‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 51 sur 58 · XI · texte numérisé non relu

XI

5 I f\ HISTOIRE

sommes enfin arrivés à des temps où les peuples semblent faire des efforts pour établir une meilleure forme de gouvernement. Arrêtons-nous pour considérer comment les mêmes causes produisent des effets différens , suivant la variété des circonstances.

igaorancc e( Lcs Barbarcs crurent que les royaumes se erou-

prejugesdesBar 1 ^^ O

bSnïïn ocl vernaient comme des hordes errantes. Ils avaient

cident.

été dans 1 usage de s assembler pour partager le butin , ou pour convenir de quel côté ils porteraient les armes, parce que chacun d'eux avait droit de dire son avis, et qu'aucun chef n'avait assez d'autorité pour commander en maître. Quand ils se furent fixés dans leurs conquêtes, ils continuèrent de s'assembler; mais sans discerner la nouveauté des circonstances où ils se trouvaient, et sans se douter des mesures qu'il convenait de prendre. Cependant de nouveaux intérêts divisaient les esprits , et apportaient de nouveaux désordres dans les assemblées. Il ne faut donc pas s'étonner si de pareils peuples se conduisent au hasard ; si sans lois , sans idée même de justice , ils ne connaissent que des coutumes auxquelles ils s'attachent par préjugé, ou dont ils changent souvent à leur insu; si, en un mot, ils se précipitent continuellement d'un abus dans un autre. Désordres qui Charlemague donna le premier une forme sage

naissent dngou- ^ ^ • i /»

LÏrrïhatie" et régulière aux assemblées, et jeta les fondemens n"6««- ^'yj^ empire puissant; mais son génie avait fait

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«ne sorte de violence aux inopurs de tant de peuples barbares. Ils revinrent à leur caractère, dès qu'il ne fut plus; et de nouveaux désordres naquirent des changemens mêmes que ce grand homme avait faits dans le gouvernement.

Nous trouvons les causes de ces désordres dans la grande puissance à laquelle il éleva le clergé , et dans les bénéfices qui furent l'origine du gouvernement féodal. J'ai tâché de vous faire suivre les progrès de tant d'abus. Vous avez vu les entreprises des ecclésiastiques, sous Louis le Débonnaire. N'osant le déposer, ils le condamnèrent à la pénitence publique ; et c'était , dans les préjugés du neuvième siècle, le déposer indirectement. Voilà leur premier attentat sur celui qu'ils avaient déclaré l'oint du seigneur. Encore quelques-uns de cette espèce , et on ne contestera plus aux conciles le droit de déposer les rois. Le pape même, comme chef de l'Église, s'arrogera la plénitude de cette puissance.

I^a faiblesse des successeurs de Charlemaene L'anarcWe

^ rominenre sons

enhardit les seigneurs laïques, comme elle avait »"»"«^"»'"" enhardi le clergé. Les provinces devinrent la proie d'une multitude de petits tyrans, et l'anarchie produisit peu à peu le gouvernement monstrueux des fiefs, lorsque les assemblées qui auraient pu être une barrière aux <lésordre8 eurent tout-àfait cessé.

Tant que les rois se crurent assez puissans pour u$»tt*mh\ét%

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de la nation ces- sc faîrc obéip , ils voiiliircnt jouir de rautorité

sent en France »'

seulement. sBiis partage, cl ils convoquèrent plus rarement la nation : alors il n'y eut plus le même lien entre les parties; l'intérêt particulier prit la place de l'intérêt général, et les seigneurs ne songèrent qu'à se rendre chacun indépendans. Lorsque, dans la suite, le souverain fut réduit à leur demander des secours , ils dédaignèrent de venir à des assemblées où on avait besoin d'eux , et où ils ne sentaient pas le besoin de se trouver. C'est ainsi que l'usage d'assembler les grands s'abolit en France, sur la fin de la race carlovingienne; cet usage, au contraire, subsistait encore en Angleterre, en Allemagne et en Espagne, parce que les souverains n'y avaient jamais été assez puissans pour croire pouvoir se passer des secours de la noblesse. Si , dans ces contrées , la nation ne s'assemblait pas toujours pour élire les souverains , il fallait au moins qu'ils prissent la précaution de se faire reconnaître par les grands de l'état; et cette précaution tenait les rois dans une sorte de dépendance, et maintenait quelque ordre parmi les grands. En un mot la nation continuait de faire un corps, plus ou moins régulier, tant que le monarque avait besoin de réunir en sa faveur le plus grand nombre des suffrages. Le gouverne- Vous avcz VU Ic gôuveriiement féodal com-

menlféodal de- .

