‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 50 sur 58 · M«»L»J ILM · texte numérisé non relu

M«»L»J ILM

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cliaiil saisir les circoustai ices , s'est élevé à un degré î;[,p/iî;,'"\i J," de puissance où il ne serait point parvenu s'il eut lîîlcf." ^"'*" eu moins de vertus, ou moins de lumières. On netait point en garde contre luie polilicpie aussi nouvelle : elle soumit tout. Les barons cédèrent les prenners; bientôt les grands vassaux de la couronne cédèrent encore. Ijcurs propres barons cherchèrent contre leur tyrannie un protecteur dans un roi dont la justice était connue. On leur enleva d'abord les droits dont ils étaient moins jaloux. On les attaqua ensuite sur d'autres, et il leur échappait tous les jours quelque partie ây leur souveraineté. Quelquefois même saint Louis ne se fit pas un scrupule de les forcer à Tobéissance ; et c'était avec raison , puisque toutes ses entreprises n'avaient pour objet que de mettre ^

partout la justice à la place des abus.

Les guerres que les plus petits seigneurs se fai- Moyen, qu.i saient pour les moindres sujets étaient un fléau fCV'rteïpariicaqui désolait continuellement les provinces. Plu- gnî"rs." **'' sieurs conciles avaient essayé d'en arrêter, du moins en partie, les effets, en ordonnant des suspensions d'armes pour un certain nombre de jours , ;iii\ principales fêtes de l'année. La crainte h -des excommunications faisait donc quelquefois suspendre les hostilités ; mais on se préparait pour les recommencer bientôt avec une nouvelle Aireur. Saint Louis les réprima avec plus de succès.

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1*56. Il ordonna que quand il s'élèverait une guerre

entre deux seigneurs , les parens qui craindraient d'y être enveloppés auraient quarante jours pour se procurer des assuremens^ une trêve ou une paix; et que ceux qui les attaqueraient dans cet intervalle seraient condamnés comme traîtres. Il donna même à ceux qui possédaient des terres en baronnie , le droit d'obliger les parties belligérantes à une trêve ou à un assurément. Cette ordonnance, qui commençait à mettre un frein à ces désordres , ayant été reçue avec applaudissement , le roi en donna l'année suivante une autre, par laquelle il défendit absolument toutes les guerres particulières. C'est ainsi que, ne hâtant rien , et sondant les esprits , il parvenait enfin à porter les derniers coups aux abus qu'il voulait détruire. Il fut obéi par le plus grand nombre des seigneurs : on peut même conjecturer que les grands vassaux respectèrent ses ordres, parce qu'ils respectaient le roi qui les donnait. Mais ce respect suspendait les hostilités, sans en détruire la cause, et nous les verrons recommencer après le règne de saint Louis.

Il semblerait d'abord qu'il était plus difficile d'empêcher ces guerres que d'abolir les duels judiciaires; mais on se tromperait, si l'on en jugeait ainsi; car le préjugé avait en quelque sorte intéressé la Providence à la défense de ces duels : aussi voyons-nous que l'édit qui les défend est

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postérieur aux deux ordonnances dont je viens de parler. Saint Louis , se conduisant toujours avec la même précaution, ne faisait une démarche que lorsqu'il s'était frayé le chemin par une démarche antérieure.

Ce prince, qui ne s'occupait pas moins dus ^ moyens d'entretenir la paix avec ses voisins que de rétablir la tranquillité dans ses états, fit deux traités, l'un en laSS, avec le roi d'Aragon, et l'autre, en laSg, avec le roi d'Angleterre.

Par le premier, Louis cède à Jacques I", roi iliuïJcu'rô' d'Aragon , les droits qu'il avait sur Barcelonne , ^"^''"* sur le Roussillon et sur d'autres domaines éloignés; et Jacques lui cède les prétentions qu'il pouvait avoir, par mariage ou par d'autres titres, sur les comtés de Languedoc et de Provence, arrière-fiefs de la couronne. Ce traité était avantageux aux deux rois, parce qu'en s'abandonnant mutuellement des droits qu'il leur était difficile de faire valoir, ils prévenaient bien des guerres.

