CHAPITRE IV
Seconde croisade.
Armées de Dès l'aniiée iioo, les succès exagérés de la
croisés exter- , , , - , 111
minées. prcmicrc croisade armèrent plus de deux cent mille hommes. Italiens, Allemands et Français, qui périrent dans l'Asie mineure, au milieu des
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ce qu'il put [>our détourner son maître «le celle entreprise; mais les prophéties de saint BernanI eurent plus de puissance que les conseils du sage ministre. On comptait si fort sur les croisades, et on les croyait un moyen si propre à répandre la religion, que vers le même temps Eugène III fit prendre les armes dans le Nord contre les nations idolâtres, comme s'il fallait détruire les peuples pour les faire chi'étiens : cette mission n'eut pas de grands succès.
Les croisés prirent leur route par Constanli- 147. nople, chemin tracé par tant de cadavres. Contre **«^ «'•w^ Tavis de ceux qui réfléchissaient sur la première croisade, le parti le moins prudent fut préféré. Les armées paraissaient si belles , qu'on croyait déjà les prophéties accomplies. 11 y avait dans chacune soixante-dix mille gendarmes , une cavalerie légère encore plus nombreuse : on ne compta pas les fantassins.
Conrad, arrivé le premier à Constantinople , passa le Bosphore. Ensuite il s'embarrassa parmi des rochers où il laissa les neuf dixièmes de ses troupes. Le roi de France, qui le suivit, prit une route semblable , fut battu comme lui, et ils arrivèrent tous deux à Antioche avec les débris de leurs armées. On a dit que Manuel Comnène, empereur grec les avait trahis; cela peut être : les croisés surtout aimaient mieux le croire que d'avoir à se reprocher leur imprudence. Mais, si remj>e-
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B«nafd[ "'"' t^i^ïit , qui menaçait le» rois, qui donnait même des leçons aux papes, qui remuait l'Europe par la force de son imagination , et qui , gémissant sous le poids des affaires, se reprochait d'avoir quitté la vie d'un moine sans en quitter l'habit , se chargea de prêcher la croisade.
Louis VII , saisissant l'occasion d'accomplir un vœu qu'il avait déjà fait , convoqua les seigneurs et les évêques à Vezelai en Bourgogne. Au milieu d'une plaine remplie d'une multitude immense , Bernard , élevé sur un échafaud, harangua au nom de Dieu, dont il se croyait l'organe et l'interprète, et promit les plus grands succès. Louis donna l'exemple, les seigneurs le suivirent, et tout le peuple n'eut qu'un cri : La croix! la croix l Quoiqu'on en eût préparé une grande quantité il n'y en eût pas assez, et Bernard, dit-on , mit son habit en morceaux pour y suppléer.
Dans une autre assemblée où l'on traita des moyens de faire réussir cette entreprise , un des plus applaudis fut de prendre Bernard pour généralissime des armées. Il eut la sagesse de s'y refuser; et, se contentant d'augmenter le nombre des généraux et des soldats , il alla prêcher en Allemagne , et donner la croix à l'empereur.
Suger, abbé de Saint-Denis et ministre de Louis, fut chargé de la régence du royaume , et la France fut heureuse que ce moine restât lorsque le roi s'éloignait. C'était un homme éclairé. U fit tout
ce qu'il put pour détourner son maître <le cette entreprise; mais les prophéties de saint Bernard eurent plus de puissance que les conseils du sage ministre. On comptait si fort sur les croisades, et on les croyait un moyen si propre à répandre la religion, que vers le même temps Eugène III fit prendre les armes dans le Nord contre les nations idolâtres, comme s'il fallait détruire les peuples pour les faire chi'étiens : cette mission n'eut pas de grands succès.
Les croisés prirent leur route par Constanti- n*?. nople, chemm tracé par tant de cadavres. Contre *"'*•* "*"^l'avis de ceux qui réfléchissaient sur la première croisade, le parti le moins prudent fut préféré. Les armées paraissaient si belles , qu'on croyait déjà les prophéties accomplies. Il y avait dans chacune soixante-dix mille gendarmes , une cavalerie légère encore plus nombreuse : on ne compta pas les fantassins.
Conrad, arrivé le premier à Constantinople , passa le Bosphore. Ensuite il s'embarrassa parmi des rochers où il laissa les neuf dixièmes de ses troupes. Le roi de France, qui le suivit, prit une route semblable , fut battu comme lui , et ils arrivèrent tous deux à Antioche avec les débris de leurs armées. On a dit que Manuel Coranène, empereur grec les avait trahis; cela peut être : les croisés surtout aimaient mieux le croire que d'avoir à se reprocher leur imprudence. Mais, si l'emfje-
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reur grec voulait leur perte, il n'avait qu'à l'attendre ; il n'était pas nécessaire qu'il y contribuât. Ce qu'il y a de vrai, c'est que dans le camp des Français on proposa, comme dans la première croisade de commencer la guerre contre les musulmans par la prise de Constantinople , la seconde ville de la chrétienté; et ce fut encore un évêque qui ouvrit cet avis. Le père Daniel trouve même que la proposition était fort prudente et fort juste. Baudouin III, roi de Jérusalem, Conrad et Louis mirent le siège devant Damas , et le levèrent bientôt, ayant été trahis par les chrétiens de la Palestine. Les croisés les trouvèrent divisés, et vécurent avec eux dans une grande méfiance; ce fut tout le succès de cette entreprise. 48. Conrad revint le premier. Louis le suivit après
avoir passé les fêtes de pâques à Jérusalem. Tous deux s'embarquèrent avec leur monde , et n'eurent pas besoin de beaucoup de vaisseaux.
Il n'y eut encore qu'un cri; mais ce fut contre saint Bernard, qui fit son apologie en rejetant les mauvais succès sur les crimes des croisés. Il aurait bien pu prévoir ces crimes sans être prophète. Manuel Corn- Quoi qu'aiciît dit les croisés de Manuel Comnène, il était digne du trône à bien des égards; il remporta de grands avantages sur les Dalmates et les Hongrois qu'il força de recourir à sa clémence. Il humilia le sultan d'Iconium. Il se rendit redoutable à Noradin , sultan d'Alep, alors le plus puis-
neno.
MOnERNF.. 'l I I
sant des princes musulmans; il l'obligea cîc rcnclrr la liberté h six mille émisés, tant Français qu'Allemands , et il reconquit plusieurs provinces en Asie. Il semble que les princes d'Occident auraient pu subjuguer les mahométans, si au lieu d abandonner leurs états ils eussent seulement envoyé des soldats à Manuel. Ils en étaient bien éloignés. Ceux même qui étaient établis en Orient , et qui auraient dû par les traités lui rendre hommage, commirent au contraire des hostilités contre l'empire. Tel fut Renaud de Chatillon , prince d'Antioche : aussi ftit-il obligé de se rendre au camp de l'empereur la tête découverte , les bras et les pieds nus, la corde au col , et de se prosterner devant son vainqueur , qui voulut bien lui donner la paix. La guerre que fit Manuel par ses généraux contre le roi de Sicile fut variée de succès et de revers. Ses dernières expéditions contre le sultan d'Iconium furent moins heureuses. Il fit une grande faute en abolissant la marine parce qu'elle coûtait trop à entretenir. Il mourut en 1180, dans la trente-huitième année de son règne.
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