vait naître en mencer cu Fraucc , j ajoute qu il ne pouvait pas commencer ailleurs. Il fallait, pour le produire,

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une anarchie telle que celle où la France toml)a sous les descemlans de Charlemagne ; il fallait que les grands du royaume , cessant de s'assembler, cherchassent séparément à se rendre indépen^ans da souverain, et que , s'élevant à Tenvi , ils entreprissent continuellement les uns sur les autres. C'est de ces combats que devaient naître enfin des devoirs respectifs entre les suzerains et les vassaux; devoirs dont les bénéfices avaient déjà donné quelque idée , et qui constituent proprement le gouvernement féodal.

Pendant que cette anarchie régnait dans l'empire français, les royaumes d'Espagne et d'Angleterre étaient exposés à des troubles continuels; mais, quels que fussent ces désordres, les grands continuaient , dans les uns et les autres , de faire un corps que le monarque était forcé de ménager. Dans les temps mêmes de dissensions ou de guerres civiles , il y avait encore un intérêt commun qui entraînait les différens partis, et qui ne permettait pas aux seigneurs de s'isoler , et de se faire chacun séparément des souverainetés particulières, en se rendant, indépendans , et en acquérant des droits plus ou moins étendus. En ini mot le gouvernement féodal ne pouvait naître que d'une dissolution générale de toutes les parties de la monarchie. Or cette dissolution ne se trouve qu'en France, sous les derniers C^arlovingieiis. •

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Erreur sur Quclques-uns rapporteiit aux Lombards TinsîeS?'"'°' titution des fiefs. C'est une méprise où ils sont tombés, parce que voyant, d'un côté, que les Lombards ont établi des ducs en Italie , et trouvant de l'autre des ducs dans le gouvernement féodal , ils ont cru voir le gouvernement partout où ils ont vu des ducs.

Ceux qui croient reconnaître les fiefs dans les bénéfices que les Romains donnaient à leurs soldats , ou dans les terres qu'ils cédaient à de nouvelles nations , confondent des choses encore plus différentes. Il ne faudrait pas non plus chercher les fiefs dans les usages que les Barbares suivaient avant d'avoir conquis l'empire d'Occident. Si c'en était là l'origine, on en trouverait partout où les Barbares se sont établis, et dès les premiers temps de leur établissement. Tout ce qu'on pourrait dire , c'est que les usages qu'ils ont apportés , et ceux qu'ils ont trouvés dans l'empire, ont contribué à former le gouvernement féodal, lorsque l'anarchie a fait naître les circonstances qui seules pouvaient le produire.

i>, iraurr .c ^^ gouvememeiit ne pouvait manquer de pas- ,fas"rZnT'iès ser de France, où il s'était formé, en Angleterre

ruyanmes voi-

*'"* et en Espagne, où les désordres j)réparaient à le

recevoir. Les Français l'y établirent, comme ils l'ont établi depuis dans la Palestine et dans l'empire d'Orient. Guillaume le Conquérant changea tout en Angleterre : il abolit les lois du pays, il

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y introduisit celles de Normandie, et il dépouilla les vaincus pour donner des fiefs aux Normands; persuadé 4|u'il assurait sa conquête , lorsqu'il la partageait avec des vassaux qui avaient eu part à sa victoire, et qui avaient les mêmes intérêts que lui. Au commencement dil douzième siècle, le comte Henri, fils d'un duc de Bourgogne, et descendant de Hugues Capet, était maître d'une parlie du Portugal ; et Raymond Bérenger, comte de Barcelonne, souverain de la Catalogne, de Montpellier, du comté de Provence, gouvernait encore l'Aragon. H n'est donc paâ difficile de comprendre comment le gouvernement féodal s'est établi en Espagne. Au reste il ne faudrait pas supposer que ce gouvernement ait absolument été le même partout où il s'est répandu ; car il était, de sa nature, sujet à bien des variétés. L'uniformit;jé ne peut pas se trouver avec les désordres de l'anarchie. C'est cette confusion qui est cause qu'on a tant de peine à fixer l'époque du gouvernement féodal, et qu'on croit le voir dans les pays où il n'était pas encore établi. Aussi ne serais-je pas étonné qu'on l'imaginât plus ancien en Angleterre et en Espagne que nous ne le supposons ; mais au reste il importe bien moins d'en marquer l'époque que d'en connaître les vices.