Plusieurs causes produisaient alors des trou- jAn'ut^f^S! blés en Angleterre; i® les subsides que Henri III ^da°'goo/Jïïï!

ment.

demandait continuellement au parlement , et les prodigalités qu'il en faisait, au lieu de les employer à leur destination; 2° plusieurs moyens dont il se servait pour forcer les peuples à lui donner de l'argent; 3° les nouvelles impositions que le pape mettait sur le clergé et que le roi

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autorisait; 4*^ enfin la faveur dont les Poitevins continuaient de jouir. Les choses vinrent au point que les barons conçurent le projet de réformer le gouvernement, et, en i258, le parlement d'Oxford en régla la forme. Après avoir nommé vingt- "*^ quatre commissaires, on arrêta que le roi confirmerait la grande charte qu'il avait tant de fois jurée sans aucun effet ; qu'on donnerait la charge de grand justicier à un homme capable et intègre, qui administrerait la justice aux pauvres comme aux riches, sans aucune distinction; que le grand chancelier, le grand trésorier, les juges et autres officiers ou ministres publics seraient choisis tous les ans par les vingt-quatre commissaires ; que la garde des châteaux et de toutes les places fortes serait remise à leur discrétion, et qu'ils en chargeraient des personnes de confiance et affectionnées à l'état; que ce serait un crioae capital, pour quelque personne que ce fût, de quelque rang qu'elle pût être, de s'opposer directement ou indirectement à ce qui serait ordonné par les vingtquatre; et que le parlement s'assemblerait trois fois l'année, afin de faire les statuts qui seraient nécessaires pour le bien du royaume. Le roi fut contraint d'approuver ces règlemens , qui le dépouillaient de toute son autorité, lu traitent Gommc Ics droits de Henri sur plusieurs pro-

avec saint Louis . • i • 1 i

ii,.s provinces Yiiices dc Fraucc étaient des suiets de guerre, et

qui eliiienl un '' "^

tJr'cts^ra" par conséquent des ))rétextes pour exiger des

couronnes.

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subsides, les barons soiit^èrcnt ensuite eux-mêmes à négocier avec saint Louis, pour assurer la paix entre les deux couronnes. Le roi de France restitua le Limousin, le Querci, le Périgord et TAgenois , à condition que le roi d'Angleterre en ferait bommage, et prendrait séance parmi les ' pairs, comme duc de Guienne; et Henri renonça, pour lui et pour ses successeurs, à tous ses droits sur la Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Poitou. Ce traité fut signé par Henri, . par les barons d'Angleterre et par tous ceux dont la garantie fut jugée nécessaire.

Cependant la division se mit parmi les barons Trooiie$ e«

- . . . Angleterre.

d Angleterre. Les vmgt-quatre commissaires perdirent leur autorité; et le roi, ayant recouvré la sienne, se fit relever par le pape du serment qu'il avait fait de ne rien entreprendre contre les statuts d'Oxford. Le calme parut régner quelque temps; mais bientôt les barons se révoltèrent, et le roi, trop faible pour les soumettre, fut contraint de leur faire des propositions.

Voici un beau moment pour saint Louis. Les saim i^uis barons, Monseigneur , le prirent pour juge entre )"?'• Henri et eux. Il jugea; mais, quoique capables ,^. de rendre justice à la vertu de ce saint roi, ils cherchèrent bientôt les moyens d'éluder un jugement qui ne leur était pas favorable. Ils reprirent donc les armes, et se rendirent encore maîtres du gouvernement : içlors ils songèrent à s'appuyer

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des peuples, afin de mieux affermir leur puis- Entréedescom- sauce. Daus cctte vue ils forcèrent le roi d'établir

munes au par-

lement. ^^^^ chaque province des magistrats qu'on nomma

conservateurs, parce qu'ils étaient destinés à conserver les privilèges du peuple; et on l'obligea encore d'enjoindre aux conservateurs de nommer quatre chevaliers de chaque province, pour représenter les provinces dans le parlement qui se •-64. tint peu de temps après. Voilà l'époque où les communes eurent entrée dans le parlement d'Angleterre : jusqu'alors il n'avait été composé que des barons et des prélats.

