands domaines de la France.
13 y avait plusieurs années que Henri avait fait t.,i..^..
H» fl«>«|nCIM,*«l
prêter serment à Mathilde, sa fille unique, k qtii |»|' '-«•'*•«•• il fit ensuite épouser Geoffroi Plantagenet, comte .'];••*•""'"•d*Anjou. Ce prince était fils de Foulques, qui avait abandonné ses états pour aller prendre possession de la couronne de Jénisalem.
Cependant les Normands et les Anglais mirent sur le trône Etienne , comte de Boulogne , petitfils par sa mère de Guillaume le Conquérant. Ils oublièrent leur serment, parce qu'ils préférèrent un souverain auquel ils pouvaient faire la loi. En effet Etienne assura par une charte les privilèges de la nation eties immunités du clergé; privilèges et immunités qui seront la cause de bien des troubles , car le peuple voudra les conserver, les rois tenteront de les abolir, et les esprits seront toujours dans une méfiance réciproque.
Etienne ne tarda pas à.Tépfouver. Les sei- v.i.i|«tiri« gneurs se plaignirent qu'il ne remplissait pas ses j^^û^Miin: engagemens; ils prirent les armes; et le roi d'Ecosse fit une irruption dans le Nord pour soutenir les droits de M athilde : c'était au moins son prétexte.
Le roi d'Angleterre, actif et courageux, fit face à tous ses ennemis : il vainquit, et ses succès paraissaient lui promettre quelque repos lorsque, considérant les richesses, les troupes et les cfcâleaux fortifiés des ecclésiastiques, il entreprit
fait d^
d'abaisser le clergé pour n'avoir pas à le craindre; mais il fut cité dans un synode par un de ses sujets, Févéque de Winchester, légat du pape; et, sur le refus qu'il fit de comparaître , la révolte devint si générale , qu'il fut déposé et mis aux fers. Mathiide.qui Matliildc , qui sut profiter de cette conjonc-
ne ménage pas i a r> 1 • ■^ 1 ^
ivvêque de ture , monta sur le trône , fat bientôt des mecon-
Winchester,est ' '
êfenne rétabli! tcus, ct cut surtout l'imprudencc de ne pas ménager l'évéque de Winchester. Ce prélat changea donc tout à coup : avec quelques excommunications prononcées contre les partisans de cette princesse, il rétablit Etienne , et Mathilde repassa la mer. Pendant ces troubles de l'A^ngleterre, la France avait été assez tranquille souis Louis VII : il n'y avait eu qu'une petite guerre, dans laquelle les troupes du roi ayant brûlé une église, ce prince crut ne pouvoir expier le péché de ses soldats qu'en faisant vœu d'aller brûler quelques mosquées en Palestine : il se préparait donc à cette sainte expédition.
,.4y. Cependant l'Allemagne et l'Italie offraient tou-
La question • 1 \ \ tt * -xt ' 1
des Investitures lours Ics memcs scènes. Henri V , assure sur le
continuait de ''
plrë^iéra"- trône , se hâta de promettre une obéissance filiale au pape. Ce n'était pas promettre beaucoup de sa part : aussi ne songea-t-il qu'à faire valoir ses droits. Lorsqu'il apprit que Pascal renouvelait dans des conciles la défense aux laïcs de donner les investitures, il arma et passa les Alpes. Le pape mit dans ses intérêts Richard II , prince
gne.
de Capoue; et Roger II, duc de la Potiiilc et de la Calabre.