Ce gouvernement était moins vicieux en Aile- iui.it i

vicieux ra Al-

magne qu'en Angleterre , et moins en Angleterre Jj^'ir/f^*"."'*'

qu'en France; il est facile d'en apercevoir la raison.

L'Allemagne avait toujours été mieux gouvernée que la France. Louis le Germanique, par exemple, faisait respecter son autorité, pendant que Charles le Chauve se rendait tous les jours plus méprisable. Aussi quoique les désordres aient été grands en Allemagne , ils ne sont jamais par: venus au point de dissoudre entièrement toutes les parties du corps politique. La révolution qui rendit l'empire électif prévint cette anarchie ; parce que les assemblées, devenues plus nécessaires que jatnais , entretinrent toujours quelque union , et accoutumèrent à consulter l'intérêt commun. C'est dans les diètes qu'on jugeait les différens qui s'élevaient dans l'empire. Elles se tenaient avec plus ou moins d'ordre , suivant les circonstances, mais elles tendaient .toujours à représenter la nation.

Ainsi le corps germanique subsistait , malgré les violentes secousses qui l'ébranl, lient quelquefois. Les empereurs , trop fail)les p^ur en abolir les privilèges, pouvaient au moins les protéger, et leur intérêt même leur en faisait une loi. Si , renonçant à l'Italie , et à tous les titres des Césars , ils s'étaient renfermés dans l'Allemagne , ils auraient pu mettre leur politique à diviser pour commander; et peut-être qu'une monarchie héréditaire se serait élevée sur les ruines d'une multitude de princes qui tendaient à se détruire

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rnutiiellemciit ; mais ils aspirniont toujours au titre d'empereur; ils voulaient ou conserver Tltalie, ou la conquérir de nouveau. Voilà la source de ces guerres qui ont été si funestes à tant de peuples , et que Tambition des papes rendit plu» funestes encore.

Cependant ces guerres ont été favorables aux princes d'Allemagne. Comme l'empereur ne pouvoit, sans leur secours, être puissant çn Italie, il n'eût pas été prudent à lui d'entretenir ou de semer la division parmi eux. Il fallait au contraire qu'il s'occupât continuellement des moyens de les réunir, et de faire prendre au corps politique une forme tous les jours plus régulière. C'est à quoi travaillèrent avec succès les princes de la maison de Saxe , et c'est ce qui est cause que le gouvernement féodal n'a pas eu en Allemagne les mêmes vices qu'en France.

Il a été plus vicieux en Angleterre qu'en Aile- c«i«.deco magne, et il devait l'être. La Normandie et d'autres «er«. provinces de France étaient pour les rois d'Angleterre ce qu'était l'Italie pour les empereurs. Il semble donc, au premier coup d'oeil, que les souverains devaient de part et d'autre tenir naturellement la même conduite. Puisque le roi d'Angleten-e, pour porter la guerre en France, était dans la nécessité de convoquer son parlement, et d'en obtenir des subsides, il aurait dû ménager le corps des barons, respecter leurs privilèges,

et se contenter de ceux qu'on ne lui contestait pas. Avec de la prudence, il se serait assuré leurs secours, aurait conservé ses provinces, et acquis tous les jours plus d'autorité en Angleterre. Cela n'arriva pas, parce que les princes qui ont gouverné ce royaume n'ont pas été en général aussi habiles que les empereurs ; et encore parce que les circonstances ne leur ont pas toujours permis de suivre une politique aussi sage.