Find«iron- Cependant Henri était prisonnier, et les chefs

bles d'Angleterre, de la révolte entretenaient encore des troubles

1^67. par leur division, lorsque Edouard , fils de Henri ,

ayant soumis les rebelles, rendit la liberté et le

trône à son père.

Sagesse de Quaud on considèrc les troubles de FAngle-

sainl Louis dans

le traité qu'il tcrrc , OU a lieu de croire que saint Louis aurait

fait avec lien- ' T.

" "'• pu enlever tout ce que Henri possédait en France :

on le lui conseillait , et cet avis était le meilleur, dit le père Daniel , selon les lois de la bonne politique. C'était le plus mauvais, si l'objet de la bonne politique est de s'assurer ce qu'on a acquis, et de maintenir la tranquillité publique, en n'entreprenant rien que de juste. Si ce n'était pas là l'idée que cet écrivain se faisait de la politique , ce fut celle que s'en fit saint Louis. Il était trop équitable pour penser que la force doit être

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la règle des souverains; et il était trop prudent pour ne pas voir qu'en prenant tout ce qu'il pouvait prendre, il ne s'assurait rien, puisqu'il pouvait dans d'autres temps se trouver le plus faible. Il ne s'agissait donc pas d'envahir toutes les provinces que Henri ne pouvait pas défendre; il était plus sage, comme plus juste, de s'assurer celles que ce roi consentait à céder. Or saint Louis compta avec raison pour quelque chose la renonciation de Henri et la garantie des barons d'Angleterre; puisque dès lors ses droits sur la Normandie, le Maine, etc. , cessaient d'être équivoques. Il tarissait d'ailleurs la source d'une guerre qui, après avoir fait le malheur des deux peuples , pouvait être funeste à ses successeurs, comme à ceux de Henri; enfin il en retirait encore un grand avantage; car le roi d'Angleterre reconnut les appels. Or dès qu'un vassal aussi puissant soumettait ses justices à celles du roi de France, les autres, entraînés par cet exemple, ne pouvaient manquer de renoncer enfin à l'indépendance de leurs tribunaux. Saint Louis gagna donc beaucoup en ne s'écartant point de la justice. Voilà les traités les plus glorieux, Monseigneur; et il serait bien à souhaiter que les rois fussent toujours assez sages pour n'en faire jamais que de semblables.

Pour achever de développer tout ce qui a contribué à l'accroissement de la puissance royale, il

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toutes les provinces.

faut examiner les changemens que saint Louis a faits dans radministration de la justice. Ja"gu.rair du ^cs Capéticns avaient établi , dans les diffé- Loufs?"' "'''"* rentes parties de leurs domaines , des prévôts qui percevaient leurs revenus, commandaient la milice, et rendaient la justice en leur nom. Philippe- Auguste créa des baillis pour avoir inspection sur eux ; et comme des prévôts on appelait aux baillis, on appelait aussi des baillis au roi; mais la juridiction de ces magistrats était renfermée dans les domaines de la couronne.

Comment, Saiut Louis , avaut soumis aux appels toutes

sons saint Louis *' ^ '

"onVétSur les justices des seigneurs, étendit la juridiction de ses baillis sur toutes les provinces du royaume; et ce fut à leur tribunal qu'on appela des jugemens rendus dans les justices seigneuriales. Ces magistrats , devenus par-là plus puissans , s'appliquèrent à se faire tous les jours de nouveaux droits, en empiétant peu à peu sur les privilèges et sur les prétentions des vassaux. Ils faisaient à l'envi des tentatives à cet effet, et si un d'eux réussissait, son exemple devenait un titre pour les autres. Ils imaginèrent même des cas royaux, c'est à dire des cas privilégiés, dont les justices royales pouvaient seules prendre connaissance. Mais comme ils se gardaient bien de les déterminer, c'était un prétexte pour attirer insensiblement toutes les affaires à leurs tribunaux : le nombre des cas royaux augmentait tous les jours.

