CHAPITRE V
De l'Angleterre, de la France , de l'Allemagne et de l'Itulie , jusqu'à la troisième croisade.
Henri Planta- SiigcF avait gouvcmé la France avec autant de
genêt, roi d'An- ^ t r r ' r r
gieterre. prudcnce quc de lermete , et tout avait ete tranquille : il mourut , et Louis se hâta d'accomplir un dessein dont ce sage ministre l'avait détourné. Sous ce prétexte qu'Éléonore , qui lui avait donné des sujets de mécontentement , était sa parente , il ii5i. fit casser- son mariage dans un concile; divorce qui enleva la Guienne à la couronne. Quelques semaines après Henri Plantagenet épousa cette princesse. Devenu dès lors un vassal redoutable à la France, il entreprit encore de faire valoir les droits que Mathilde, sa mère, lui donnait au royaume d'Angleterre. Tout lui réussit : Etienne, forcé par la noblesse et le clergé , le reconnut pour son successeur à l'exclusion de son propre fils. „54. Etienne mourut l'année suivante. Henri II as-
sura sa puissance en Angleterre ; vint en France rendre hommage pour la Normandie , la Guienne , le Poitou, l'Anjou, la Tourraine et le Maine, acquit le comté de Nantes par la mort de son frère ' Geoffroi; entreprit de faire valoir ses droits sur le comté de Toulouse, et eut toujours quelques
déroélés avec Ix)uis jusqucn 1 163. La paix se fit alors entre les deux couronnes. Mais Henri se fit un ennemi en nommant Thomas Recket son chancelier «\ rarchevèché de Ciuitorheri.
A peine Becket fut archevêque qu'il renvoya ^^jj^^*"" les sceaux, embrassa une vie austère, se déclara fur'J?!**** *" le défenseur des privilèges que le clergé s'attribuait , et prétendit en conséquence que les clercs ne pouvaient être jugés par les tribunaux laïcs. C'était en quelque sorte leur donner le privilège de l'impunité, car il y avait alors en Angleterre à peu près les mêmes abus que nous avons re- ' marqués en Allemagne.
Henri convoqua une assemblée où il proposa que am personne ne pourrait porter des appels à Rome J^^f''** sans le consentement du souverain; qu'aucun évéque n'y pourrait aller, quand même il serait cité par le pape , s'il n'en avait obtenu la permission du roi ; que sans le consentement du prince aucun vassal ni aucun officier de la couronne ne pourrait être excommunié ; que tous les ecclésiastiques accusés d'un crime capital seraient jugés par les cours royales , et que les affaires ecclésiastiques qui pouvaient intéresser la nation seraient immédiatement portées aux cours laïques. Ces règleraens furent approuvés dans cette assemblée , et confirmés dans une seconde. Les barons ne firent aucune difficulté ; mais les évêques ne se rendirent qu'aux instances les plus vives.
Cependant le pape Alexandre III ayant condamné ces articles comme contraires aux immunités de l'Église , Becket se repentit de les avoir signés , et en fit pénitence.
Becket, pour- Sc vovaut soutcHU par Alexandre, il résista
suivi, se réfugie *'
en France. vivcmcut au roi ct à la nation. Abandonné néanmoins du plus grand nombre des évéques, il fut poursuivi avec la même chaleur; on l'accusa de péculat, de parjure, de rébellion ; ses biens furent saisis, et les pairs le condamnèrent à la prison. Becket , qui avait refusé de comparaître devant ses juges , parce qu'il prétendait n'en pouvoir avoir d'autres que le pape, sortit du royaume, et se retira en Flandre, d'où il passa en France. Louis l'accueillit, charmé d'entretenir des troubles en Angleterre , et ne considérant pas qu'en autorisant les prétentions de l'archevêque de Cantorberi il en autorisait de semblables dans son clergé.
Rappelé et ré- Bcckct , fait légat du saint-siége en Angleterre ,
concilié, il est /» i • i
assassiné. cmploya les censures, fulmina des excommunications, des interdits, et menaça même le roi. Henri de son côté ordonna d'emprisonner les parens de ceux qui avaient suivi Becket ; de saisir les biens des ecclésiastiques qui étaient dans les intérêts de cet archevêque; de punir sévèrement ceux qu'on trouverait munis d'excommunications contre quelque particulier, et il fit supprimer le denier de saint Pierre. Les troubles duraient et croissaient depuis neuf ans; et des légats envoyés
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par le pape n'avaient rien terminé, lorsqu'une maladie donna des scrupules an roi , qui n^avait pas assez de lumières pour démêler la justice dans une affaire de cette nature. Ou se n^coucilia (Umc. L'archevêque revint en Angleterre : il fut rétabli dans le même état où il était avant cette contestation, et tous ses partisans rentrèrent dans leurs biens. Mais comme il refusa de lever les excommunications qu'il avait prononcées contre quelques prélats, ils s'en plaignirent au roi; et ce prince, impatient de trouver tant de résistance, eut l'imprudence de s'écrier : Personne ne me délivrera-t-il d'un sujet qui me donne plus de peine que tout le royaume ensemble? Becket fut assassiné dans l'église de Cantorberi.
Le roi, pénétré de douleur , se reprocha vive- ^ !.;«. ment une parole échappée par imprudence. Il "•""• envoya des ambassadeurs au pape pour se justifier, et il offrit de se soumettre au jugement que les légats du saint-siége prononceraient contre lui. On lui donna donc pour pénitence d'entretenir deux cents soldats pour servir pendant une année dans la Terre-Sainte; d'y aller lui-même si le pape le lui ordonnait ; d'abolir les coutumes qu'il avait voulu introduire au préjudice de l'Église; de réformer suivant les conseils du pape celles qu'il avait trouvées établies; de restituer les biens aux églises; enfin d'aller nus pieds au tombeau de Becket, et d'y recevoir la discipline des mains des moines: ilobéit.
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4l6 HISTOIRE
Révolte de ses Prcsquc aussltôt après il eut d'autres chagrins par la révolte de ses fils, Henri, Richard et Geoffroi, à qui Louis donna des secours. Mais ayant forcé le roi de France à la paix, les princes rebelles furent contraints de se soumettre et d'avoir recours à la clémence de leur père. Cependant ils songeaient encore à reprendre les armes, lorsque leurs mesures furent rompues par la mort de Henri le Jeune.