Il parait qu'en logSPhilipper ' , i«>i<lc liance, M>«*.iir.iabandonna la solennité de la crosse et de Tan- p**<*»«"»neau, afin de se soustraire aux anathèmes qn'Urbain II renouvela contre les investitures, dans le concile de Clermont en Auvergne; mais, en renonçant à cette cérémonie, les rois de France ne perdirent rien de leui's droits, car on ne pouvait prendre possession d'un bénéfice qu'en vertu d'un brevet qui tenait lieu d'investiture. Les évéquesqui avaient des fiefs continuaient de rendre hommage ; et ceux qui n'en avaient pas prêtaient serment de fidélité : Urbain même j^arut s'être prêté à cet accommodement. Pascal II se montra plus difficile; confondant l'Église avec les biens temporels dont elle jouit, il trouvait que les investitures rendaient la mort de Jésus-Christ tout-à-fait inutile. Car, disait-il, il est mort pour racheter son église , pour lui rendre la liberté ; or elle est dans la servitude, si un évéque ne peut pas être élu sans le consentement de l'empereur, et s'il doit être investi par la crosse et par l'anneau. C'est-à-dire, selon ce pontife, que l'Église ne peut être libre qu'autant que les évêques cesseront d'être sujets, et que , parce qu'ils sont indépendans du souverain dans le spirituel, iU doivent l'être dans tout le reste.
Pascal prétendait plus encore : il soutenait que r*«%M
SgS HGTCMBE
c^ ^ « p«. les évéques dérogeaient à leur caractère lorsqnlls prêtaient serment de fidélité à leur souTerain légitime, parce que leurs mains , ocMisâcrées au corps de Jésus-Christ, se souillaient entre les mains ensanglantées des princes laïcs. Il se prêta néanmoins à un accommodement bien étrange, car, Henri V ayant renoncé au droit d'inrestir les évêques et les abbés, il renonça pour le clergé d'Allemagne aux régales. On comprenait alors sous ce nom tous les domaines qui doivent hommage, et tous les privilèges des feudataires. En conséquence il ordonna aux évêques et aux abbés de rendre à l'empereur les duchés, les comtés, les mar^isats, les châteaux, les monnaies, les justices, etc., c'était les ruiner; mais Pascal nVtait pas fôché de les sacrifier à ses prétentions. Il me parait qu'il s'aveuglait sur ses \Tais intérêts ; car la ruine du clergé d'Allemagne n'était certainement pas ime chose avantageuse au saiut-siége.
Après ces préliminaires, Henri vint à Rome, jugeant qu'il gagnait assez si le traité avait lieu , et qu'il rentrerait dan» ses droits s'il n'était pas exécuté. La cérémonie du couronnement était le moment critique où l'on devait s'expliquer, et le traité allait être bientôt conclu ou rompu. Pascal. saisi, Lcs évêques d'Allemagne s'opposèrent à un
ûi«Mà i'«ii- trakè où Ton disposait de leurs biens : ils conseillèrent à l'empereur de faire arrêter le pape, qui ne le Toulait plus couronner; et Pascal tu
saisi avec ses canlinaiix, et emmeiié hors <le Rome.
Il fallut se rendre aux menaces cl'nn prince dont on connaissait le caractère riolent. I^ papr rendit donc les investitures à Tempereur, jura de ne jamais Tinquiëter à ce sujet , de ne prononcer jamais anathème contre lui, de laider i)e bonne foi à conserver sa conronâe ; et il donna une bulle pour servir de titre à la concession qi^i lui faisait. Henri rendit la liberté à ses prisonniers, et retourna en Allemagne.
Aussitôt un concile tenu à Rome, anmile la
cik* Mil
bulle comme extorquée. Le même jugement est «••••"•«^ ensuite confirmé dans deux autres qui s'assemblent à Latran. On déclare que c'est une hérésie de croire aux investitures données par les laïcs ; et on agite mémei> comme une question, si le pape qui les a accordées n'est pas béret ique. Pascal approuva tout, excepté cette dernière question. D'îulleurs, fidèle à ses semiens, il ne permit pas à ces conciles de prononcer anathème contre TempeTeur; mais il approuva que d'autres, où il n'était pas, f eussent excommunié. C'est ainsi qu'il Taidait de bonne foi h conserver sa couronne.