En Allemagne, les droits à l'empire n'étaient pas équivoques, puisque l'élection seule faisait l'empereur. Il n'en était pas de même en Angleterre , où la couronne , qui paraissait tout à la fois héréditaire et élective, multipliait les prétendans , et par conséquent les troubles. Après la mort de Guillaume le Conquérant, Guillaume II monte sur le trône, au préjudice de Robert, son aîné, et a pour successeur Henri , son cadet. Henri meurt. Etienne usurpe la couronne sur Mathilde ; mais ne pouvant la conserver dans sa famille , il la laisse à Henri , fils de cette princesse. Enfin , si Richard I, fils de ce dernier, a des talens qui le font respecter, le trône est ensuite occupé pendant plus de soixante-dix ans par deux rois méprisables à tous égards, Jean Sans-Terre et Henri III.

D'un côté, les barons, en donnant la couronne à des princes à qui elle n'appartenait pas, saisissaient l'occasion de faire confirmer leurs privilèges, ou d'en acquérir de nouveaux; et de l'autre,

les usurpât ctirs accordaient tout dans des conjonctures où ils ne pouvaient encore rien refuser, mais ils ne se pressaient pas (rexéaiter leurs promesses. Jaloux d'une puissance qui leur donnait des entraves, ils ne songeaient qu'à Fabattre ; et à peine se croyaient-ils assurés sur le trône, qu'ilsattaquaient les privilèges mémequ'ils avaient accordés.

Dès lors les chartes ne pouvant être qu'un sujet de dissension entre les barons et le souverain , les droits ne sauraient se fixer ; on entreprend de part et d'autre au delà de ce qu'on doit, et les troubles qui renaissent à chaque instant ne permettent pas de donner au gouvernement une forme assurée. Il y avait donc un vice en Angleterre qui n'était pas en Allemagne, et ce vice provenait de ce qu'au lieu de régler la succession au Irône , on donnait la couronne à cellii dont on pouvait obtenir des conditions plus avantageuses. Voilà la cause de la faiblesse des rois d'Angleterre ; aussi peu maîtres chez eux , devaient-ils être redoutables au-dehors? Vous prévoyez que les prétentions et les troubles continueront dans ce royaume jusqu'à ce que le souverain ait subjugué la nation, ou que la nation ait mis le souverain dans l'impuissance d'attaquer les privilèges c|u^elle aura obtenus.

En France, les grands avaient cessO ik- laire KnKr«iir,,i,

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un corps , depuis qu'ils ne s'assemblaient plus. f^^Jj^J^irr.

grandissèmeni Lcs désordrcs v étaient plus rancis qu'en Aile-

des Capétiens. *' r O X

magne et qu'en Angleterre, puisque l'anarchie avait effacé toute idée de bien commun , et produit des tyrans de toutes parts ; mais ce& désordres mêmes devinrent favorables à l'accroissement de la puissance royale.

La situation d^s Capétiens était toute différente de celle des empereurs et de celle des rois d'An- * gleterre. Comme ils n'avaient conservé de pré-

tention sur aucunes provinces étrangères , ils n'avaient pas besoin de chercher des forces dans la réunion de leurs vassaux. Plus au contraire ils les voyaient divisés , plus ils pouvaient se flatter de les soumettre les uns par les autres, et leur autorité devait croître au milieu des abus qui se multipliaient.

Long -temps faibles, ils furent long-tems sans rien entreprendre; ils ne parurent que vouloir se maintenir, et ils ne donnèrent de l'ombrage ni par leur ambition, ni par leure talens. Les seigneurs s'accoutumèrent donc à ne les plus craindre. Occupés de leurs guerres particulières , ils regardèrent moins la royauté comme une puissance, que comme un vain titre. Ils ne prévinrent rien et ne prirent aucune précaution.

Cependant un prince assez habile pour saisir les circonstances devait accroître son autorité, parce qu'il n'y avait pas en France, comme en Allemagne et en Angleterre, un corps qui pût

sV>p|>oser à ses entreprises , et parée que d'ailleurs ranareliie faisait désirer une pnissanee capable de protéger ceux qui gémissaient sous l'oppression. C'est ainsi qu'en France, où les désordres étaient plus grands, Tordre devait par cette raison se rétablir plus tôt qu'en Angleterre et qu'en Allemagne. Pbilippe-Auguste commença cet ouvrage; Louis VIII sut au moins le soutenir, et saint Louis, qui l'avança considérablement, laissa à ses successeurs le pouvoir de l'achever.