MOU! Hi\r..

Les siMj^nfurs, dont les jusliccs se <Iégrailaicnl, se plnigiiîreiit des entreprises des badlis. Jjcnrs plaintes redoublèrent surtout sous les règnes suivans. Sans doute que saint Louis y eut égard quand elles furent fondées; mais souvent ils ne se plaignaient que parce qu'on réprimait des abus qui leur étaient cbers.

Le clergé se plaignit aussi. Il engagea même le pape dans ses intérêts; car on a des lettres que Clément IV écrivit en ia65, et dans lesquelles/ après avoir beaucoup loué le zèle et la piété du roi, il se plaint que les baillis n'ont pas assez (l'égard pour les privilèges des ecclésiastiques. Je ne sais pas ce que le roi répondit; mais il est certain que lorsqu'il s'agissait de corriger des abus, aucune considération ne le pouvait faire changer. Or le clergé donnait souvent à ses abus le nom de privilège.

Nous voyons un grand exemple de la fermeté Pmgniajiqne

•'*-'* de saint Louii.

de ce prince, dans un article d'une ordonnancequ'il donna en ia68, et qui porte le nom de Pragmatique Sanction. Le voici : « Défendons « expressément de lever et recueillir les exactions, « charges et impositions considérables d'argent, « mises par la cour de Rome sur l'Église de notre '< royaume, par lesquelles notre dit royaume a « été malheureusement ruiné; si ce n'est pour « des causes justes et raisonnables, et dans le cas « d'une nécessité urgente et inévitable, et de

sade.

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« notre exprès consentement, et de celui de l'Eglise (c de notre royaume. « Une pareille ordonnance eût attiré les censures de Rome sur tout autre prince; mais c'eût été les décréditer que d'en faire usage contre un roi aussi vertueux et aussi saint. Quelques-uns, sur des raisons peu solides, ont regardé cette pragmatique comme une pièce supposée. C'est qu'ils voient avec peine que saint Louis a été contraire à des prétentions qu'ils voudraient encore défendre.

Demîirecroi. Oïï uc pcut pas réfléchir sur le bien que le roi faisait dans ses états qu'on ne regrette le temps .067. où il en avait été absent. Cependant il prit encore la croix : il y eut un homme assez sage pour dire qu'on n'avait pu lui inspirer ce dessein sans pécher mortellement. C'est Joinville, qui nous a laissé une vie de saint Louis. Vous voyez que l'on commençait à blâmer ces guerres pieuses. Cette dernière croisade laissa la France dans un grand épuisement.

Ce fut en 1270 que saint Louis partit pour accomplir son vœu. Mais au lieu d'aller en Egypte ou en Palestine, il fit voile vers Tunis, se flattant, dit-on , de convertir le roi qui régnait dans cette partie de l'Afrique. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Charles d'Anjou, roi de Sicile , avait des raisons d'intérêt pour porter la guerre de ce côté.

La maladie se mit dans le camp. Saint Louis en fut attaqué lui-même, et mourut auprès des

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ruines de ('.arthage, en héros et en saint. Il était âgé (le cinquante-cinq ans et quatre mob, et en avait régné quarante-trois, neuf mois et dix-huit jours. Je ne m'arrête pas à faire son éloge : ses actions le louent mieux que tous les panégyriques qu'on a faits de lui; et cependant on en a fait beaucoup. Je remarquerai seulement que ce prince si éclairé, si courageux, si ferme lorsqu'il s'agissait du bien public, était, sur toute autre chose, d'une simplicité à faire croire que tout le monde était fait pour le conduire. Henri III mourut deux ans après.

Cette croisade a été la dernière. La plupart des seigneurs étaient ruinés : le clergé se dégoiitait d'iuie guerre dont il partageait les frais , et il n'y avait plus que les papes qui s'y intéressaient encore, parce que c'était une occasion de mettre des impositions sur les ecclésiastiques. Mais ils tentèrent en vain de réveiller un zèle aveugle qui avait duré trop long-temps.

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