Ces excommunications produisirent leur effet, c'est-à-dire des révohês, et elles mirent Henri dans la nécessité de terminer cette longue querelle. C'est à quoi il réussit sous le pontificat de
4oO HISTOIRE
Galix II, qui avait succédé à Gélase II, successeur de Pascal. Je passe sur bien des circonstances; mais la conclusion va vous faire connaître ce que c'était que la politique tant vantée des Romains.
Comment la Pour pcu quc Ics disputcs durent , ou même
question des In- , ii i r - ^
vesdtures est souvcut saus OU cllcs Gurcut , on tait de mauvais
terminée, 1 '
raisonnemens ; et , perdant de vue l'état de la question, on oublie le principal, pour s'arrêter sur des accessoires.
Il y avait deux choses à considérer ; l'une 1 investiture en elle-même, que Grégoire, Victor et Urbain avaient absolument condamnée ; l'autre , la cérémonie avec laquelle elle se faisait, et qui consistait à donner la crosse et l'anneau , comm** symbole de la dignité. Or Pascal, considérant cette cérémonie , crut avoir trouvé un argument sans réplique; car, disait-il, celui qui donne le symbole d'une puissance ecclésiastique donne la puissance ecclésiastique même; il paraît au moins y prétendre. L'empereur usurperait donc sur le sacerdoce s'il donnait l'investiture d'un bénéfice; et peut-on penser, sans être hérétique, qu'un laïc puisse jouir d'un pareil droit?
Ce mauvais raisonnement, qu'on ne cessa de répéter comme victorieux , trompa Calixte II , qui ne vit plus dans les investitures que la cérémonie de la crosse et de l'anneau. Cette erreur fut heureuse : car l'empereur, voyant qu'on s'ar-
MODERIfK. 40f
rëtait à la crosse et à Tanneau, fit offrir an pape de renoncer à cette cérémonie , et de ne donner désormais les investitures qu'avec le sceptre. Calixte crut avoir tout gagné: il félicita Henri de son obéissance à TÉglise ; ses légats le re<;urent à la communion ; on donna Tabsolution à tous ceux qui avaient eu part au schisme ; et le traité qu'où fit fut confirmé dans le concile de Latran, tenu Tannée suivante.
Cependant, parce traité, on reconnaissait que ,,a les abbés et les évoques seraient élus en la présence de l'empereur ; qu'ils seraient investis par le sceptre ; et qu'ils seraient tenus à remplir tous les services des fiefs. Henri conservait donc les principaux droits qu'on lui avait auparavant contestés ; et il semblait qu'on n'eût disputé jusqu'alors que sur les mots de crosse et d'anneau. Il est assez singulier de voir se terminer de la sorte im démêlé qui durait depuis plus de cinquante ans, et qui avait causé tant de désordres dans l'Église et dans l'empire.
Quoiqu'il fut temps de mettre fin à cette malheureuse dispute , on reprocha à Henri V d'avoir fait un traité honteux. Je ne vois pas pourquoi : à la vérité il consentit à laisser aux chapitres l'élection libre des évéques et des abbés ; mais auparavant il ne nommait proprement ni aux évéchés ni aux abbayes. H n'en disposait que parce qu'étant présent aux élections par lui-même ou par ses
envoyés, il déterminait les suffrages. Or elles se feront encore en sa présence ; les élus tiendront encore de lui les fiefs , ils seront tenus à l'hommage, à tous les services des feudataires,sous peine de perdre leurs fiefs ; avec de l'adresse , il pourra donc disposer des bénéfices comme auparavant. Cependant Calixte 11 a abandonné les prétentions de Grégoire VII , de Victor III , d'Urbain II et de Pascal II. Car enfin il n'est pas douteux que, sous prétexte de la vaine cérémonie de la crosse et de l'anneau, tous ces papes avaient voulu enlever aux empereurs le droit d'investir les ecclésiastiques; et c'était pour se mettre à l'abri de leurs censures que Philippe P*" avait eu la sagesse de renoncer à cette cérémonie. Heureusement Calixte II n'eut pas la même politique qu'eux. Jaloux de terminer cette vieille querelle, il prit la question dans son véritable sens , et il a montré plus de bonne foi que ses prédécesseurs. „,5. Henri étant mort deux ans après, les Allemands,
Lothaire suc- . , . 11 • i a i
cède à Henri V. qui nc vouiaicnt pas que 1 empire devnit héréditaire , refusèrent leurs suffrages à ses neveux , Frédéric et Conrad, et donnèrent la couronne à liOthaire II , comte de Supplembourg. Les deux princes exclus eurent néanmoins assez de partisans pour exciter une guerre civile : heureusement elle ne fut pas longue, et ils se désistèrent. L'Italie n'était pas sans troubles.
