‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 8 sur 58 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du gouvernement des Français jusqu'au temps où Pépin Héristcl se saisit de touteTautorité sous le titre de maire du palais.

Quelle que soit l'origine des Français , il est au u* Fr*nç*«

^ * avaient origi-

moins certain qu'avant de s'établir dans les Gau- «virement ïe.

M. maurs dei u«r—

les, ils ont habité la Germanie pendant plusieurs siècles. Nous pouvons donc juger d'eux comme des Germains, que toutes leurs richesses consistaient dans leurs troupeaux, dans les esclaves auxquels ils en confiaient le soin, et dans le butin qu'ils enlevaient par les armes. Toujours armés, tou- •

* Observations sur l'Histoire de France , par M. l'abbé de Mably, imprimées en 1765; mais mon frère m'en communiqua le manuscrit plusieurs années auparavant. C'est d'après cet ouvrage que je traiterai du gouvernement des Français , toutes les fois que j'aurai occasion d'en parler.

jours en état de guerre , ils faisaient gloire de ravir par la force ce qu'ils croyaient indigne d'eux •d'acquérir par le travail. Ils ne refusaient point de s'engager dans une entreprise, lorsqu'ils avaient un chef dont le courage leur était connu. Leur gouver- Lcurs chcfs , quc nous nommons rois , n'avaient

ement était ^ • i • i

ne démocratie. qQ'm^e autorité bornée. Ilspouvaient décider seuls des affaires de peu de conséquence : mais lorsqu'elles étaient plus importantes, c'est dans l'assemblée de la nation qu'on en délibérait, c'est-àdire dans un canlp de soldats, qui traînaient après eux leurs femmes, leurs enfans, leurs troupeaux et leurs esclaves. Un pareil gouvernement était une démocratie, où les membres n'agissaient de concert, que parce qu'ils étaient forcés de se réunir contre des ennemis communs, qui les pressaient de toutes parts. Telle est l'idée qu'on se fait des Germains d'après Tacite , et telle est celle qu'on doit se former encore des Français lorsqu'ils s'établirent dans les Gaules. Malgré l'espace qui s'était écoulé depuis cet historien , on ne dpit pas présumer qu'ils fussent beaucoup changés. C'est le luxe qui , faisant naître continuellement de nouveaux besoins , introduit aussi continuellement de nouveaux usages, force le gouvernement à prendre sans cesse de nouvelles formes ; et lorsque le luxe n'est pas connu , il y a peu de changeraens d'une génération à l'autre.

Lapuissanceie- En cffct , dès l'onginc de la monarchie fran-

raise, nous trouvons une assemblée g*^»tTale, p;^'^*;';;'Jj;';|jJ appoUo le champ de mars^ parce qu'elle se tenait au commencement de ce mois. C'est là que résidait la puissance législative : le chef et son conseil n'avaient que le pouvoir exécutif, et le droit de décider des affaires les moins imporlantes. Il n'y a là proprement ni roi, ni sujets. On y voit d'un côté des soldats, qui ne sont autre chose que la nation armée ; et de l'autre , un général qui les commande , parce qu'ils l'ont choisi pour les conduire.

Mais le pouvoir exécutif exige, de la part du a i.i guerre,

* * le général avait

soldat, une obéissance prompte, et de celle du ;X""''''"'" général, une autorité absolue dans tout ce qui concerne la discipline. Sans cela, la démocratie ne pourrait pas subsister : vérité que l'expérience apprenait aux Français. Toutes les fois donc qu'il s'agissait du service militaire , l'autorité du général était absolue .-mais hors ce cas, il n'avait d'influence dans les délibérations, qu'autant qu'il avait le talent de persuader. 11 ne disposait de rien: le butin appartenait à l'armée ; il se contentait de la part que le sort lui donnait.

Lorsqu'api^ la bataille de Soissons, Clovis, Dao,i'a»5emvoulant rendre un vase qui avait été enlevé à s»" '►« «"fVA'. l'église de Reims, supplia son armée de le lui acoor- <ler,un soldat déchargea sur ce vase un coup de §a francisque, lui disant de se contenter de ce qui lut tomberait en partage. Toute l'armée désapprouva

labrutalité de cesoldat. Cependant Clovis n'osa le punir pour lors, mais il l'observa; et l'ayant con- Yaincu, l'année suivante , de n'avoir pas eu assez soin de ses armes, il lui fendit lui-même la tête d'un coup de sîi francisque. Bien loin de causer un soulèvement, cette action, conforme aux mœurs de ces temps barbares , et d'ailleurs dans l'ordre de la discipline , fit respecter le général qui savait punir. Vous voyez , par ce fait , quelles étaient les bornes et l'étendue de l'autorité de Clovis. Des usages Ou pcut au molus jugcr qu'avant ce prince,

grossiers te- ^ ^ . .

lot'auJ'ïVan! ^^^ Frauçals ne connaissaient encore de subor- ^ "' dination, qu'autant qu'ils sentaient que la victoire

dépend de l'obéissance des soldats au général. Dans tout le reste, ils se jugeaient égaux : ils ne voulaient plus de lois , parce qu'ils voulaient être libres; et le gouvernement ne pouvait réprimer l'avidité de ces âmes féroces, qui commençaient à connaître le prix des richesses. Il s'était seulement introduit quelques usages grossiers pour défendre les faibles contre les violences auxquelles cette indépendance enhardissait les plus forts : car enfin les hommes les plus sauvages sont forcés de se forger des freins ; et s'ils ne savent pas se donner des lois, ils cherchent au moins dans quelque espèce d'équivalent , les moyens de contenir la licence dans de certaines bornes. Vous verrez en détail, dans l'ouvrage dont j'ai parlé, quels furent les usages des Français.

MODFRNE. ' 65

liCS circonstances changèrent pour eux, lors de i^rid^ituriu.

^ 1 MltMOIfllt et*

leur établissement dans les Gaules. Ils eurent de ïu'fjr.V.' /"/. nouve.inx besoins; leurs premiers usages ne su 1 firent plus à leur situation; ils le sentirent souvent, (juelque penchant qu'ils eussent à s'aveugler et ils furent forcés à chercher, dans de nouvelles lois, un remède aux abus qui naissent d'une trop grande liberté.

Les circonstances ne changèrent pas moins c;endan»i«or.

cirron»tancesel

pour les Gaulois. Or c'est dans la situation de ces ^»"», •:*""<!?,•

I Gaulois qu il

deux peuples que nous devons chercher les eau- rS'o'nTeTeaî ses de la forme que prit d'abord le gouvernement; et nous rendrons raison des variations par lesquelles il passera encore, si nous observons, dans le cours des règnes , la variété des circonstances.

Les Gaulois, après avoir été exposés à toute la i^, G.aioii

. étaient vil» k

brutalité des vamqueurs, turent regardés comme ««««ynx. des hommes vils, parce qu'ils avaient été vaincus. Cela se voit par les lois saliques , qui condamnent à une amende de deux cents sous ' celui qui tue un Français, et à cent sous seulement celui qui tue un Gaulois. Ainsi le sang de celuici était estimé une fois moins, dans ce temps où l'on ne punissait que d'une amende pécuniaire, même pour les plus grands crimes.

Malgré cette différence, les Gaulois conservèrent obligations

»•! /• commune» aux

une partie de leurs biens , parce qu il ne fut pas f"'**^;," *"*

* C'était des sous d'or, dont chacun valait environ huit livres de notre monnaie.

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