L'état de l'Italie était encore pire que celui de o goot.™.-

mcnt prodoillr*

la France , parce qu'il ne pouvait pas s'y former p'^,V,"tJtT une puissance capable de réprimer l'anarchie : l'ambition des papes s'y opposait. Dans l'impuissance de la soumettre eux-mêmes, ils l'ont livrée aux tyrans qu'elle a produits, ou aux étrangers qu'ils y ont appelés , et ils l'ont réduite à un état de faiblesse d'où elle ne s'est pas relevée.

La tyrannie se détruit par elle-même. Tous les commemi», souverams qui ne connaissent aucune reele ne r'?.""», «•»« travaillent qu'à leur ruine. Il faut qu'ils deviennent enfin aussi méprisables qu'ils étaient odieuxy et que le peuple ose songer aux moyens de sortir de l'oppression. C'est une révolution qui est arrivée partout , presque en même temps , mais avec des différences, parce que les circonstances n'étaient pas les mêmes partout. En Allemagne et en France, les communes contribuent à l'accroissement de la puissance du souverain qui les prend

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sons sa protection. En Angleterre, c'est tont le contraire , parce qne les barons leur donnent entrée an parlement , afin de trouver en elles un appui contre les rois. Enfin, en Italie, où il n'y a ni corps, ni souverains qui les puissent protéger, elles commencent à former des républiques indépendantes.

Tel était, à la fin du treizième siècle, l'état des cboses dans les principales parties de l'Europe. C'est l'époque où le chaos , produit et entretenu par tant de troubles, tend à se débrouiller. Le gouvernement féodal se détruit, ou prend une meilleure forme; le clergé, souvent contenu, du moins en France, perd une partie de son autorité; et le peuple, qui commence à sortir de son abrutissement , se fait compter pour quelque chose. 1 lauiépior^iie Constautinoplc était dans une situation tous les

<lo Cunstanlino-

p''- jours plus déplorable. Les Grecs l'avaient reprise

sur les Latins en 1 2G1, et Michel Paléologue , qui en avait fait la conquête, laissa cet empire, en l'iSi^ à son fils Andronic Paléologue. Celui-ci, comptant que le Ciel ne pouvait manquer de prendre sous sa protection un prince si jneux que lui, et de le défendre d'une manière toute particulière, ruina la marine comme une chose inutile, et qui ne causait que de la dépense ; mais le Ciel permit que les Pirates vinssent impunément jusqu'aux portes de Constantinople.

Ces superstitions grossières étaient alors en

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j<énéral \v partage des (irecs. Pour terminer un schisme qui durait depuis quelque temps, les deux partis convinrent«d'écrire de part et d\iutre leurs raisons, et de jeter ensuite les deux écrits au feu, persuadés que Dieu déclai*erait la vérité, en garantissant Tun ou l'autre des flammes. Les deux écrits furent brûlés et le schisme continua.

On trouva par hasard dans Téghse de Sainte- Sophie un écrit qui causa les plus grandes inquiétudes, et sur lequel on délibéra comme sur l'affaire la plus importante : cet écrit n'était cependant qu'une excommunication qu'un patriarche déposé avait prononcée secrètement contre l'empereur et contre ceux dont il croyait avoir à se plaindre. Ces traits suffisent pour faire ^ oir que l'ignorance était aussi grande en Orient qu'en Occident , et je ne crois pas devoir entrer dans de plus grands détails.

Les Français qui régnèrent à Constantinople depuis i2o4, jusqu'en 1 261, sont Baudouin, comte de Flandre ; Henri , son frère ; Pierre de Gourtenai, comte d'Auxerre, petit-fil5 de Louis VI, dit le Gros; Robert de Gourtenai, fils de Pierre; Jean deBrienne, et Baudouin, frère de Robert de Gourtenai. Pendant cinquante-sept ans que ces princes régnèrent dans ce faible empire, Gonstantinople perdit le commerce qui l'avait soutenue auparavant ; elle acheva de se ruiner, et les Grecs conçurent une si grande haine pour les Latins , qu'ils

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