"»4. Calixte eut tout à la fois deux sucesseurs, Ce-
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lestin II, qui fut bientôt nbaiidonné, et Mono- sdiinM è nus II, qui restci maître du saint-siege.
De toute la race -le Tancrède de Ilauteville, ««^rî.. n il ne restait plus en Italie que Roger II, comte •;;''pV';t.'3lï de Sicile, qui eu ma avait joint à ses états la '""' principauté de Capoue et le duché de la Fouille, et qui quelques années après se fit couronner roi.
Vers le même temps Boémond était mort prince d'Antioche, laissant un fils du même nom, qui succéda à sa principauté, et une fille qu'il recommanda à Tancrède, son neveu, un des héros de la Terre-Sainte.
Roger n'ayant pas demandé l'investiture , Honorius l'excommunia jusqu'à trois fois; mais il semble que les excommunications étaient moins redoutables quand on les voyait de près; car le pape fut obligé de faire marcher une armée contre ce prince. Roger se tint sur la défensive, sachant que les armées du saint-siége se dissipaient aussi facilement qu'elles s'assemblaient; en effet les mauvais temps refroidirent le zèle des soldats, et le pape se trouva sans troupes, quoiqu'il eût promis la rémission de tous péchés à ceux qui mourraient dans cette expédition, et la moitié de l'indulgence à ceux qui n'y mourraient pas :on se contenta de cette moitié.
Voilà la première croisade contre un prince chrétien. Lorsque les princes de l'Europe se croi-
Rome.
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saient peu auparavant contre les infidèles , ils ne prévoyaient pas qu'on se croiserait sitôt contre eux. Mais les papes, jaloux des intérêts du saintsiége, savent profiter de tous les moyens qui se présentent. Ce nouvel abus des indulgences causera de grands désordres.
Schisme à Après la mort d'Honorius, il y eut encore deux papes ; Anaclet II, qui resta maître du saint-siége, parce qu'il eut pour lui le peuple; et Innocent II, ii3o. qui se retira en France, où saint Bernard le fit reconnaître dans un concile. Ce saint lui ménagea même la protection de Lothaire; et ce prince, deux ans après, vint à Rome, mit Innocent sur la chaire apostolique, reçut de lui la couronne impériale, et repassa les Alpes.
Le schisme oc- Ccpcudant Auaclet était reconnu et soutenu
casionne une -, *ir<*'1 * * ii*
guerre. par le roi de Sicile, qui avait reçu de lui une
investiture plus étendue que d'aucun autre pape ; car elle comprenait même le duché de Naples, qui appartenait encore aux empereurs d'Orient. Innocent fut donc forcé de céder une seconde fois, et Lothaire revint en Italie pour le rétablir
ii36. et pour enlever la Fouille et la Calabre au roi de Sicile. Des succès rapides avaient soumis plusieurs provinces à l'empereur , lorsque la prise de Salerne fut le sujet d'une contestation entre lui et le pape , qui prétendait que cette ville appartenait au saint-siége. Lothaire, moins vif pour les